‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 236 sur 477 · QUERELLE A PROPOS DES LIVRES JUIFS · texte numérisé non relu

QUERELLE A PROPOS DES LIVRES JUIFS

nicains, qui s'étaient imposé le devoir spécial de protéger le peuple chrétien contre l'usure juive', et considéraient la saisie des < livres détestables et antichrétiens des Juifs comme l'unique moyen de les convertir, lui donnèrent des lettres de recommandation pour la sœur de Maximilien, Cunégonde, veuve d'Albert, duc de Bavière. Celle-ci, bientôt gagnée aux vues de Pfefferkorn, le recommanda à son frère, et le 15 août 1509, Maximilien faisait publier une ordonnance concernant tous les .luifs de l'Empire. Il leur était enjoint de remettre les livres hostiles à la foi chrétienne et contredisant leur propre loi, < à Jean Pfefferkorn, fidèle serviteur de l'Empereur, dévoué au royaume, expérimenté et savant dans notre croyance ». Pfefferkorn était autorisé à saisir et à détruire tous les livres suspects; mais en chaque ville, il devait préalablement avertir et consulter le curé, deux membres du conseil, ou bien les premiers magistrats du lieu ^.

Dans une ordonnance postérieure, l'Empereur confia la direction de toute l'affaire à l'archevêque Uriel de IMayence, chargeant ce prélat d'examiner les livres juifs déjà confisqués en quelques endroits par Pfefferkorn, et de réclamer à leur sujet l'avis des Universités de Mayence, Cologne, Erfurt et Heidelberg, de l'inquisiteur de la foi à Cologne, Jacques Hochstratten, du prêtre Victor de Carben, et enfin de Reuchlin.

Le jugement de Reuchlin fut plus favorable aux livres juifs qu'on n'eût pu s'y attendre. Sa conclusion était que, pour agir équitablement et loyalement, il ne fallait détruire que ceux qui étaient manifestement injurieux pour la foi; tous les autres devaient être épargnés. Quant au Talmud, Jésus-Christ lui-même semblait avoir ordonné sa conservation, car ce livre pouvait souvent apporter un utile témoignage à la vérité. « Les choses singulières qui s'y rencontrent «, disait Reuchlin, ^ ne suffisent pas pour en autoriser l'entière destruction; car il est naturel que la superstition et l'erreur se mêlent à ce qui est raisonnable, et ce mélange ne peut que rendre plus vigoureuse la foi des vrais fidèles. " Les quatre Universités consultées firent aussi connaître leurs décisions. Heidelberg ne voulut rien préciser, et remit la question à la délibération plus approfondie d'une commission savante, spécialement nommée dans ce but. Erfurt fut

- Voy. notre premier volume, p. 377.

- Pour plus de détails, voy. Geiger, Reuchlin, p. 210-217. Cesarea maiestas suis imperialibus publicis mandatis omnibus Romani imperii statibus mandavit, ut omnes i?iuiiles thalmudicos libros cum suis appendiciis, in Christianae fidei opprobriuni et dedecus compositos, a .Tudeis tollerent et supprimèrent. Voluit quoque eos, ut quamdiu Christianam fidem non acceptaverint, secundum antiquam legem et prophetas vivcre dcbere. » Voy. dans Bocking. L'ir. Hulteni op. Suppl., t. I, p. 87, la Dèfenrx de Pfefferkorn.

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