‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 238 sur 477 · I.E MIROIR DES YEUX · texte numérisé non relu

I.E MIROIR DES YEUX

comme si nécessaire. Il s'était exprimé en termes méprisants sur les « fourbes » que des motifs bas et intéressés font passer au christianisme. Pfefferkorn n'eut connaissance de ces attaques, non destinées à la publicité, qu'en sa qualité d'examinateur officiel; cependant, comme s'il eût été atteint comme individu dans son honneur privé, il répondit avec virulence aux accusations de Reuchlin, dans un écrit intitulé : h Miroir à la main (1511). Reuchlin riposta sur un ton plus violent encore dans son Miroir des yeux, où il traite Pfefferkorn de ' vulgaire coquin ", d' > écrivain déloyal », de « nature diabolique », livrant à la publicité le jugement que Pfefferkorn avait communiqué par écrit à l'Empereur, et le faisant suivre d'un commentaire.

Ces deux écrits n'étaient pas le programme de deux partis, mais seulement l'exposé des griefs mutuels de deux particuliers. Les théologiens de Cologne n'avaient rien à voir dans le Miroir à la main de Pfefferkorn, et les « poètes « rien à faire avec le Miroir des yeux de Reuchlin '.

Cependant, peu de temps après, on voit les « grands partis » se former. Le Miroir des yeux parut pendant la foire de Francfort (automne 1511), et fit une sensation profonde.

Bientôt il se répandit dans l'Allemagne entière. Y découvrant des propositions hérétiques, absolument opposées à l'enseignement de l'Eglise, le curé de Francfort, Meyer, selon les devoirs de sa charge et sur la requête de l'archevêque de Mayence, Uriel, envoya un exemplaire du livre à la faculté de théologie de Cologne. Cette faculté, de par l'autorité papale, possédait en Allemagne un droit souverain de censure. L'Université de Cologne, avec ses deux mille étudiants, son importance considérable, la gloire, la réputation dont elle jouissait, avait alors incontestablement le premier rang parmi les Universités rhénanes ^ et sa faculté de théologie était la plus influente

' De tous les historiens modernes, c'est Geiger qui, dans sa bibliographie de Reuchlin, a jugé cette célèbre querelle de la manière la plus impartiale et la plus sagace. • Aucun des historiens qui racontent l'affaire », dit-il (page 257, note, = ne l'a appréciée équitablement, par les procédés d'une sage critique. Les faits, pris isolément, n'ont point été confrontés dans leurs diverses versions, lorsque ce cas s'est rencontré, ni ensuite appréciés séparément à leur juste valeur. On parcourt sommairement les pièces émanant des adversaires de Reuchlin, puis on prononce une rapide sentence, en ayant surtout égard aux témoignarres de ses amis, c'est à tort qu'on pense glorifier la cause de Reuchlin en rabaissant ses contradicteurs. On pèche contre l'histoire et par conséquent contre léquilé en mesurant avec des poids différents amis et ennemis. =

- Voy. notre premier volume, p. 76-78. Voy. Krafft, Documente und Briefe, p. 117-177. 181-202. — . En étudiant les choses de près • , dit Kr«fft (p. 184), « il est intéressant d'énumérer, d'une part, le grand nombre d'écrivains savants, de professeurs éminents, de l'autre, les jeunes et militantes énergies qui alors se rencontraient et se combattaient à Cologne » (1512-1514).

HEUCHLIN ET LES THÉOLOGIENS DE COLOGNE. i5

(le loute l'Allemagne. Les docteurs qui y étaient alors les plus en renom étaient le régent du collège de Saint-Laurent, Arnold de Tongres', et les deux Dominicains Conrad CoUin * et Jacques Hochstratten '.

Aussitôt que Reuchlin eut appris qu'Arnold de Tongres était chargé d'examiner son livre, il lui écrivit (18 octobre 1511) : il s'estimait heureux, lui disait-il, qu'un homme de sa valeur lui eiU été donné pour juge; éminent dans la science, il saurait être indulgent pour la faiblesse humaine. En exprimant son opinion sur les livres juifs, Reuchlin assurait n'avoir jamais eu l'intention de blesser personne, ni d'empiéter sur les droits d'aucune Université. Il vénérait la science, et en premier lieu la théologie; mais il ne l'avait jamais étudiée à fond, et s'il mêlait à ses ouvrages des citations théologiques, c'était à peu près comme un curé de village introduisant la médecine dans ses sermons. S'il avait commis quelques erreurs, il demandait qu'elles lui fussent signalées; il était prêt à les rétracter, car en toutes choses il entendait persévérer dans son obéissance envers l'Église, et garder l'intégrité de la foi \ Écrivant à Collin, avec

' Sur Arnold de Tonfjres voy. notre premier volume, p. 79-84. L'humaniste Jean Murniellius se regardait comme très-redevable au célèbre Arnold, et ne savait ce qu'il devait le plus admirer en lui, ou de son caractère ou de son savoir. En 1510, il lui dédia un ouvrage pedayojjique. — Böcking, Supp., t. I, p. 392. — Voy. Cornélius. Müiisterische Humanisten, p. 29. — L'humaniste Jean Butzbach a dit d'Arnold : « Vir in divinis scripturis egregie eruditus et saecularis philosophiae non infime peritus, sacrae theologiae apud Coloniam modo insignissimus professor, fama doctrinas suae undique notus, quippe qui eruditionis suae magnitudine et christianœ fidei zeio almam illam Coloniensium universitatem magnifiée hoc tempore nostro illustrât. » -^ ...dévolus Christi sacerdos et doctor integerrimus. » Et à propos du mémoire d'Arnold intitulé Contra concubinarios presbiteros : • Omnes autoreni maledicunt, vitupérant, lacérant et carpunt mali sacerdotes. » Voy. les Auctarium de Butzbach dans la Zeitschrift des Bergischen Geschitsvcreiiis, i. VII, p. 260. Les « mali sacerdotes " se seront certainement joints aux humanistes de mœurs dissolues, comme llutten et Crotus Rubianus, pour attaquer le digne homme. Pourquoi Böcking, qui, dans son commentaire des Epist. obscurorum virorum [Ulrich Huiteni, Suppl., Op., II), se Sert fréquemment des âuctarium pour ce qui touche aux amis de Reuchlin, passe-t-il sous silence un passage favorable à Arnold qui se trouve à la p. 147 (p. 151 / Après trois siècles écoulés, l'esprit de parti doit-il donc encore subsister, même dans les recherches des savants?

- Sur Collin, voy. Veesenmeyeu, dans les archives historiques de Staudlin (Halie, 1825), t. I, p. 470-501. Lorsqu'il était professeur de théologie à Heidelberg, Collin enseignait avec un tel succès, qu'étant allé se fixer à Cologne eu 3511, le doyen de la faculté de philosophie d'Heidelberg, à la demande générale, insista pour que ses cours fussent publiés pour le plus grand avantajje de leur Lniver,sité (p. 474). — Le Suisse Henri Bullinger, en 1545, longtemps après avoir quitté l'Église catholique, parlait encore de lui comme d'un egregius Tlwmista. Voy. Zeitschrift des Btrgischcn Geschichtsverein, t. VI, p. 265.

Voy. H. CreMANS, De Jacobire Hochstrati vita et scriplis. Bonnœ, 1869.

' • Quidquid igitur ., écrit-il, « sancta ecclesia, quae est columna et nrma-

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