KEUCH LIN ET LES THEOLOGIENS DE COLOGNE
lequel il était lié depuis de longues années, Reuchlin s'exprimait à peu près dans les mêmes termes. Celui-ci lui répondit (2 janvier 1512) qu'il n'était pas étonnant qu'un juriste fit quelques erreurs en traitant des sujets théologiques ', et que la faculté se proposait de lui renvoyer son ouvrage, en lui indiquant dans les passages suspects les propositions où il s'était trompé ^
Voici ce que reprochait à Reuchlin la faculté de théologie : Par la publication de son mémoire, il avait fait avorter les desseins de l'Empereur relativement aux livres juifs; déplus, il s'était rendu suspect aux chrétiens, qui pouvaient le soupçonner de partialité pour les " perfides Juifs ». Son Miroir des yeux, rédigé en allemand, s'était propagé parmi les Juifs, qui tous avaient été ravis de voir un homme de la valeur de Reuchlin prendre leur cause en main, protéger et défendre des livres où Jésus-Christ et la foi étaient outragés. A l'appui de ses opinions, Reuchlin avait cité, en les détournant de leur vrai sens, des passages de la sainte Écriture. Outre cela, son livre contenait un grand nombre de propositions choquantes, qui faisaient douter de la pureté de son orthodoxie. Mais la faculté voyait avec joie, par les lettres de Reuchlin à Arnold de Tongres et à Collin, qu'il était résolu de demeurer inviolablement attaché à la foi, et tout prêt à corriger ce que sou ouvrage renfermait d'erroné. La faculté lui envoyait donc la liste des propositions non orthodoxes de son livre, ainsi que la désignation des passages interprétés par lui dans un sens douteux. Elle le priait de s'expliquer plus nettement à ce sujet, ou bien, à l'exemple de l'humble et sage Augustin, de les rétracter purement et simplement ^
Après des explications si calmes, si modérées des deux côtés, on eût pu s'attendre à voir l'incident se terminer à l'amiable. Mais il n'en fut rien.
« En l'espace de quelques mois ", écrivait plus tard Hochstratten, ' sous l'influence de gens querelleurs et ennemis de l'Église, un changement presque complet s'opéra dans l'esprit de Reuchlin. Son attitude, son langage n'étaient plus les mêmes. » Dès le 12 mars 1512, s'adressant à Collin, il lui écrit, en parlant des théologiens de
mentum veritatis, credit et qualitercunque credit, item ego et taliter credo. Et sicut ipsa exponit sacram scripturam, ita ego exponendam censo, alque confiteor. Et si usquam aliter exposuerira,... illud corrigere et emendare paratUS sum " , etc. BeuMin's Briefwechsel, p. 139.
* • Non mirura, si jurista theologicas non attigerit subtilitates. • s Reuchlin's Briefwechsel, p. 140-141, 149-150.
* " ...Super his ego petimus, ut per tua scripta nos latius raentera tuana revelando informes, aut exemple humilis etsapientis Augustini palinodiamcantando retractes. • Reuchlin s Briefu-echiel, p. 146-148.