‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 242 sur 477 · CONDAMNATION DU MIROIR DES YEUX · texte numérisé non relu

CONDAMNATION DU MIROIR DES YEUX

Reuchlin, apprenant rinterdiction de son livre, en appela au Pape, et pour se le rendre favorable il écrivit au médecin ordinaire du Saint-Père, un Juif nommé Bonet de Lates, dans les termes les plus humbles. I! s'était, disait-il, opposé aux théologiens de Cologne qui s'obstinaient à vouloir détruire les livres juifs; il avait lutté pour prouver la nécessité de les conserver; et pourprix desa bonne action il se voyait la victime de la haine et des persécutions des docteurs. Il priait instamment Bonet de soutenir sa cause auprès du Pape '.

Léon X renvoya la question au jeune évêque de Spire, le comte palatin Georges. Peu versé dans les points en htige, celui-ci en remit l'appréciation au chanoine Georges Truchsess, élève de Reuchlin. Truchsess fut d'avis que le Miroir des yeux ne contenait aucune hérésie appréciable, qu'il ne pouvait causer de scandale, n'était coupable d'aucune irrévérence et ne défendait pas les Juifs avec exagération. Selon lui, ce livre pouvait sans aucun inconvénient être mis en vente; pour Hochstratten, il avait eu tort; il fallait le condamner à une amende, et l'obliger à garder désormais le silence.

Hochstratten, à son tour, en appela à Léon X, et celui-ci choisit pour arbitre le cardinal Grimani. En juin 1514, Grimani convoqua les parties à Rome. Hochstratten fut sommé de comparaître en personne ; Reuchlin, en considération de son grand âge, fut autorisé à se faire représenter par un avocat. Hochstratten obéit aussitôt; mais le jugement ne fut pas rendu, et d'année en année Rome ajourna la sentence définitive. Eu vain l'archiduc Charles, le futur empereur, représentaitil au Pape que plus on tardait, plus le mal croissait, et qu'il fallait trancher promptemeut la question pour épargner le troupeaa du Christ et ôter aux faibles tout motif de se scandaliser (1515)^ : Reuchlin avait à Rome des partisans influents, laïques et ecclésiastiques', et !e Pape, ne soupçonnant pas le péril, demeurait inactif*.

Pendant cet intervalle, un fait s'était produit ne justifiant que trop l'avertissement donné par les théologiens de Cologne dans un mémoire adressé par eux au cardinal Bernhardin (1514). « Si l'on ne met un terme aux propos frivoles des poètes à propos de cette ques-

• - si les théologiens de Cologne » , dit Geiger [Reuchlin, p. 297), ■ avaient lu cette lettre, ils y auraient puisé de nouveaux motifs d'accuser Reuchlin de partialité envers les Juifs, aucun chrétien allemand n'ayant encore écrit à un Juif dans un pareil style, qui surpasse en exagération emphatique la manière déjà trop ornée des savants israélites. -

- Voy. Geiger, p. 311.

" Parmi ces amis influents, citons Etienne Rosinus, chapelain de l'empereur Maxirailien et son chargé d'affaires ù Rome- V^oy. Aschbach, Die Wiener Universitai und ihre Humanisten, p. 114-115, 349.

* Lucuhrationes, p. 27.

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