VIOLENTES ATTAQUES DE KEUCIILIN
saires avec des bavardages, et imitent les bouffons les plus grossiers. Ils méprisent l'Évangile, ils se conduisent comme des païens; ils menfent, ils trompent; ils n'ont pas de plus grande Joie que de flétrir l'honneur d'un honnête homme. Lejir faculté n'a pas l'ombre de valeur; leurs professeurs corrompent le peuple; leur université surannée ressemble à un vieillard tombé en enfance. Pfefferkorn est un fou fieffé, un lâche, ou plutôt une bête venimeuse. Reuchlia va jusqu'à faire allusion à de coupables rapports qu'aurait eus sa femme avec des théologiens de Cologne. Il formule même d'odieuses accusations contre le respectable Arnold de Tongres, et lui reproche, par-dessus le marché, d'avoir à dessein mal compris et mal interprété les assertions de son adversaire. Il dit en concluant : « Chacun s'étonnera de la douceur avec laquelle j'ai traité et traite encore de tels adversaires; je ne leur rends pas injure pour injure, fureur pour fureur, mépris pour mépris, calomnie pour calomnie, car je ne veux pas prendre le même chemin qu'eux, et je me borne à prier Dieu de les délivrer des tourments de l'enfer. Ma seule vengeance sera d'avoir gravé sur le marbre le nom de mes ennemis, laissant cette parole aux générations futures : Arnold de Tongres, faussaire et calomniateur'. »
11 faut dire à l'honneur de Pfefferkorn qu'à la réception du libelle, Use rendit à Stuttgard afin d'y joindre Reuchlin et de se présenter avec lui devant le duc de Wurtemberg et son conseil, qu'il voulait prendre pour arbitres de la querelle. Mais il ne rencontra pas son adversaire.
Maximilien, à qui Reuchlin avait envoyé sa Défense, y répondit par une ordonnance datée de Coblentz (9 juillet 1513). Elle portait : « qu'à propos d'une enquête commencée par lui et se rapportant à la question des livres juifs, Reuchlin avait fait paraître plusieurs brochures s'accordant mal avec les intentions de l'Empereur; l'une d'elles accablait d'outrages Arnold de Tongres et la faculté de théologie de Cologne. »« Et comme cet écrit était propre à scandaliser le peuple, l'Empereur chargeait les archevêques de Cologne, de Mayence, de Trêves, aussi bien que l'inquisiteur delà foi, de saisir l'ouvrage partout où ils le trouveraient, de le détruire et d'en interdire le débit ^. » Les facultés de théologie de Louvain, Cologne, Mayence, Erfurt et Paris condamnèrent aussi le Miroir des yeux ^
I/inquisiteur de la foi, Hochstratten, commença le procès *.
' Geiger, Reuchlin, p. 272-278. — Dans ce genre de polémique, Reuchlin a servi de modèle à Luther, quelque peu incliné qu'il fût, comme nous le verrous plus tard, à ouvrir la voie à la rébellion du novateur.
^ Geiger, Reuchlin, p. 279-281.
* Pour plus de détails, voy. Geiger, p. 282-290.
* Nous ne possédons jusqu'à présent s;ir ce procès que les relations pleines de partialité de Reuchlin et de ses amis. Voy. Geiger, p. 290-291.