LUTHER AU COUVENT
Une résolution violente et soudaine, résultat d'un trouble maladif de conscience, tel fut donc le motif de l'enlrée de Luther au couvent, et il n'y eut point chez lui de vocation plus profonde. Il espérait, une fuis revêtu de l'habit religieux, recouvrer la paix qui le fuyait; mais les moyens auxquels il eut recours ne firent qu'empirer son état. Peut-être même la solitude du cluitre contribua-t-elle à développer en lui une véritable maladie morale, celle du scrupule. Bientôt on le vit s'écarter de la simple obéissance aux règles de son Ordre. La récitation quotidienne des heures lui était imposée; mais entraîné vers l'étude par un irrésistible attrait, il lui arrivait souvent de passer des semaines entières sans prendre en main son bréviaire; alors il s'efforçait de rattraper à la fois tout le temps perdu, s'enfermait dans sa cellule, refusait de boire et de manger, et se mortifiait d'une si effrayante manière, qu'une fois il se priva de sommeil pendant cinq semaines consécutives, et fut sur le point d'expier cette imprudence par la perte de la raison '. Les exercices de mortification prescrits par la règle de son Ordre ne lui suffisaient pas : " Je m'imposais ", a-t-il écrit, '■ des obligations particulières ; je voulais suivre un chemin à part. Mes supérieurs combattaient beaucoup mes singularités, et sous ce rapport ils faisaient bien. Je devins bientôt l'horrible persécuteur et le bourreau de ma propre vie, car je jeûnais, je veillais, je priais, je m'épuisais, ce qui n'est autre chose que le suicide. » En un mot, le vieil adage monacal se vérifiait pour Luther : « En dehors de l'obéissance, tout est danger pour un religieux. " Comme tous les scrupuleux, il n'apercevait en lui que péché, en Dieu qu'indignation et vengeance. A son repentir manquait l'humble amour, et l'espérance filiale en cette miséricorde infiniment clémente que le Seigneur se plaît à exercer envers l'homme en vue des mérites de Jésus-Christ. Ses rapports avec Dieu n'étaient basés que sur l'effroi; il voulait, selon ses paroles, apaiser la colère divine « par sa propre justice » et par ses œuvres personnelles. « J'étais alors ^ a t-il raconté, " le plus présomptueux des justes ^; j'étais le plus téméraire des saints; m'appuyant sur mes œuvres, je me confiais, non pas en Dieu, mais en ma propre justice. " Aussi
' « ...Et quae per unam, duas. immo très quandoque septiraanas prge studii assiduitate neglexerat, cibo et potu abstinentem recitasse euraque in modura se macérasse, ut aliquando quinque septimanis somno caruerit et pêne in mentis deliquium incident. • Seckendoeif, t. I, 2l'>. » La pureté et l'austérité de sa conduite morale dans le cloître », dit Köstli\ [Martin Luther, t. I, p. 65), « n'out été contestées par aucun de ses adversaires, bien que, prenant la question à un autre point de vue, ils se soient efforcés de le représenter comme possédé du démon. . Le moine Augustin Jean Mathieu, professeur de sainte Écriture à Erfurt, citait Luther comme un modèle de sainteté aux religieuses de Mulhouse. — KOLDE, Auguslmer-Congregatioti, p. 247.
* • Pra'sumptuosissimus justitiarius. =
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tomba-t-il peu à peu dans un état de découragement désespéré et dans le plus sombre abattement. Il en vint presque jusqu'à en vouloir à Dieu, jusqu'à le haïr, et regrettait souvent d'avoir reçu la vie. « A ma fausse confiance en ma propre justice ', a-t-il avoué, u s'ajoutait un doute continuel, le désespoir, l'effroi, la haine et le blasphème. J'avais tant d'éloignement pour le Christ que lorsque je voyais quelqu'une de ses images, comme par exemple le crucifix, je ressentais aussitôt de l'épouvante, je baissais les yeux, et j'eusse plus volontiers vu le diable. Mon âme était brisée de douleur; j'étais plongé dans une continuelle agonie, et toutes les consolations que je voulais tirer de ma propre justice et de mes œuvres personnelles restaient impuissantes à me consoler*. »
Il est étrange que plus tard Luther ait voulu rendre responsable d'un si lamentable état intérieur la doctrine de l'Église sur les bonnes œuvres, car il était manifestement en pleine contradiction avec cette doctrine, comme avec toutes les prescriptions de l'Eglise à cet égard. Le premier livre de prières venu, le plus simple catéchisme, eût pu lui rappeler que l'Église rejette tout pharisaisme, toute justice personnelle de l'homme; qu'elle considère le Christ et ses mérites comme les uniques fondements de la sainteté et de tout acte méritoire; que la grâce du Rédempteur est à ses yeux le principe de toute vie agréable à Dieu; qu'en particulier, elle ne voit dans les exercices de la mortification chrétienne que les moyens d'atteindre à une fin plus haute, que des secours qui, en affaiblissant nos penchants coupables, nous aident à les surmonter avec le secours de la grâce, nous répétant que ces moyens n'ont par eux-mêmes aucune valeur, et que l'homme ne saurait établir sur eux son salut. « Le chrétien doit mettre sa foi, son espérance et son amour en Dieu seul, et non dans une créature quelconque >', lit-on dans le catéchisme de Diderich Cölde (1470); « il doit placer son unique confiance dans les seuls mérites de Jésus-Christ. » " Mets tout ton espoir, toute ta confiance«, dit \e Petit Jardin de l'âme, un des livres de prières les plus complets et les plus répandus du quinzième siècle, « dans les mérites et dans la mort de Jésus-Christ. » « L'homme doit mourir appuyé sur la miséricorde et sur la bonté de Dieu », enseigne Ulrich Krafft dans son Combat spirituel (1503), « car il ne saurait compter sur ses bonnes œuvres *. » Dans tous les livres autorisés et répandus par
' Voy. ces passafjes dans Jürgens, t. I, p. 577-585, et t. II, p. 4. — A un autre endroit, Luther dit en parlant de lui-raéme : • J'étais un moine austère; ma vie était chaste, sévère; je n'aurais pas voulu disposer d'un liard à l'insu de mon supérieur; je priais avec ferveur, jour et nuit. ^ Sämmtl. iVerke, t. XLVIII, p. 306.
* Voy. ces passages et d'autres encore dans notre premier volume, p. 35-42. •^ L'homme doit croire sans hésiter », dit le Petit Jardin de l'âme, publié par
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l'Église à cette époque, ouvrages de doctrine ou traités religieux destinés aux fidèles, pas un qui ne contienne la doctrine de la justification par Jésus-Christ .seul.
L'angoi.sse intérieure dont .souffrait Luther ne trouvait aucun adoucissement dans la réception du sacrement de pénitence. Il en est ordinairement ainsi pour les natures que tourmente la maladie du scrupule. En vain, à Erfurt, il fit deux fois une confession générale; en vain, en Italie, il renouvela encore cette confession ', y cherchant un peu de relâche à ses tourments, rien ne le soulageait. Son exalta-
Sébastien Brant et répandu parmi les fidèles par plus de quarante éditions,
• qu'il ne peut être délivré et éternellement heureux que grâce à l'amère Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ. » Dans une édition allemande de l'Ars moriendi [1470), on trouve la prière suivante : « Seigneur, je réclame ton paradis, non en récompense de mes mérites, car je ne suis que cendre et poussière, et le plus misérable de tous les pécheurs, mais parce que, par la puissance et l'efficacité de ta très-sainte Passion, tu m'as délivré, moi, pauvre misérable pécheur, et m'as ouvert le paradis par ton sang précieux, répandu pour moi. ^ (Voy. Seelengurthin, Munich, 1877, p. 497-513.) Nous lisons dans un sermon de Geiler cette invocation au Sauveur : « Très-doux Jésus, en toi est mon unique espoir. Seigneur, je réclame et désire ton paradis, non à cause de mes mérites, mais uniquement par la vertu de ta sainte Passion, par laquelle tu as voulu me sauver, moi, misérable pécheur, m'achetant le ciel au prix de ton sang précieux. » (Geiler, IVie mon sich halten soll bei einem sterbenden menschen, 1482.) Fac-simile avec introduction par L. Dacueüx, Paris-Francfort, 1878. Les prescriptions des synodes concordent de tout point avec ce qui précède. Le concile de Bâle (1503) recommande instamment aux prêtres d'avertir tout fidèle
• ut de peccatis doleat, omncm tpem in merito Passionis Christi pönal, in fide Christi et Ecclesiae constans maneat... moneatur etiam, ne rem alienam scienter detineat, et ut omnibus amore Christi ex corde ignoscat ». Hartzheim, Concilia Germania, t. VI, p. 29. — Voy. le mandement du synode de Bamberg (l49ij dans Hartzheim, t. V, p. 630.
' Lui-même donne pour principal motif de son voyage à Rome le désir d'y faire une confession générale. Köstli\, Luthers Leben vor dem Ablasstlreit, p. 50. — II n'est pas exact de dire, d'après des affirmations souvent répétées, que le Toyage de Rome ait rendu Luther hostile à la papauté. On conçoit aisément que le faste mondain de la cour de Léon X lui ait beaucoup déplu; mais ce ne fut qu'après sa rupture avec Rome qu'il prit plaisir à raconter tout ce qui l'avait choqué en Italie, et mille traits relatifs à l'immoralité du clergé; son attitude vis-à-vis de l'Église et de son chef resta parfaitement correcte et respectueuse plusieurs années encore après son retour de Rome. Le duc Georges de Saxe lui reprochait plus tard de n'être devenu l'ennemi acharné du Pape que depuis que celui-ci, à Rome, avait refusé de le délivrer du froc, lui avait interdit le mariage et refusé le chapeau de cardinal; mais cette imputation n'a aucun fondement. — Voy. cette citation dans Schnorr de Carolsfeld, Archiv für Literatur geschichie, t. IV, p. 119. Luther reçut en Italie des impressions favorables. Il prit plaisir à admirer la beauté des hôpitaux de Rome •■ si bien tenus, si propres, si beaux, si libéralement entretenus par la bienfaisance publique. Là, les dames les plus respectables de la ville soignaient volontairement les pauvres. » Dans la population, il fut frappé du contraste de la sobriété italienne avec les habitudes d'ivrognerie des Allemands. Il dit aussi avoir été satisfait de l'organisation " de la chancellerie romaine, où sont apportées toutes les affaires relatives au droit ecclésiastique ». Voy. Kostlin, Martin Luther, 1. 1, p. 101.
tion devint telle, qu'à Rome, ainsi qu'il l'écrivait plusieurs années après, il ressentait une sorte de regret de ce que ses parents fussent encore au monde, parce qu'à l'aide de ses messes, de ses prières, et autres œuvres encore plus méritoires, il eût pu les délivrer du Purgatoire." J'aurais alors volontiers consenti s a-t-il assuré, '^ à devenir, pour la cause de la religion, le plus cruel des assassins, si l'occasion s'en était offerte. » « J'aurais été prêt à immoler, si je l'avais pu, tous ceux qui auraient refusé d'obéir au Pape, même à propos d'une syllabe '. »
Un tel étal moral devait inévitablement amener une réaction.
Dans son décliiremeut, dans sa torture intérieure, Luther, insensiblement, passa d'un extrême â l'autre. Si jusqu'alors il avait présomptueusemeut compté sur ses propres forces, maintenant il niait toute efficacité des oeuvres pour le salut. Il se persuada peu à peu que l'homme, par suite du péché originel, a été complètement corrompu et n'a plus de libre arbitre; que toutes les actions humaines, même les meilleures, ne sont que les fruits de sa volonté dépravée, et par conséquent, devant le tribunal de Dieu, ne peuvent être que des péchés mortels. L'homme, selon lui, n'est sauvé que par la foi. " Par le fait seul de notre foi en Jésus-Christ '-, enseignait-il, '■ ses mérites deviennent notre propriété; nous revêtons sa robe de justice; elle couvre toutes nos fautes et notre constante iniquité, et supplée surabondamment à tout ce qui manque à notre justice humaine. Si nous avons la foi, il suffit; toutes nos angoisses de conscience deviennent superflues. » « Sois pêcheur », écrit-il à l'un de ses amis; " pèche hardiment; mais crois plus hardiment encore, et réjouis-toi dans le Christ, qui a triomphé du péché. Les péchés d'un homme ne sauraient le séparer de l'Agneau qui efface les péchés du monde, quand bien même, en un seul jour, il s'abandonnerait mille fois à la luxure ou commettrait un nombre égal d'homicides '. «
1 Sämmtl. Werke, t. XL, p. 184. — Voy. Kahms, t. I, p. 149-174.
* Les passages suivants sont dignes d'attention : " lia vides, quam dives sit hoino eliristianus sive baptisatus, qui eliam volens non potest perdei-e salutcm suam quaniiscunque peccatis , nisi nolit credcre. Nulla eniin peccata euni possunt damnare, nisi sola incredulitas. Canera oinnia, si redeat vel stet fides in promissionem divinam baplisato factum, in momento absorbentur per eamdem fidera. »• Fides sola est pax conscienti», infideliias autem turbatio conscientia-. » Be Capiivit. Babyl.Eccl., Op. lathia, t. V,p.59, 55. Dans une lettre à Mélanchthon 1" août 1521), Luther se sert de termes encore plus forts ; - Esto peccator et pecca fortiter, sed fortius crede, et gaude in Christo qui viclor est peccati, mortis et mundi : peccandum est, quamdiu sumus. Vita haec non est habitatio justitiae, sed expectamus, ait Petrus, cœlos novos et terram novani, in quibus justitia habitat. Suflicit, quod agnovimus per divitias glori* Dei .Agnum, qui toilit peccatum mundi : ab hoc non avellet nos pe catum, etiamsi millies, millies uno die, forniceiiiur aut occidamus. Putas tam parvum esse pretium et redemptionem' pro peccatis nostris factam in tanto ac tali .\gno? » De Wette, t. II, p. 37. Pour plus de détails, voy. Evers, t. I, p. 75-127.
Celte nouvelle doctrine de la justification par la foi seule, Luther ne tarda |)as à la considérer comme le centre suprême de la religion, comme le dogme essenliel du christianisme. Elle devint à ses yeux la « sainte parole, la sainte révélation », si longlemps cachée sous le boisseau. Il la nommait tout court " l'Évangile ", « la bonnenouvelle », et la considérait comme l'unique remède qui piU opérer le salut de la chrétienté. Selon lui, elle contenait un évangile sans alliage, presque celui qu'avaient entendu les Apôtres. " Le mot évangile «, disait-il, « ne signifie rien d'autre qu'un message joyeux et nouveau, qu'une doctrine, une prédication, promettant un événement heureux, dont on reçoit volontiers l'annonce. II ne faut donc pas entendre par évangile une loi, un précepte réclamant de nous des sacrifices, et nous menaçant de châtiment ou de damnation si nous ne lui obéissons pas; car une telle nouvelle, personne ne l'apprend avec plaisir'. »
Ce nouvel évangile se forma insensiblement dans l'esprit de Luther à partir du moment où, sur l'invitation du prieur de son Ordre, Jean de Staupitz, avec lequel il était intimement lié, il accepta de l'électeur de Saxe les fonctions de professeur de philosophie à l'Université de Wittemberg, tout récemment fondée (1508). Son départ ne fut pas très-vivement regretté par les religieux d'Erfurt, rapporte un contemporain dans ses mémoires; on était las de son goût pour les disputes, dans lesquelles il voulait toujours avoir raison '.
A Eisenach, Luther se livra exclusivement aux études théologiques et bibliques. En 1512, il fut reçu docteur en théologie, et fît avec grand succès des cours sur les Epitres de saint Paul, particulièrement sur l'Epitre aux Romains, sur les Psaumes, et sur saint Augustin. Ses sermons à l'église collégiale étaient extrêmement suivis. « Ce Frère a des yeux bien profonds! » disait en parlant de lui Martin Pollich, premier recteur de l'Université de Wittemberg; « il aura d'étranges imaginations M »
Plusieurs années avant la querelle des indulgences, Luther, avec ses opinions sur la grâce, la justification, la non-liberté de la volonté humaine, s'était déjà placé en dehors de la doctrine de l'Église, et dès 1515, au rapport de son panégyriste Mathésius, on lui reprochait ses opinions peu orthodoxes *. « Notre justice n'est que péché »,
' Voy. ce passage et d'autres analogues dans Döllinger, Reformation, t. III, p. 173-187,
' Voy. Jürgens, t. I, p. 674. — Evers, t. I, p. 53, note.
' KÖSTLIN, Martin Luther, t. I, p. 96.
* Historien, p. 9. Le changement décisif qui se produisit dans l'ûme de Luther nous semble dater de 1513 ou de 1514. Il dit avoir prêché trois ans à Wittemberg avant d'avoir enseigné sa doctrine en public. (Lettre du 16 octobre 1523, voy. DE Weïte, t. n, p. 422.) Cependant nous le voyons exposer ses opinions en chaire dès le commencement de 1517. — Dans le Pétri a Bceck Aquisgranum (Aquisgrani, 1620, p. 255), il est rapporté que Luther, longtemps avant d'avoir exposé
avait-il dit daas un sermon prononcé le second jour de Noël (1515); u que chacun se borne donc à accepter la grâce qui lui est offerte par Jésus-Christ '. » « Apprends, mon cher frère, à désespérer de toi-même ", écrivait-il le 7 avril 1516 au moine Augustin Georges Spenlein, à Menningen; « apprends à dire : Seigneur Jésus, tu es ma justice et je suis ton péché -; tu m'as pris ce qui était mien, et tu m'as donné ce qui était tien. Ce n'est que par Lui, et par un profond mépris pour toi-même et tes œuvres, que tu trouveras la paix. » " Apprends encore du Christ que puisqu'il t'a adopté, faisant de tes péchés les siens propres, il a aussi rendu sa justice tienne. " H était dès lors si fermement convaincu de la vérité de cette doctrine, qu'il y ajoute un anathème : « Maudit soit celui qui ne croit pas ceci ^ ! » Dans une dispute soutenue par lui en 1516 à l'Université, dispute qu'il avait demandé le droit de diriger, bien que ce droit, selon l'ordre établi, appartint à un autre, il émet ses opinions sous une forme absolue et tranchante. Il soutient entre autres la proposition suivante : « L'homme pèche quand il fait ce qui est en lui, car de lui-même il ne peut ni vouloir, ni penser *. » Dans les vingt-neuf propositions posées par lui pour un candidat au doctorat (août 1517), on lit (quatrième thèse) : « La vérité, c'est que l'homme, n'étant qu'une souche pourrie, ne peut produire que corruption, ne peut vouloir et faire que le mal. » Et dans la cinquième thèse : « 11 est faux que la volonté puisse se déterminer d'un côté plutôt que d'un autre. Ce qui est vrai, c'est que la volonté humaine n'est pas libre, mais captive \ »
Il commence, pendant le carême de 1517, à exposer ses principes en public. Eu chaire, il s'échauffe contre " les inutiles bavards qui ont rabâché à toute la chrétienté tant d'inepties, séduisant le pauvre peuple par leurs doctrines, et lui enseignant du haut de leurs chaires qu'on peut former et exécuter un bon dessein, une bonne résolution ». " A dire le vrai, il nous faut abandonner franchement cette espérance, car personne ne peut formuler ni exécuter un bon dessein. Là où n'existe pas de volonté, la volonté de Dieu reste la meilleure ". »
sa doctrine en public, avait coutume de consulter les ouvrages des hérétiques dans les bibliothèques de la ville.
' LUTHERI Op lalina, t. I, p. 57.
- • ...Tu, Domine Jesu, es justitia mea, ego autem sum peccatum tuum. •
î De Wette, t. I, p. 16-18.
* « Homo, quando facit quod in se est, peccat, cum nec velle nec cogitare ex se possit. • Op. latina, t. I, p. 235.
5 Op. latina, t. I, p. 315. Luther se demandait avec anxiété quel effet produisaient au dehors des axiomes si étranges. • On les üornrntTi cacadoxiques «, disait-il; - mais pour nous, ils ne sauraient être qu'orthodoxes. » De Wette, t. I, p, 60-63.
« Sammll. Werke, t. XXI, p. 192-193.