‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 257 sur 477 · THÈSES DE LUTHER SUR LES INDULGENCES · texte numérisé non relu

THÈSES DE LUTHER SUR LES INDULGENCES

lions et ces sages avis, de graves abus ne tardèrent pas à se produire. L;i conduite des prédicateurs, leur manière d'offrir, de vanter, de mettre à prix les billets d'indulgence, causèrent plus d'un scandale '.

Mais ces abus n'étaient pas le principal motif de la campagne entreprise par Luther. Ce qu'il entendait avant tout combattre, c'était le dogme même de Tindulgence, et surtout la doctrine de l'Église sur l'efficacité des bonnes œuvres, si manifestement contraire à ses opinions sur la justification et la non-liberté de la volonté humaine. Dans un de ses sermons de carême (1517), il s'était écrié : a Jésus-Christ a mis la satisfaction dans le cœur. Tu n'as donc nul besoin de courir à Rome, à Jérusalem, à Saint-Jacques, ici ou là, pour gagner l'indulgence. La bulle du Christ est ainsi conçue : Si vous pardonnez à ceux qui vous ont fait quelque tort, mon Père aussi vous pardonnera; que si vous ne pardonnez pas, mon Père ne vous pardonnera pas davantage. » Or c'était précisément là ce que l'Église avait toujours enseigné. Elle n'avait cessé de répéter que la véritable amélioration du cœur, la digne réception des sacrements étaient les indispensables conditions de l'indulgence, grâce qui n'est autre chose que la remise de la peine temporelle due au péché. Mais, selon Luther, la bulle d'indulgence du Christ, scellée par ses plaies, confirmée par sa mort, était presque oblitérée et corrompue par les averses d'indulgences que Rome faisait pleuvoir sur la chrétienté. D'ailleurs, le Christ n'avait pas dit : ^ Pour que tes péchés soient effacés, il faut que tu jeûnes tant de fois, que tu récites tant de prières, que tu donnes telle aumône, que tu fasses ceci, cela. Il s'était borné à demander à l'homme de quitter sa mauvaise voie, et de pardonner à ceux qui l'avaient offensé. » « 11 est vrai ", ajoutait Luther, t< qu'une telle indulgence n'avancerait guère la construction de Saint-Pierre, chère au diable, et qu'elle édifierait les temples du Christ, que le diable hait! « Après l'énoncé de

' Voy. ROHRBACHER-SCHULTE, Universalgeschichte der Katolischen Kirche (Münster, 1873, p. 18-24). Il était expressément recommandé aux prédicateurs de l'indulgence de n'excepter personne de la grâce accordée par l'Église; « car il faut avoir autant d'égard à l'intérêt des fidèles qu'à la construction de Saint- Pierre». «Ceux qui ne peuvent donner d'argent remplissent les conditions imposées au moyen de la prière et du jeûne, car le royaume du ciel est aussi bien pour les pauvres que pour les riches. » (Kapp, Sammlung, 147, 172.) — Jérôme Emser est le premier à se plaindre - de ces commissaires rapaces, moines et | prêtres, qui prêchent l'indulgence d'une manière scandaleuse... appuyant l)ien plus sur la question d'argent que sur la confession, la contrition, la péni- ' tence ». U idcr das unchristlichc Buch Luthers an den deutschen AdelBl. g. 4. Le Cardinal Sadolet dit à propos de l'indulgence accordée par Léon X : « ...quas ego indulgentias atque adeo potius indulgentiarum illarum ministros neque nunc défende, et tune cum décréta' illse atque publicata' sunt, recordor me contradixisse, • etc. Sadoleti 0;??ra 'Moguntia', 1607, p. 753).

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