‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 262 sur 477 · DISPUTE DE LEIPZIG · texte numérisé non relu

DISPUTE DE LEIPZIG

le compte rendu de ses pourparlers avec le cardinal Caietan, il écrit : K De bien plus grandes idées assié^jent ma plume; je t'enverrai mes petits essais, afin que tu puisses voir si j'ai raison de supposer que le véritable Antéchrist, décrit par saint Paul, r('{jne en ce moment à Rome, et soit bien plus à redouter que le Turc; je crois pouvoir le prouver '. » « La cour romaine », écrit-il le 10 décembre 1518 à Spalatin, « lutte contre le Christ et son Église de concert avec tant de monstres, qu'en fait de tyrannie elle va plus loin que tous les Turcs. " Et le 13 mars 1519 : « .le te dirai en confidence que j'ignore si le Paj)e est véritablement l'Antéchrist, ou seulement son apôtre '. » Cependant dix jours auparavant il avait écrit au Saint-Père : « Dieu et toutes les créatures me sont témoins que je n'ai jamais eu l'intention de combattre l'Église romaine, et que je ne mets rien au-dessus d'elle au ciel et sur la terre ^ " Ce qui ne l'empêchait pas de déclarer, au mois de mai de cette même année, que ce n'était que par condescendance pour l'électeur de Saxe et l'Université qu'il s'abstenait " de vomir tout ce qu'il avait sur le cœur contre Rome, ou pour mieux dire contre Babylone, la corruptrice de la sainte Écriture et de l'Église * ".

Telle était déjà sa disposition d'esprit lorsque eurent lieu entre lui et

Jean Eck (juin et juillet 1519) les célèbres colloques connus sous le

nom de Dispute de Leipzig ^ Lorsque, dans le cours de la discussion,

son adversaire lui reprocha très-justement d'avoir pris vis-à-vis de

la primatie du Pape une attitude qui ne différait guère de celle des

hussites; lorsqu'il lui dit que les Frères de Bohême se vantaient avec

I raison d'avoir trouvé en lui un nouvel adepte et un protecteur

i Luther repoussa vivement toute communauté de sentiments avec les

1 hérétiques de Bohême. « Jamais », assurait-il, « son intention n'avait

i été de susciter un schisme, jamais il ne donnerait les mains à un

I pareil dessein. » En février 1519 il avait écrit « que sous aucun pré-

! texte, si grand qu'il fût ou pût devenir, il ne pouvait être permis de se

! séparer de l'Église romaine ». " Non, aucun crime, nul abus, ne peut

I justifier une scission. Jamais il ne peut être légitime de déchirer

! l'unité. » A Leipzig, il répète encore que les hussites ont eu tort de

se séparer de Rome.

' De Wette, t. I, p. 192.

* De Wette, t. I, p. 200-239.

' De Wette, t. I, p. 233-235.

* De Wette, t. I, p. 260.

* La dispute de Leipzifj a eu un tel retentissement, et l'on entend encore ( aujourd'hui affirmer si souvent que Luther y a été entraîné malgré lui par I Eck, qu'on nous permettra de grouper ici quelques faits positifs relatifs à cette ', question.

i I. A la prière de l'évêque d'Eichstaedt , Eck avait rassemblé sous le nom I d'Obélisques [dàQue; critiques) une série de remarques sur un certain nombre de

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