LUTHER SE DECLARE HUSSITE
Mais peu de temps après il ch;mgea subitement de lang^age et apprécia tout différemment l'hérésie de Bohème; c'est qu'il avait reçu, le 3 octobre 1519, des lettres de deux chefs hussites qui lepres-
propositions avancées par Luther, remarques non destinées à la publicité. Sans qu'il pût deviner par quelle voie ce travail tomba entre les mains de Luther, qui avait le docteur Eck en grande estime à cette époque (voy. ses lettres dans DE Wette, t. L p. 63, lOO, et le Briejbuch de Schelrl, t. F, p. 425), néanmoins il riposta, en mars I5I8, par ses.'îi^e"^?««« (Étoiles critiques) Asterisci Luiheri adversus Obeliicos Eccii (in Op. latina, t. \, p. 405-456).
II. Pour défendre ses assertions, mais sans citer Eck ni les Obélisques, Luther, le 26 avril 1518, ouvrit au monastère des Augustins d'Heidelberg, où lavaient appelé les affaires de son Ordre, nne dispute publique à laquelle assistèrent un grand nombre de professeurs, d'étudiants, de bourgeois et de courtisans. Luther, dans cette dispute, soutint vingt-huit propositions théoiogiques et quarante philosophiques. Ces thèses déplurent aux théologiens d'Heidelberg i ■■ peregrina illis videbatur theologia »), et l'un d'eux émit l'opinion que - si rustici haec audirent, certe lapidibus vos obruerent et interficerent ». (Lettre de Luther, 18 mai, de Wette, t. I, p. 3.) Dans ses thèses, et les notes justificatives publiées postérieurement {Op. latina, t. I, p. 387-444), Luther développe nettement sa nouvelle doctrine sur la justification parla foi seule, sur la complète captivité de la volonté de l'homme, et sur les œuvres humaines, toutes entachées de péché. " L'homme ", dit-il, ^ est dans la main de Dieu comme la scie dans la main du charpentier. »
m. Content des résultats de la dispute d'Heidelberg, qui lui avait fait beaucoup d'amis dans l'Allemagne du Sud (Martin Bucer, entre autres, qui est d'avis que Luther joint à la vigueur d'un saint Paul la finesse d un Érasme. Voy. Kahxis, t. I, p. 213\ [,uther, à son retour, eût aimé soutenir à Erfurt une dispute publique (voy. KiMPSCHCLTE, t. II, p. 19-20). « Erfurdiensibus •, écrit-il, - mea theologia est. Bis mortem cratnbe. ■■■■ Mais ses anciens professeurs, Trutvetter et Usingen (voy. Kampschllte, t. II, p. 17-18), l'exhortèrent paternellement à changer d'attitude vis-à-vis de l'Église. Luther, répondant à ces conseils, écrit à Trutvetter (9 mai 1518): « Ego simpliciter credo quod impossibile sit ecclesiam reformari nisi funditus canones decrciales, scholastica theologia, philosophia, logica, ut nunc habentur, eradicentur et alia studia instituantur. » Il écrit à Spalatin le 18 mai que les vieillards entêtés méprisaient sa doctrine, mais que la jeunesse était pour lui : « Eximia spes mihi est, ut, sicut Christus ad gentes migravit rejectus a Judaeis, ita et nunc quoque vera ejus theologia, quam rejiciunt opiniosi illi senes, ad juventutem sese transférât. » De Wette, t. I, p. 188-112,
IV. Ce qui ralluma la guerre entre Eck et Luther, ce fut la malencontreuse démarche de Carlstadt, l'ami et le collègue de Luther : il défendit publiquement ce dernier contre les Obélisques inédites de Eck, et il en publia une partie en les défigurant et en les accompagnant d'injures à l'adresse de Eck. (Löscher, t. II, p. 66-104.) En vain Eck (29 mai 1518) pria-t-il instamment Carlstadt, et cela de la manière la plus conciliante, de s'abstenir de ces attaques publiques (Löscher. t. II, p. 64-65); en vain adressa-t-il la même prière à Luther par l'entremise de Christophe Scheurl (de Wette, t. I, p. 125) : Luther, au mois d'août, fit paraître ses Asiériques. Eck s'abstint de se justifier. Il se borna à réfuter les attaques de Carlstadt dans un langage plein de dignité et de calme. Löscher, t. II, p. 107, en convient lui-même. Cependant son amer adversaire continua à lui refuser la paix qu'il souhaitait si sincèrement. (Voy. l'article sur la dispute de Leipzig dans le KathoUh de .Mayence, 1872, liv. de septembre-novembre.)
V. Pendant qu'avaient lieu les conférences avec le cardinal Caietan (octobre 15I8I, Luther sollicita instamment la permission de discuter ses opinions en public. Le 19 novembre 1518, il écrit à l'électeur Frédéric de Saxe : • Il (Caietan) refuse de m'autoriser à discuter publiquement mes opinions; cependant je ne renonce pas encore à tout espoir. Peut-être pourrais-je organiser une dispute.
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saient de marcher hardimenl en avant. « Ce que .lean Huss a élé autrefois pour la Bohême », lui écrivait l'un d'eux, prévôt de l'église abbatiale de Saint-Charles, à Prague, « toi, Martin, tu l'es maintenant
soit à Leipzig, soit à Erfurt, soit à Halle, à Magdebourg ou en tout autre lieu où Votre Grâce a autorité, celte discussion, /oi« dy renoncer, je l'implore de Votre Grâce. - (. Quin etiain oro et utinain exoreni. «) De Wettf., t. I, p. 185. Il rappelle aussi dans une lettre à .Miltiz {17 mai 1519) que Caietao lui a refusé la discussion publique. — (De Wf.tte, t. I, p. 276.)
VI. Cependant, pour parvenir ù ses fins, il somme Eck, qu'il rencontre à Augsbourg, d'avoir à soutenir contre lui et Carlstadl, grand partisan des doctrines luthériennes, une dispute publique : • Eccius noster ' , écrit-il à Sylvius Egranus le 2 février 1519, « a metcntaïus .lugustœ. Ut cum Carlstadio nostro Lipsiie congrederetur pro componenda contentione, tandem obsecutus est. ■• — De Wette, t. I, p. 216. Il prend sur lui d'engager aussi Carlstadt dans l'affaire, et de retour à Wittemberg, il écrit à Eck (15 noveml)re 1518) que Carlstadt est prêt à la dispute, et lui laisse le soin de déterminer le lieu et le jour où elle aura lieu. • Itaque fac " , ajoute-t-il, « ut non frustra horainem permoverim. » — De Wette, t. I, p. 171. Eck donne enfin son assentiment à la dispute, mais il est bien évident que c'est Luther qui l'a provoquée.
VII. Cestpar une lettre deCiiri^topheScheurl, du24novembrel518,queJeanEck apprit que Carlstadt avait déclaré à Erfurt « quod te eo mox evocalurus sit in arenam atque etiara ea lege disputaturus, ut singula verba calamus excipiat diligentissime... ». • Tuœ defensiones apud Wittenbergenses puijlice distrahuntur. . Schcuri's Brie/buclt, t. II, p. 61-62. — Eck reçut plus tard VAppellalio ad concilium de LUTHEU, qui date du 18 novembre 1518. — Lctueri Op. laiina, t. II, p. 438-445.
VIII. Entre les deux Universités dont le choix lui était laissé par Carlsdat, Eck se décida pour Leipzig. Il écrivit à la faculté de théologie de cette ville et au duc Georges de Saxe pour obtenir l'autorisation de la dispute (4 décembre 1518). L'Université la refusa. Le duc Georges, au contraire, envoya le 31 décembre la permission demandée. — (De Wette-Seidemann, t. VII, p. 1!, note.) Dans l'intervalle. Eck, sans attendre qu'il y fût autorisé, fit imprimer ses douze thèses sur l'indulgence et l'autorité du Pape, et les envoya à Luther. Celui-ci fut tellement irrité des objections qu'il y rencontra, qu'eu janvier (et non en mars ou avril, comme le dit de Wette, t. I, p. 249; voy. aussi Seidemann, Leipsiger Disputation, p. 27-28) il écrivit à Carlstadt une lettre destinée à la publicité, où parmi les plus ûpres invectives contre Eck (il parle entre autres des ^ pestilemibus Romani ponlißcis et Romanorum tyrannorum adulatoribus •) il fait part à Carlstadt de son dessein bien arrêté de combattre Eck en public à Leipzig : « Oro ut una mecura ad illustrissimum principem ducem Geargium, prudentissimum quoque senatum Lipsiae sciibas, si qua dignentur nobis domum vel profanam in hoc negotium collocare. Nam egregios dominos doctores de universitate penitus noio hujus periculo judicii onerari, quod et prudentissime recusarunt. • « Maintenant elle aura lieu », écrit-il le 3 février 1519 à Jean Lange, « ut faciam quw diucogiiavi, Christo propitio, id est, ut aliquando libro serio lu Romanas lernas invehar .. — (De Wette, t. I, p. 217.) Le 12 février il écrit à Spalatin ; « Eccius et ego congrediemur Lipsia? post Paschalia », etle20février à Scheurl : «Nec Eccius sibi, nec ego mihi in hac quicquam serviemus. Dei consilium agi mihi videtur. Ssepius dixi hucusque lusum esie a me : nunc tandem séria in Romanum Pontificem et arrogantiam Romanam agentur. • De Wette, t. I, p. 223-230. — Le 22 février 1519, il prononça sur la puissance papale un sermon irrité, qui inspira au célèbre juriste de Wittemberg, Otto Beckmann, la réflexion suivante (lettre à Spalatin, 24 février): « Quantum ad nostrura Eleutherium attinet, nescio quod possim polliceri. Scripsi tibi antehac, nostrates (les professeurs de lUniversitéi excepto uno vel altero improbanda probare, ut Martiniaui videantur, quamquam cum Martino minime consentiant quantum videlicet attinet ad potestatem summi pontificis, quse nec convelli ac minui potest nostris latratibus. » • Tu