‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 285 sur 477 · MURNEU : LA DE TRESSE DE LA FOI · texte numérisé non relu

MURNEU : LA DE TRESSE DE LA FOI

néants? N'a-t-il pas restitué les biens du clergé en partie aux héri- I tiers des bienfaiteurs', en partie à l'État? N'a-t-il pas fermé son } pays aux entreprises romaines, aux extorsions des papes? N'a-il pas t noblement vengé la déplorable mort du saint prophète Jean Huss? j Et, parmi tant de grandes actions, il n'a jamais cherché son intérêt personnel ni l'accroissement de sa fortune! » Ici un second paysan l'interrompt pour lui dire qu'il a entendu raconter que Ziska s'était | souillé de beaucoup de crimes abominables; mais Sickingen lui répond que punir des malfaiteurs n'est point un crime; que prendre à des hommes orgueilleux, cupides, insolents, débauchés et lâches un bien injustement acquis, les chasser de la patrie où leur grand , nombre cause renchérissement des denrées, n'a rien de répréhensible. I « Pourquoi n'iraiterais-je pas l'exemple de Ziska? " dit-il en terminant.

Bien qu'il recherchât l'appui de Charles-Quint, Hütten était très- | décidé à s'en passer au besoin; « car, en vérité », assure-l-il, « il est des cas où ne pas obéir est la véritable obéissance ». « L'Empereur souffre que des hommes pervers se servent de lui pour des choses j futiles. » « S'il est dans sa destinée '-, dit Ulrich à plusieurs reprises, ' « de suivre si promplemeut les mauvais conseils, je crois qu'une prompte ruine sera aussi dans sa destinée. Entouré d'une troupe de fidèles serviteurs, Charles devait songer à restreindre le pouvoir excessii des évêques, abattre la superstition, rapprendre au peuple la vraie religion, la remettre en lumière, et restaurer la liberté de l'Allemagne. 11 ne devait pas avoir égard aux rêveries de quelquesuns, mais à la volonté de Dieu, car la vérité et la religion sont icf en jeu. Oue si l'Empereur refuse de se mettre à notre tête, et que nous ne puissions espérer lui voir embrasser de lui-même la cause de la patrie, j'ai résolu de tenter quelque chose à mes risques et périls. Le sort en est jeté ! Advienne que pourra ^! >>

Le parti de la révolution politique et religieuse faisait à une grande partie de l'Allemagne une situaiiouque déplore, dans sa Complainte sur la détresse de la foi chrétienne ', Thomas Murner, moine franciscain.

Personne, dit-il, n'a jamais prétendu nier les abus qui se sont

' En Allemagne, selon les vues de llutlen, ces biens devaient revenir à 1» nol)lesse.

- Monitor secundus.

3 L'Idand's lolkslieder, t. II, p. 906-917. Voy. 1039, no 349.

MURNER, LA KüINE DE LA FOI C H R ET I E N ^f E. 129

introduits dans l'Église. Aucun homme loyal n'a jamais tenté de les justifier Seuls ils sont cause du mouvement révolutionnaire (jui éclate :

Les abus dont on se plaint, Nul homme d'honneur ne les défend!

Dieu même, je commence à le croire, Ne veut pas les tolérer davantage!

Mais mon cœur est plein de larmes, Parce qu'on veut détruire notre foi.

Voilà l'unique sujet de mes pleurs!

Il faut que je confesse ici la vérité. Nous ne sommes pas sans reproche.

La question de l'indulgence, dit-on, A malheureusement égaré bien des gens Entendant dire tant de mal d'elle, On s'est imaginé que les sacrements Étaient tout aussi suspects; On a cessé de les vénérer.

0 Dieu du ciel, fais-nous miséricorde!

Les hauts dignitaires de l'Église sont ensevelis dans la mollesse; la désunion et l'envie régnent dans tout le clergé, cela n'est que trop vrai, mais on ne peut remédier à ces maux par un bouleversement violent, parle renversement total de tout Tordre établi! Or c'est vers ce but que courent les partisans des idées nouvelles, car l'organisation ecclésiastique serait ruinée de fond en comble si les doctrines qu'ils propagent venaient à être adoptées :

Le bon Pasteur a été frappé,

[,cs brebis se sont dispersées !

Notre Saint Père est mis dehors :

Il ne doit plus porter couronne,

( ar le Christ n'a fondé son pouvoir

Par aucune parole sacrée!

En plus de cent mille endroits

Se répand cette doctrine empoisonnée.

Tous nos grands prélats,

Les cardinaux, les évêques

Vont être supprimés.

Le curé seul sera toléré,

A condition que le peuple l'ait choisi;

Mais comment son esprit faussé

Pourrait-il reconnaître le bon Pasteur .'

0 lamentable honte !

La messe ne sert plus à rien,

Ni dans la vie, ni à la mort;

Ils se raillent des sacrements :

Nous n'en avons que faire ! disent-ils.

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