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MURNER, LA RUINE DE LA FOI CHRÉTIENNE

Ils en ont déjà aboli cinq,

Et ceux qu'ils laissent debout,

Ils les ont si bien modifiés,

Que bientôt ils les retrancheront aussi.

A propos des doctrines de Luther sur le sacerdoce universel, Murner s' écrie :

Kous sommes tous devenus prêtres, Les femmes aussi bien que les hommes.

Bien que nous n'ayons pas été consacrés, tt n'ayons point reçu les ordres!

Les escabeaux sont sur les bancs, La charrue est devant les bœufs, La foi sombre entièrement Dans un abîme sans fond !

L'Allemagne est déchirée à l'intérieur; on abuse de la parole de Dieu; elle est devenue le prétexte d'émeutes, de rixes sanglantes .

La pomme de discorde est jetée!

Hélas! cela n'est que trop vrai!

Dans les villes, dans les villages.

Je ne donnerais ni sou ni maille Pour èlre à la place des gouvernants!

Par la ruse et par la fraude On les accuse de crimes prétendus.

Autrefois on tenait le saint Évangile Pour un message joyeux Envoyé par le Seigneur lui-même Pour nous procurer la paix!

Maintenant ils ont empoisonné le saint Livre, Ils l'ont rempli de leurs jjensées liomicides. Et ce qui devait faire notre joie Kous plonge i\ présent dans l'angoisse.

Je ne m'en prends pas à la parole de Dieu;

Mais ce dont je me lamente,

Cest de la voir dèfgurée,

Et devenue une parole meurtrière!

Oui, la parole de vie éternelle

X' est plus qu'un prétexte d'émeute et de crime!

Voilà ce qu'ils ont fait de l'Évangile

Que Jésus nous avait apporté dans l'amour!

Si le Turc nous eiU vaincus,

S'il avait envahi l'Allemagne

Depuis le lever du soleil jusqu'au couchant,

Il n'aurait pu insulter notre foi

Plus cruellement que nous ne l'avons fait,

Kous autres chrétiens, dans notre propre pays!

Depuis la venue du Christ, Je l'affirme ici par serment,

MlJIîNEH CONTUr: LUTHER. 1520. 131

Jamais pareille rlétrcsse

Ne s'était vue dans la chrcHienté !

Notre foi, jadis si resplendissante,

Gîl maintenant h terre!

Notre couronne est tombée lourdement,

Et devient un objet de risée!

Ceux qui ensorcellent le peuple et le poussent au mépris de toule jiulorité ruinent la foi de rAllemaj^ne :

Maintenant celui qui ment,

Qui méprise le pouvoir.

Celui qui contourne le sens de l'Évangile

El en fait un prétexte au crime,

On court à lui, on l'applaudit!

Notre foi, entièrement ruinée.

Ne sera bientôt plus qu'un amas de cendres!

Dans une réfutation raisonuée du Manifeste de Luther à la noblesse allciiiande , Murner s'explique très -franchement sur les abus dont gémit l'Église. Il n'hésite pas à condamner les annates, les frais du pallium, les commendes, les cas réservés et autres regrettables excès. Si l'excommunication, si les pénitences ecclésiastiques sont tombées dans le mépris public, les prêtres et les évoques en sont seuls responsables, dit-il, car ils en ont abusé, et les ont souvent imposées à propos de " trois noisettes et de deux crottes de pigeon ». Aussi les prêtres feront-ils bien de ne pas trop se plaindre, car eux seuls sont coupables. « Ce que tu as fait toi-même, souffres-en toimême. ') La réforme des abus doit être entreprise légalement par les autorités compétentes, c'est-à-dire par l'Empereur et les états, mais il est interdit à tout chrétien d'invoquer ce prétexte, comme le fait Luther, pour outrager la foi. Luther, personne n'en peut douter, en paraissant prendre tellement à cœur les charges de la nation allemande, n'a en réalité qu'un but; il s'en sert comme d'un petit morceau de lard à mettre dans son piège. Sous ce prétexte, il se propose de transformer bientôt tout à son aise notre sainte foi. Ensuite, il répandra son venin, il enverra partout ses messages hussites et wicléfites. Il veut créer un schisme en Allemagne, lui qui prétend nous mettre tous d'accord. Il veut, faisant cause commune avec les Bohèmes et les Moscovites, nous séparer du reste de la chrétienté, répandue par toute la terre. « J'espère de la bonté de Dieu que nous autres Allemands, nous saurons triompher de toutes les difficultés présentes, et resterons bons chrétiens, fidèles à la foi de nos pères. Quant à la réforme des abus, si un concile doit être convoqué, cela regarde l'Empereur et les états. Luther, il est vrai, fait appel à ce concile. " " Mais j'aurais cru ';, dit Murner en s'adressant directement à lui, « que toi, qui sou-

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pires avec tant de ferveur après un concile, tu t'en remettrais au Saint-Esprit, comme cela est légitime, du soin d'améliorer et de rectifier tous les abus, toutes les difformités de l'Eglise. Cependant tu laisses de côté un chemin si simple, si droit, si légal, et tu n'as à la bouche que des paroles de menace! » A tout propos Luther conseille les mesures violentes. Ses invectives contre le Pape dépassent toute mesure : ■■ .le dirai en toute sincérité que jamais goujat ou gâte-sauce n'a été interpellé d'une façon plus odieuse, et quand même le Pape .serait un homicide et le pire scélérat de tout l'univers, on n'aurait cependant jamais le droit de le traiter d'une manière si abominable' • Par ces pamphlets amers, on n'arrivera point à améliorer la situation religieuse.

Dans sa réfutation dogmatique des nouvelles doctrines, Murner s'indigne surtout au sujet de la sainte messe. 11 rapporte avec indignation ce qu'en dit Luther, qui prétend que fonder une messe n'est pas seulement un acte inutile, mais coupable, qui attire sur nous la colère du Seigneur : • 11 faut que j'épanche ici la grande i amertume de mon cœur, et que je parle brièvement, mais claire- ■ ment, avec toi, Luther. Laissons de côté le sacerdoce, le doctorat, I l'état religieux, les Ordres, les vœux, les serments, et tout ce à quoi i l'on pourrait vouloir me contraindre; je ne veux parler qu'en simple fidèle. Depuis mon eniance, mon père m'a appris à révérer la sainte messe. 11 m'a enseigné qu'elle était le mémorial sacré de la passion du Christ Jésus, Xotre-Seigneur. Tous ceux qui instruisent les fidèles dans la science de l'Écriture nous ont appris que la messe est un sacrifice efficace pour les vivants et pour les morts. Cette opinion est celle de tous les saints docteurs, et l'usage de la célébrer nous a été transmis par les douze messagers du Sauveur. 0 vous, premiers gardiens de la foi, soyez vigilants! Songez à nous i instruire exactement de ce qui concerne la sainte messe, car le ' chrétien a mis eu elle tout son cœur. Si, par votre négligence, l'erreur venait à prévaloir sur ce point, il est aisé de prévoir ce qui arriverait pour les autres! Veillez donc, n'épargnez rien dans une question aussi grave; ceux qui combattent notre dévotion ausaint Sacrifice n'épargnent rien de leur côté, et si vous tardiez à agir, vous auriez bientôt à déplorer les conséquences de votre apathie! ==

" Je parle ici du fond de mon cœur de chrétien, car je suis attaché par un profond respect à ce que mon père m'a enseigné sur ce point. Et si même la mort devait réduire au silence tous les évêques, de sorte que la dévotion à la sainte messe vint à s'éteindre entièrement, je témoigne ici, en apposant ma signature sur cette page, que j'entends mourir et quitter ce monde, fidèle à l'enseignement que j'ai

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