COURONNEMENT DE CHARLES-QUINT A AIV-LA-CHAPELF-F
l'Empire lui ayant coûté la somme, alors prodigieuse, d'environ un million de florins. Il avait bien tenté un emprunt auprès du roi d'Angleterre Henri VIII, mais ses propositions avaient été repoussées '.
L'état actuel des affaires commandait donc à lui seul une politique de conciliation; mais en dehors dt^ ces faits trop réels, l'esprit de conquête, le goiU des mesures violentes étaient absolument étrangers au caractère et aux vues de Charles-Quint-. C'était à défendre l'héritage qui lui avait été transmis qu'il avait résolu d'employer la puissance que Dieu lui avait donnée, puissance qu'il remerciait la Providence de lui avoir confiée'. La protection, l'intégrité des pays à lui appartenant, le devoir de les défendre contre toute attaque étrangère, voilà ce qu'il se proposa constamment dans tous ses actes politiques; ce mobile l'a seul engagé dans toutes les luîtes et périls de son règne.
Le 22 octobre 1520, Charles, entouré d'un imposant cortège, fit son entrée à Aix-la-Chapelle, la ville du sacre. Joachim de Brandebourg et Frédéric de Saxe manquaient seuls au corps électoral. Ce dernier était retenu à Cologne " par une attaque de goutte ". On
élection, voy. notre premier volume, p. 561-564. Sur les prome.^ses faites au margrave Casimir de Brandebourg, le négociateur le plus actif de Charles- Quint au moment de l'élection, voy. Spiess, Brandenburg, histor. Münzbelustigungen, l. I, p. 195, et t. IV, p. 101. — Lang, .Veuere Geschichte des Furstenthums Bayreuth, t. I, p. 170.
' Le GLi.Y, .Végociatiom, t. II, p, 465. — En juin 1520, les dettes de l'Empereur s'élevaient à un million de ducats. Les revenus de Castille avaient été hypothéqués. Depuis six mois, la flotte destinée à l'expédition d'Afrique n'avait reçu aucune solde. Vers la fin d'août, Charles put enfin se procurer 20,000 ducats, à la condition de promettre au préteur 20 pour 100 d'intérêt. Avec cette somme, il put enrôler trois mille marins. Les dîmes consenties par le Pape rapportèrent 8.000 ducats. — Voy. L.nyz, Actenstûcke und Briefe, Introduction, p. 244, note 57. — Sur les embarras d'argent de 1521, voy. Lanz, p. 249. François!", si humilié par l'élection de Charles-Quint, se consolait en pensant qu'elle avait dû singulièrement appauvrir son rival. — Baumgarten, t. I, p. 164.
- On trouvera de plus amples détails sur ce sujet dans un des chapitres suivants. Voyez aussi la lettre de Charles-Quint au margrave de Brandebourg, dans SpieS, Brandenburg. Münzbelustigungen, t. I, p. 199. « La politique de Charles- Quint », dit Roesler, '^ révèle dès le début les tendances conservatrices de l'Empereur. Il n'y a rien de capricieux, d'exagéré, d'inquiet dans sa manière. Son jugement est pénétrant, calme, plein de mesure. Ce qui lui appartient en propre, ce qui est à lui par héritage, il tient à le conserver, désireux de » onsolider toujours davantage ses possessions. C'est envers les musulmans qu'il se montre le plus enclin à oublier cette règle de conduite, parce qu'il est à la fois de sang espagnol et petit-fils de Maximilien. D'ailleurs, toute l'Europe partageait ses vues à cet égard; combattre les infidèles était encore considéré à cette époque comme le plus saint devoir d'un monarque, et comme la mission particulière de l'Empereur romain. »
^ Voyez comment il s'exprime sur ce sujet lorsqu'en juillet 1521 il apprend que François I" a commencé les hostilités. Brewer, 3'', 599.