‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 298 sur 477 · ANXIÉTÉ DES ESPRITS A WORMS · texte numérisé non relu

ANXIÉTÉ DES ESPRITS A WORMS

l'Église'. TJu manifeste de Huden, ainsi que d'innombrables libelles remplis de sarcasmes et de mépris jx^ur les adversaires de Luther, couraient de main en main. De son château d'Ebernbourg, Hütten adressait aux légats des lettres grossières et menaçantes; il les désignait à la haine populaire comme les plus léroccs brigands, comme les imposteurs les plus éhoutés. « .le mettrai tout mon zèle », écrivait-il à Aléandre, « je ferai tous mes efforts, j'emploierai toute mon énergie pour que bientôt lu ne sois plus qu'un cadavre, et pour qu'on pousse bientôt dehors ta dépouille sans vie, car lu es venu vers nous plein de rage, de délire et d'iniquité ■•! » Il accable des plus violents outrages les princes de l'Église, les hauts dignitaires ecclésiastiques présents à la diète. 11 les appelle les mauvais génies de l'Empereur, et les déclare souillés de tous les crimes imaginables. « Tenez-vous loin des sources limpides, pourceaux impurs! sortez du sanctuaire, marchands pervers! Ne sentez-vous pas le souffle de la liberté qui passe? ne voyez-vous pas que les hommes, las de l'état de choses actuel, cherchent à en établir un nouveau? Je pousserai, j'aiguillonnerai, j'éperonnerai, j'entraînerai vers la liberté! » «Il estimpossible qu'un homme possédant une ombre de courage », dit-il ailleurs, « puisse désormais contenir son indignation! Tous vont s'élancer vers l'ennemi commun pour l'assaillir avec violence, tous vont lui préparer la ruine et la mort M » Hütten va même jusqu'à proférer des menaces contre l'Empereur : « Nous espérions », dit-il dans une adresse à Charles-Quint, « que tu nous délivrerais du joug romain, que lu détruirais la tyrannie du Pape. Fassent les dieux que quelque chose de meilleur que tes commencements vienne bientôt nous consoler! Mais si l'Empereur laissait se consommer la honte de l'Allemagne, les Allemands sauraient agir, au risque de l'offenser momentanément *. "

Une eflTayanle agitation ne tarda pas à s'emparer des esprits. De tous côtés on répétait qu'un grand coup allait être porté au clergé, et que les chevaliers allaient mettre la main sur tous les biens

' ■^ ...Eliam in aula Ca>saris ", écrit Aléandre, « chè chi e cosa stupenda corne sono uniti et trovano in cuinulo danari. « ' * BÖCKING, Ulr. Hutteni Op. II, p. 12-21.

' « ...Ouis vel mediocriter fortimn potest continere se, quin impetu, vi et vioientia invadat vobisque ctedem et evitium moliatur. " — Bocking, t. II, p. 21-34. Hulten termine sa lettre par la menace suivante : « Certe profecto innocentis |Viri (Luther) damnationi capita vestra consecrata sciatis. » Il est clair que Luther léprouvait une vive satisfaction de la publication de ces lettres « ad pileos istos jet gaieritas upupas -. — Voy. de Wette, t. II, p. 9.

\ *BöcKiNG, t. II, p. 38-46. — STRAUSS, t. II, p. 178-180. L'ambassadeur anglais Tonstall écrit de Worms à Henri VIII que Luther a offert à l'Empereur, dans |le cas où celui-ci consentirait à marcher ( outre Rome, démettre sur pied une iarmée de cent mille hommes. — Fides, Life of Wohey, 2« édit., p. 231. — Voy.

jW'ALTZ, p. 32.

Page 1