LUTHER EN ROUTE POUR WORMS
ecclésiastiques. Les rapports d'Aléandre témoignent de la perpétuelle anxiété où Ton vivait à Worms. Chacun se croyait à la veille de quelque hardi coup de main; on craignait que le parti de la révolution n'envahit le lieu des séances de la diète. Une tentative de ce genre était d'autant plus à redouter que l'Empereur était sans défense, sans armée pour le protéger. " Au fond ", écrit Aléandre, ' Sickingen est maintenant le véritale maitre de l'Allemagne, car il a des hommes d'armes quand et comme il veut, et l'Empereur n'en a point. » ' Les princes restent inactifs, les prélats tremblent, et se laissent circonvenir comme des lapins. " « La noblesse appauvrie, mais forte en nombre, est aux ordres de Sickingen, et prête à le seconder dans toutes ses entreprises. En vérité, dans les circonstances actuelles, Sickingen est l'effroi de toute l'Allemagne. Tous semblent impuissants, et sont comme paralysés à son aspect. «
C'est dans un tel état de choses que Luther était attendu à Worms'.
Luther avait quitté Wittemberg le 2 avril. Quatre jours plus tard, il était reçu " comme un triomphateur «par le parti des humanistes, qui lui était entièrement dévoué. " Réjouis-toi, noble cité d'Erfurt, couronne-toi comme aux jours de fête! » s'écriait Eoban Hessus à la nouvelle de son arrivée; « car regarde, le voici, celui qui vient te déhvrer de l'opprobre sous lequel tu as gémi trop longtemps, celui qui, le premier, saisissant le hoyau de fer, a détruit l'ivraie empoisonnée qui envahissait le champ du Christ! « Eoban fait intervenir la Gera pour célébrer Luther; le fleuve apporte ses hommages à l'At-
1 Dépêche d'Aléandre dans Friedrich, p. 126, 127, 128— Balan, p. 160.— Brie- GER, p. 125, 134. — Glapion et le chambellan impérial Paul Armerstorff furent députés au château d'Ebernbourg. Ce dernier avait mission d'offrir à Hütten de la part de l'Empereur une pension de 400 florins d or, pourvu qu'il consentit à se taire à l'avenir. Il était aussi charj^é de faire une dernière tentative de conciliation vis-à-vis de Luther. Sickingen envoya donc au-devant de Luther Martin Bucer, le moine apostat; Luther s'était déjà mis en route et s'était arrêté à Oppenheim; Bucer l'invita à venir à Ebernbourg, où Glapion l'attendait. Mais Luther déclina l'invitation. — Voy. Ulmann, p. 179-181. — Mauren- BRECHER, Studien, und Skizzen, p. 267-268, et Katholische Reformation, t. I, p. 192-193, 397. — Luther lui-même a rapporté la réponse qu'il fit à Martin Bucer : ' Si le confesseur de l'umpereur a quelque chose à me dire, il peut tout aussi bien venir me trouver à Worms. » Sammtl. Werke, t. LXIV, p. 368. Aléandre, ainsi que le prouvent ses dépêches, ignorait le véritable but de la missiou de Glapion et d'Armerstorff au château d'Ebernbourg.