LUTHER DEVANT LA DIÈTE
sommes décidés à faire reculer Satan, et nous méprisons ses embûches '. »
Mais amené pour la première fois en présence de l'Empereur et de la diète (17 avril), Luther ne parait pas avoir conservé cette assurance pleine de fermeté. Lor.squ'on lui demanda s'il avouait être l'auteur des livres condamnés, il répondit affirmativement; mais à la seconde question qui lui fut adressée : « Consentez-vous à les rétracter? » il demanda du temps pour réfléchir. « Il parlait presque à voix basse », rapporte Philippe de Furstemberjj, « d'un ton calme et comme résigné, de sorte qu'on pouvait difficilement l'entendre, même en se tenant tout proche de lui. Il semblait éprouver de l'effroi et du trouble*. » L'Kmpereur et les états répondirent « que bien que par le mandat qui lui avait été adressé il dût être suffisamment instruit des causes de son appel à Worms, et par conséquent ne dût pas avoir besoin de beaucoup de temps pour réfléchir, l'Empereur, dans son indulgente bonté, voulait bien lui accorder un jour encore pour songer à sa réponse ".
Dès la première audience, Hütten, d'Ebernbourg, saluait en Luther un invincible évangéliste, exhortant « son saint ami " à demeurer inébranlable. « Prends courage et sois fort! Tu vois les grandes choses qui dépendent de toi! Je m'attacherai à toi jusqu'au dernier souffle, si tu restes fidèle à toi-même. Je tenterai même les choses les plus effroyables pour notre cause, car j'espère que le temps est venu où le Seigneur va nettoyer sa vignes » « Je voudrais être en ce moment à Worms », écrivait-il en même temps à Juste Jonas,
' Le 14 avril 1521. — De Wette, t. I, p. 586. — Voy. la dépêche d'Aléandre sur l'arrivée de Luther à Worms, dans Frieduich, p 136. — B.vlan, p. 170. — Brie- GER, p. 143. — Bien qu'Aléandre eût fait tous ses efforts pour empêcher que Luther ne fût mandé à Worms, il disait plus tard qu'à son avis la présence du moine avait eu d'heureux résultats. « In reliquis la venula del detto è stato saluberrima, perché et César et quasi tutto il monde l'ha existimato per pazzo, dissoliito et demoniaco; quin imo subito che César il vide, disse : questui mai, me farebbe heretico, et poi quando furono nominati li libri coram Cesare et Imperio, César palam dixit et sepissimc postea repetiil, che mai crederà che l'habia composto detti libri. — Lasso a parte la ebrietà alla quale detto Luther è detilissimo, et molti atti brutti visu, verbo, et opère, vultu, incessu, che li han fatto perder tutta la opinione, chef mundo haveva concelto de lui. ■ Friedrich, p. 138. — Balan, p. 236. — Brieger, p. 170. « Un Vénitien qui ne peut être accuse de partialité », dit K\'SKE[Deuische Geschichie, t. I, p. 495), "remarque que Luther, à Worms, n'a point fait preuve d'une science extraordinaire ni d'une pénétration très-remarquable, et qu'il n'a pas été sans reproche dans sa conduite; selon lui, il n'a pas répondu à ce qu'on attendait de lui. • — Contarenus ad M. Dandulum, Wormalia> 23""' d. Apr. 1521, dans la chronique de Sanuto, t. XXX. — Voy. aussi les passages cités par Höfler, Adrien II, p. 55, note 1. « ...Luther excels solely in impudence. »
* Archives de Francfort, Heichstagsakien, dans Steitz, t. XLVIII, n" 4, au Heu de 7nilder il faut lire niddcr. Voy. la dépêche du délégué de Strasbourg, Kolde, Analecta, p. 30, note.
^ « ...Equidem atrocissima omnia concipio, neque fallor, credo, sed spero tem-