ÉDIT DE WORMS
Luther fut conduit à la Wartbourg '. Ses partisaa.s se dispersèrent de tous côtés pour exciter le peuple; bientôt leurs lettres, leurs émissaires, répandirent partout le bruit que le sauf-conduit de l'Empereur avait été violé, et que Luther, fait prisonnier et garrotté, avait été victime des plus cruels traitements. On alla môme jusqu'à affirmer que son cadavre avait été découvert dans le conduit d'une mine *. Tandis qu'à Worms on était tous les jours sous la menace d'une sanglante émeute, la cause de Luther achevait d'être instruite devant la diète. Le 30 avril, l'Empereur, réclamant de nouveau l'avis des étals, les interrogea sur la conduite qu'il convenait de tenir avec Luther, maintenant qu'il avait formellement refusé de se rétracter, et s'était retiré déclarant persister dans ses manières de voir. Que décider, par rapport à lui, à ses écrits, à ses adhérents et fauteurs, et de quels châtiments follail-il user? Était-ce du ban d'Empire, ou de toute autre peine'? Les étals, qui, auparavant*, prévoyant le cas où Luther s'obstinerait dans son erreur, avaient laissé toute liberté à Charles-Quint de pourvoir au maintien et à la défense de la foi
KOLDK, Friedrich der Weise, p. 28-29. — KOLDE, Martin Luther (Golba, 1884), t. I, p. 350-393.
' Château fort du {jrand-duche de Saxe-Weimar, près d'Eisenacb. Ce château, ancienne résidence des landgraves de Tliuringe, avait été le témoin des douces vertus et des courtes années de boniieur terrestre de la « chère sainte Elisabeth ". (Note du traducteur.)
^ On pourra se rendre compte de l'agitation produite parmi les amis de Luther par la nouvelle prétendue de son arrestation et des mauvais traitements qu'il avait soi-disant subis, diins le journal d'Albert Dürer, (elui-ci était alors tout dévoué au parti luthérien ; non qu'il vouli\t se séparer de l'unité de l'Ej'jlise, mais parce qu'il tenait Luther " pour un homme éclairé par le Saint-Ksprit, et pour un confesseur de la véritable foi du Christ ^. Lorsque Dürer, pendant son séjour à Anvers, apprend la trahison dont Luther a été victime, il s'écrie : « 0 Dieu du ciel, aie pitié de nous! Nous te supplions. Père céleste, de renouveler le don de ton Esprit-Saint à celui qui a de toutes parts rassemblé de nouveau les membres de ta sainte Église chrétienne, aßn que nous vivions désormais tous ensemble dans l'union et la foi chrétienne , et afili que les Turcs, les païens, les Indiens, viennent d'eux-mêmes à nous, et, témoins de nos bonnes œuvres, embrassent la foi. » — Voy. ce passage et d'autres analogues dans Thausing, Diircr's Briefe, Tagebücher und Heime, p. 119-123. — Voy. plus haut, p. 91. On prétend qu'à la diète quelques princes, entre autres le margrave Joachim de Brandebourg, furent d'avis de ne pas donner de sauf-conduit à Luther pour le retour. Mais l'Empereur, l'électeur du Palatinat, et aussi le loyal et fervent catholique Georges de Saxe, s'opposèrent à cette mesure. Les deux électeurs, assure-t-on, échangèrent à ce propos des paroles si vives qu ils portèrent la main à leurs épées. Voy. ce que dit Luther à ce sujet, Sâmmil. Werke, t. LXIV, p. 368 Le duc Georges déclara fièrement « que les princes allemands ne souffriraient jamais qu'au mépris de la parole donnée le sauf-conduit fût refusé à celui auquel il avait été promis; cet acte honteux ne devait pas se produire à la première diète présidée par Charles-Quint >. En un mot, il combattit ce projet avec l'antique loyauté allemande; ce que l'on avait promis, il fallait le tenir. — BUCHHOLZ, t. I, p. 365.
' Voy. Waltz, p. 39-41,
* Voy. plus haut, p 91.