ÉDIT DE WORMS
catholique, et de faire publier dans tout l'Empire un juste et nécessaire édit, réclamaient maintenant d'eux-mêmes la prompte publication de cet édit. Comme le disait Frédéric de Saxe (4 mai 1521), ce n'était pas seulement Anne et Caiphe, c'était aussi Pilate et Hérode qui s'opposaient à Luther ', et les pouvoirs spirituels et temporels lui étaient également contraires. Pour Frédéric, il n'aspirait qu'à rester neutre; il s'abstint d'intervenir dans un sens ou dans un autre, et quitta Worms.
L'Empereur chargea Aléandre de rédiger l'édit, et celui-ci le lui soumit dès le 8 mai ■^; mais il ne fut publié que lorsque le terme fixé pour le sauf-conduit de Luther fut expiré. Il condamnait au ban d'Empire Luther, ses adeptes, et tous ceux qui l'avaient soutenu dans son entreprise, ordonnant que les écrits du novateur fussent détruits par les flammes. Luther, disait l'édit, avait fait à l'Empereur ■ l'impression d'un possédé. Par ses ouvrages, une semence d'erreur avait été propagée. Il avait attaqué le nombre, l'institution, l'usage des sacrements, et avili les lois sacrées du mariage. Il avait accablé le Souverain Pontife d'injures atroces et calomniatrices, jeté le mépris sur le sacerdoce, et n'avait pas craint d'engager ouvertement les laïques « à tremper leurs mains dans le sang des prêtres >". Il niait le libre arbitre, et, dans ses prédications, affranchissait les fidèles de « toute morale et de toute loi. 11 avait été assez hardi pour renverser i|[ les plus saintes barrières, et les livres de droit canon avaient été par lui livrés aux flammes. Il outrageait les conciles, et surtout ce grand concile de Constance qui avait restauré la paix et la concorde à l'éternelle gloire de l'Allemagne, et qu'il appehiit « une synagogue de Satan " ; tous ceux qui y avaient pris part étaient à ses yeux des antechrists et des homicides. « Comme s'il eût été le démon en personne caché sous un froc de moine », il réunissait en lui " toutes les hérésies anciennes et nouvelles; sous prétexte de prêcher la foi, il détruisait toute orthodoxie; prétendant apporter une doctrine évangélique, il renversait la paix, la charité, le bon ordre. Outre les livres de Luther, les pamphlets répandus en tous lieux et si préjudiciables au peuple chrétien, les pasquinades, les caricatures insultant le Pape, les prélats et la foi catholique, devaient tous être anéantis. Et afin qu'à Tavenir la peste des mauvais livres fut à jamais écartée de la nation, et que la noble invention de l'imprimerie ne servit plus qu'à propager de bons et salutaires ouvrages, tous les écrits se rapportant de quelque manière que ce fiU à la foi catholique seraient soumis à
' Voy. FÖRSTEMANX, .Yeues i'rkuudenbucli , t. I, p. 15.
- Les dépêches d'Aléandre prouvent que l'édit, signé par l'Empereur le 26 mai seulement, n'a pas été antidaté. ■ Il est probable qu'il porte la date du jour où il fut rédigé. Sa publication fut longtemps différée. • Friedrich, p. 89, note 1.
r;ippi'oba(ion de l'ordinaire et de la facuKé de théologie de l'Université la plus voisine avant d'être mis sous presse. «
Cependant des centaines de cavaliers se rassemblaient autour de Worms, et Sickingen faisait courir le bruit qu'il viendrait bientôt en personne signer les conclusions de la diète'. « Franz est avec nous lî, écrivait Hütten à Willibald Pirkheimer(l" mai 1521); « nonseulement il est bien disposé pour nous, mais il est tout enflammé de zèle. Il a, pour ainsi parler, absorbé tout Luther. A table, il se fait lire ses écrits, .le l'ai entendu affirmer par serment qu'en dépit de tous les périls, il n'abandonnerait jamais la cause de la vérité. » « Tu peux t'en rapporter à ses paroles comme à une voix divine, tant sa fermeté est grande. En parlant de lui aux tiens, tu peux dire en toute assurance : « Il n'y a pas en Allemagne une âme plus noble*! » Les amis et auxiliaires de Hütten, Eoban Hessus, Hermann van dem Busche, étaient d'avis de commencer prompteraent l'attaque. < On a bien assez parlé >■, écrivait Eoban à Hütten; « il est temps de saisir nos armes, et de fondre sur les ennemis de l'héritage du Seigneur; ce sont les véritables Turcs, et les plus dangereux. > Hütten ne serait pas isolé dans le combat. De toutes les campagnes de la Germanie, les hommes d'armes se hâteraient de rejoindre sa bannière. Hütten et Sickingen fondraient sur Rome avec la rapidité de l'éclair, et anéantiraient la peste romaine ^ Pourquoi attendre que l'Empereur ait quitté Worms? Pourquoi tarder à ouvrir la campagne? écrivait de son côté à Hütten Hermann van dem Busche; si Hütten souffrait que les nonces du Pape, ces pires ennemis de Luther et de l'Allemagne, sortissent de la Germanie « la peau saine «, l'attente générale serait déçue, et l'honneur de Hütten en serait atteint*.
Luther, de son côté, écrivait de la Wartbourg à Sickingen, « son très-cher seigneur et maître » (1" juin) : » Nous lisons dans le livre de Josué que Dieu ayant conduit le peuple d'Israël dans la Terre promise, fit périr tous les habitants de ce pays, avec leurs trente et un rois. Toutes leurs cités furent détruites, parce qu'aucune n'avait été assez humble pour implorer la paix. A l'exception d'une seule, toutes avaient eu la folle témérité de combattre contre Israël, car Dieu avait ainsi disposé les choses; il était arrêté que ces villes résisteraient avec obstination et courage, pour que nulle miséricorde ne pût leur être montrée. Cette histoire me semble faite pour servir d'exemple à nos papes, à nos évêques, à nos docteurs, à tous nos
'Dépêche d'Aléandre dans Friedrich, p. Ii2. — Bahn, p. 233. — Brieger p. 216.
^ BÖCK1NG, t. II, p. 59-62.
* Voy. SCHWERTZFELL, p. 35.
*BÖCK1NG, t. II, p. 62-64.