LUTHER ,]U(;E PAR SES CONTEMPORAINS
du matin de Wittemberg ", s'aperçoit maintenant qu'il n'est que a rinsti{ïateui* et le père d'une révolution funeste ", et se plaint .< de la témérité, de l'intolérable présomption des novateurs, dont la fureur ressemble à du délire ' « . « Crotus Rubianus reconnaît qu'il est criminel d'attaquer TÉglise, cette maîtresse auguste, cette sainte Mère, quia donné au monde de si sages lois*. » Mais l'homme le plus complètement transformé, c'est Ulrich Zasius, l'un des savants les plus illustres de ce temps \ Lui aussi avait espéré qu'une réforme heureuse sortirait des prédications de Luther ^ et peu de temps avant la dispute de Leipzig, on l'avait entendu s'écrier : « Puisse le voyage de notre Luther s'effectuer sous d'heureux auspices ! » Mais lorsque Luther eut nié l'institution divine de l'Église et l'infaillibilité des conciles, Zasius, insensiblement, commença à se détacher de lui, et à partir de la diète de Worms jugea avec une sévérité toujours plus grande ses projets révolutionnaires. 11 souffre de voir Mélanchthon abaisser « sa noble intelligence jus- j qu'à se faire le champion des erreurs luthériennes ». 11 écrit le 21 décembre 1521 à son ancien élève Thomas Blarer qui avait embrassé les doctrines nouvelles : « Tu me plains, et moi, de mon [ côté, je te plains de toute mon âme! Tu es jeune, tu ne connais j pas le monde, et tu quittes l'Église pour courir après des ombres? » « Est-il juste que l'Église entière soit bouleversée a. cause des fautes de quelques-uns ? Vous jugez l'ensemble d'après quelques excep- li tions, les abus vous font perdre de vue ce qui est louable, et vous n confondez toutes les questions. « Les blasphémateurs de la messe |; causent à Zasius une douleur particulière, et il se propose de les •■ réfuter : " Un tel travail me siérait fort bien ", dit-il, « quoique je ne sois qu'un légiste, puisque vous autres, grammairiens, vous, poètes, vous, jeunes gens, vous ne craignez pas de remettre en question les principes les mieux établis de la théologie. -^ « Vous niez l'efficacité des bonnes œuvres? Cependant n'est-il pas dit à propos des justes : " Leurs œuvres les accompagnent et les sui- " vent «? Vous réclamez la liberté évangélique, mais vous ne démontrez nulle part comment on la peut obtenir. Quel est donc votre dessein, malheureux jeunes gens, qui vous laissez séduire par des docteurs imprudents ? » « Tu dis que tu as étudié l'Évangile en
> Voy. Rampschulte, t. II, p. 227-232. — Krause, Briefwechsel, t. LXI, LXIV.
2 Heu scelus est, dominam sanctamque lacessere matrem,
Quœ peperit leges res aliasque bonas.
Dal. Cal. Quinciil. 1521 à Petrejus, voy. Kampschulte, t. II, p. 139, note. ^ Voy. sur Zasius notre premier volume, p. 95-97.
* ■ Lutheri quacunque me contiugunt », écrit-il en 1519 à Boniface Amerbach, ■ ita excipio, ac si angelo auctore eraerissent. ■ riegger, Zasii Episi., 4.