‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 319 sur 477 · I. U THE i; IT LA BIBLE. 2H · texte numérisé non relu

I. U THE i; IT LA BIBLE. 2H

veau Teslamenf, " je ne veux pas mettre soa épitre dans ma Bible parmi les autres livres authentiques, .le n'empêche néanmoins personne de l'estimer et de l'apprécier selon (juil le jugera bon '.

Quant à Tepiire aux Hébreux, Luiher affirmait qu'elle n'était ni de saint Paul, ni d'aucun autre apùlre. u On ne saurait dire à qui elle doit être attribuée. 11 est probable qu'on l'ijjnorera encore pendant quelque temps. Üu reste, peu importe ^ >

Voici son opinion sur l'Apocalypse : ( Pour ce livre, je laisse à chacun toute liberté; je n'entends lier personne à ma manière de voir, je dis ce que j'éprouve. Je ne lui fais pas un mince reproche, car je ne le tiens ni pour apostolique ni pour prophétique. (Jue celui-là s'y attache qui y sent son esprit attiré; mon esprit, à moi, ne peut s'en accommoder'. »

Ainsi diiuc, l'autorité de la sainte Écriture ne reposait que sur le sentiment particulier de chacun.

« Jusqu'où ira-t-on •', demandait avec Emser et Cochlaeus Charles de Bodmanu; •■ jusqu'où ira la doctrine luthérienne quant à Tinterprélatiou et à l'autorité des saintes Écritures? Luther rejette tel ou tel livre, il le tient pour non apostolique, non authentique, et cela uniquement parce que son esprit ne le goùle pas. Mais d'autres viendront après lui qui, dirigés par les mêmes principes, rejetteront a leur tour ce livre-ci, celui-là, et à la fin, la Bible, en son ensemble, deviendra un vaste champ de doute, et sera discutée comme tout autre ouvrage profane. Et cependant on jette les hauts cris de ce que la traduction de Luther ait été interdite aux fidèles; il semble que cette défense soit un acte inouï de tyrannie*! Dès maintenant, bien

1 Sammtl. Werke, t. LXIII, p !15, 156-158.

' T. LXIIF, p. 154-155. — Il me semble •, dit-il encore, - que cette épître est

camposée de beaucoup de pièces disparates. Elle n'a aucune unité. Quoique saint

Paul n'y pose pas le fondement de la foi (il le déclare lui-même, chap. m, v. î ;.

ce qui est le propre de la mission d'un apôlre, il ne laisse pas d'élever sur

ce fondement l'or, l'arfjent, les pierreries les mieux travaillés. Donc, ne pre-

I nons pas ^arde aux parcelles de bois, de pierre et de paille qui y sont mêlées;

I acceptons cette epitre avec les autres, tout en ne la mettant pas au même rang

I que les épitres apostoliques. ■>

\ ' T. LXIII, p. 15M55. — On lit dans la préface du traité de Luther intitulé : Des j livres les plus aullientiques et les plus excellents du Xouveau Testament : - Comme Jean 1 parle très-peu des actes du Christ, mais s'étend beaucoup sur ses prédications, I tandis que les autres évangélistes parlent au contraire beaucoup de ses actions I et peu de son enseignement, l'Évangile de Jean est l'unique Évangile, l'Évangile de l'amour, l'Évangile par excellence, et doit être mis et élevé bien au- ! dessus des trois autres. Les épitres de saint Paul et de saint Pierre sont aussi bien supérieures aux récits des trois évangélistes Mathieu, Marc et Luc. » 1. LXIII, p. 115.

* La traduction !"thérienne du Xouveau Testament lut également interdite en Bavière, en Autriche, dans le Brandebourg et dans le duché de Saxe. Un édit du duc Georges, daté du 7 novembre 1522, ordonnait que dans un délai de cinq semaines, tous les exemplaires en circulation dans le pays depuis Noël

des gens méprisent tout autant rÉcriture sainte, et même le Christ, que l'Église et son enseignement, et ces tristes exemples se multiplieront toujours plus, dans la mesure où TÉglise, en son autorité comme eu ses premiers pasteurs, sera plus honnie, plus salie par les ignobles propos de Luther et de ses disciples '. '

Luther, en guise de compliment de nouvelle année, dédia au Saint- Père (décembre 1522) son Exposillon sur la Bulle Cœna Domiui, autrement dite Bulle du souper (jlouton du Très-Saint Seijneur le Pape.

Le Pape, dans cet écrit, reparait de nouveau sous les traits de l'Antéchrist : « Sa perversité >, dit Luther, « dépasse celle du dragon infernal, et toute l'infamie des suppôts du diable. » « Ouvrez les yeux, malheureux papistes, papistes aveugles, considérez votre idole, voyez comme elle s'élève contre le Christ, et à quelle besogne satanique elle s'emploie! >• - Le Pape, par ses mensonges d'enfer, force tout le monde à déserter la foi chrétienne; aussi dans sou corps, dans ses biens, dans son âme, le gouvernement du Pape est-il dix fois pire que celui des Turcs. ■' Jésus-Christ, comme nous le lisons dans l'iicriture, s'est réservé le châtiment de l'Antéchrist; sans cela, avant de songer à exterminer les infidèles, il faudrait commencer par anéantir la Papauté. Le Rhin serait à peine assez profond pour engloutir toute la bande des pillards romains, tous ces infâmes bourreaux, très-fidèles apôtres du Pape, cardinaux, archevêques, évêques, abbés, qu'on ne saurait compter*! ■■

Il s'exprime avec la même violence, la même passion, dans un

fussent rerais aux agents du duc; le prix des Bibles devait être remboursé aux acheteurs. Jérôme Emser, chapelain du duc, exposa dans un traité étendu les raisons de cette interdiction. Non-Seulement -, dit-il, ^ le sens de certains passages, mais encore le respect dû à la sainte Écriture est bles.é dans les commentaires et les préfaces de Luther. - La faculté de théologie de Leipsick (janvier 1523 supplie le duc d'interdire i ses sujets la lecture des commentaires et préfaces de Luther, quand bien même la traduction du texte saint serait ndèle. (Ce qui n'était pas le cas.) Emser recommande aux évêques de charger quelques savants de publier une nouvelle et exocte traduction du

Nouveau Testament. — Voy. SeIDEM.VNN. Erläuterungen zur Reformationsgeschichte, p. 51-55. — Emser fut plus tard chargé par le duc d'éditer une traduction catholique, et Georges en composa lui-même la préface. Cette préface se termine ainsi : « Ceux de nos sujets qui accepteront et liront docilement ce Nouveau Testament, véritablement donné par Dieu, nous feront d'autant plus de plaisir, et nous le reconnaîtrons d'autant plus volontiers par toutes sortes de grâces, qu'ils y puiseront plus d'avantages et d'édification pour le salut de leurs âmes '. — Voy. l'article sur le duc Georges dans les Hist. pot. Blattern, t. XLVI, p. 462-463. — Emser eût désiré que sa traduction fiU imprimée chez les Frères de la vie commune de Rostock ; mais Luther, par une démarche auprès du duc Henri de Mecklembourg, parvint à empêcher la chose. — (Lisch, p. 23-43.) — Il pressait le duc de l'interdire, à cause des commentaires et des annotations d'Emser. Voy. ses lettres sur ce sujet dans de Wette, t. III, p. 528-530.

' ' Du 23 août 1523. Voy. plus haut, p. 162, note 5.

^ Sammil. Werke, t. XXIV, p. 164-202. Voy. surtout les pages 166, 182-183, 188. ,

SOULÈVEMENT DU PEIPI.E l'AR (.A l'KÉniCATION ET LA PHESSE. 213

écrit polémiste plus considérable, qu'il avait cru pouvoir intituler : Loyale exhortation adressée à tous les chrélkns pour les détourner de toute émeute et révolte : < Comme les honteuses et funestes impostures, les crimes, la tyrannie du Pape et de ses affidés sont maintenant exposés en plein jour et livrés au mépris de tous % dit-il dans l'introduction de ce livre, « il est à prévoir qu'on en viendra prochainement à la révolte ouverte, et que les prêtres, les moines, les évêques, enfin tout le clergé, pourront bien être chassés ou assommés, à moins que d'eux-mêmes ils ne s'appliquent à une sérieuse et foncière réforme. » « Le peuple, dans la première chaleur de son ressentiment, comprenant eufin le tort qu'on a fait à ses biens, à son corps et à son âme, tenté au delà de ses forces, écrasé de la façon la plus inique et la plus excessive, refusera de se soumettre à l'avenir à de pareils traitements, il n'a que trop de motifs légitimes '^ de frapper dur avec son fléau et sa pioche ' , comme dit Karsthans en son rude langage. Luther voit avec plaisir l'effroi, l'angoisse du clergé, et souhaiterait que cette terreur s'accrût encore : ■ L'Écriture constate une pareille épouvante chez tous les ennemis de Dieu; elle nous apprend qu'elle est un des signes avant-coureurs de leur réprobation. Et il est vraiment bien juste que le temps de l'expiation commence pour les papistes; leur châtiment m'agréerait fort, car ils ont persécuté et condamné la divine vérité. Mais ils auront bientôt à s'en repentir! »

Toutefois il ne souhaitait pas le déchaînement de l'émeute, et ne désirait pas voir la populace se ruer à l'aveugle sur les objets de sa haine. L'autorité devait réprimer, disait-il, « l'iniquité et la tyrannie papistes « au moyen de son pouvoir légitime; les princes, les seigneurs devaient, eu leurs territoires respectifs, prendre l'initiative de mesures énergiques, - car ce qui s'obtient avec le concours de l'autorité légale ne saurait s'appeler révolte ». L'homme du peuple ne devait donc rien entreprendre pour la bonne cause sans l'ordre de ses gouvernants, sans l'assistance du pouvoir public. ^ Sois attentif à la conduite que tient l'autorité ', conseille Luther à son lecteur; " aussi longtemps qu'elle ne se met pas à l'œuvre et ne te donne pas le signal, que ton cœur, ta bouche et ta main restent inactifs; n'entreprends rien de toimême. Mais si tu peux décider l'autorité à agir et à ordonner, alors il t'est permis de la seconder. ^ Qae ferons-nous donc > , me dirastu, " si nos gouvernants refusent de commencer la besogne? Tolérerons-nous plus longtemps les abus? fortifierons-nous, par notre inertie, l'audace de nos ennemis? « Je réponds : " Non, ce n'est pas là ton devoir. ■-

Le chrétien, selon Luther, devait continuer à suivre le chemin tracé, combattre, par la parole et la plume, les impostures des papistes, et le prendre lui-même pour exemple : Enseigne, répète,

écris, prêche que les lois humaines ne sont rien. Empêche par ton influence que personne à l'avenir ne se fasse prêtre, moine ou nonne; conseille à ceux qui le sont déjà de s'affranchir au plus tôt. Ne donne plus ton argent pour les bulles, les cierges, les cloches, les tableaux, les églises; dis hautement que la vie chrétienne réside dans la foi et l'amour; persévère dans cette conduite pendant deux ans; tu verras ensuite ce que seront devenus pape, évêque, prêtre, moine, nonne, cloche, clocher, messes, vigiles, frocs, capuchons, tonsures, règles, statuts, en un mot, tout l'ulcère et toute la vermine du système papal! " t Tout homme qui annonce la parole du Christ peut affirmer hardiment que sa bouche est la bouche même du Christ. Pour moi, je suis certain que ma parole n'est pas la mienne, mais celle du Christ lui-même. Ma bouche est la bouche même de Celui qui par moi annonce sa parole '! "

On aurait pu lui objecter ce que lui-même avait écrit jadis au légiste Christophe Scheurl (22 janvier 1517) : ■■ C'est le comble de l'orgueil de s'imaginer être le temple de Jésus-Christ. La mission seule d'un apôtre pourrait légitimer une pareille présomption*. »

Mais à cela Luther n'eût pas manqué de répondre par les paroles qu'il avait adressées à Frédéric de Saxe le 5 mars 1522 : << Votre Grâce n'ignore pas, ou si elle l'ignore elle pourra l'apprendre ici, que je n'ai pas reçu des hommes, mais uniquement du ciel, par l'entremise de Notre-Seigueur Jésus-Christ, l'évangile que j'annonce^. En sorte qu'il m'eiU été loisible, comme désormais je le veux faire, de me vanter d'être et de m'intituler en effet servi leur et évangéliste de Dieu*. ^

Luther, dans cette même lettre, prévenait l'Électeur qu'il avait quitté la Wartbourg et rentrait à Wittemberg. Les troubles révolutionnaires qui commençaient à s'y produire, suite inévitable de la nouvelle prédication évangélique >', y réclamaient impérieusement sa présence.

> S'immll. Werke, t. XXII, p. 43-59.

' Immo id ipsum est summum arrogantiae, praesumere de te, quod Cbristi habilaculum sis, nec nisi apostolico ordini facile permittenda ista gloriatio. • De Wette, t. 1, p. 50.

• C'est-à-dire sa doctrine de la justification par la foi seule, et celle de la nonliberté de la volonté humaine.

* De Wette, t. II, p. 139.

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