‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 318 sur 477 · LUTHER ET LA BIBLE · texte numérisé non relu

LUTHER ET LA BIBLE

dons de Dieu doivent passer de Tun dans les autres, et devenir communs à tous. De Jésus-Christ, ils s'écoulent en nous; de nous, ils doivent se répandre en tous ceux qui en sont dépourvus*. >' Lorsque Luther écrivait ces lignes, son âme était comme envahie par un souffle puissant du passé catholique. Elles sont comme le lointain écho des sentiments de son cœur le jour où il prononça ses vœux et, dans un libre élan d'amour, se consacra pour jamais à la pratique des conseils évangéliques.

Mais bientôt, dans ce même traité, nous le voyons reprendre son œuvre de destruction, et renverser de nouveau le développement religieux de tous les siècles chrétiens,ne laissant subsister que la sainte Écriture, = unique source où la foi doive puiser ses certitudes, seule règle, seule puissance législatrice auxquelles le chrétien puisse recourir ".

Et néanmoins il est le premier à ruiner l'autorité de la Bible dans les préfaces qui accompagnent certains livres de sa traduction du Nouveau Testament*.

C'est ainsi qu'il rejette l'épi tre de saint .lacques, « véritable épltre de paille «, selon lui, n'ayant « absolument rien d'évangélique ". '• Je ne la tiens p;is même pour apostolique «, dit-il. " Au reste, la vraie pierre de touche pour la critique des livres du Nouveau Testament, c'est la mesure dans laquelle ils reproduisent la doctrine du Christ. Ce que Jésus-Christ n'a pas enseigné ne serait pas apostolique, quand bien même Pierre ou Paul l'enseignerait. En revanche, <:e que prêche Jésus- Christ serait apostolique quand bien même Judas, Anne, Pilale et Hérode le prêcheraient. Mais ce Jacques ne nous entretient que de la loi et de ses œuvres; il embrouille toutes les questions. » « Aussi % dit Luther dans l'édition de 1522 du Nou-

' Summll. Werke, t. IV, p. 182-183, 185-186, 188-189, 196.

' Dans sa traduction du Nouveau Testament et dans les commentaires qui l'accompagnent, Luther, par des passages intercalés habilement dans le texte, en contournant le sens de maint passage, en en transformant d'auires, s'efforce de donner à la principale de ses doctrines, la justification par la foi seule, une couleur plus biblique. Voyez les preuves multipliées que DoUinger a réunies sur ce sujet : Reformation, t. II, p. 139-n3. Dans l'épitre aux Romains, chap. iv, v. 28, saint Paul avait dit : ' Nous devons reconnaître que l'homme est justifié par la foi, sans les œuvres de la foi " ; Luther traduit : ■ par la foi selle. > Ses paroles à ce sujet ont été souvent citées : ■ Si votre nouveau papiste a l'intention de faire un fracas inutile à cause du mot sola, h;Uez-vous de lui dire : « Le docteur Martin le maintient, et aftirme de plus qu'un papiste et un âne sont mêmes choses, sic vola, sic juheo, sii pro ratione volunias, car nous sommes bien décidés à n'être plus ni les disciples ni les élèves des papistes, mais bien leurs maîtres et leurs juges. Nous aussi, nous ferons à notre tour les fiers et les arrogants avec ces tétas d'ânes! <■ Je suis fâché de n'avoir pas mis dans mon texte louiet et toute - et de n'avoir pas écrit, par conséquent, sans ^w»/« les œuvres de toute la foi' ; le sens eût été ainsi plus rondement formulé. Donc ce vers reste et restera tel quel dans mon Nouveau Testament, et quand tous les ânes papistes devraient en devenir fous et stupides, ils ne me feront point démordre de ce que j'ai avancé. ■ (P. 141-142.)

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