‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 321 sur 477 · LA PRÉDICATION ÉVANGÉLIOUE ET SES RÉSULTATS A ERFURT · texte numérisé non relu

LA PRÉDICATION ÉVANGÉLIOUE ET SES RÉSULTATS A ERFURT

Pendant une seconde émeute, qui éclata vers la fin de juillet, sept maisons de prêtres furent incendiées '.

C'est à partir de cette époque que l'Université d'Erfurt commença à dépérir. Le nombre de ses étudiants diminua au moins de moitié; beaucoup de parents rappelaient leurs fils, redoutant pour eux la « contagion hussite *. " Parmi les étudiants demeurés dans la ville, les actes de brutalité, de violence, d'inconduite, se multipliaient tous les jours^

Cependant, malgré ces troubles, ces désordres, l'antique forme du culte continuait à être respectée. Jusqu'à la fin de 1521, le service divin se célébra sans aucune altération, à Erfurt comme dans tout le reste de l'Allemagne. Le rite de la messe, le mode d'administration des sacrements ne subirent aucun changement. On ne songeait pas encore à fonder une église nouvelle, un système ecclésiastique différent.

Mais les doctrines de Luther sur la justification par la foi seule et sur le sacerdoce universel devaient logiquement conduire au renversement de l'ancien ordre de choses. Si tous les chrétiens étaient prêtres devant Dieu, il s'ensuivait nécessairement que la hiérarchie sacerdotale devait être supprimée. Si les bonnes œuvres étaient inutiles au salut, les fondations pieuses et les couvents devenaient inutiles, et l'Église ne devait prétendre à aucune propriété temporelle. D'ailleurs la " liberté évangélique » si pompeusement annoncée réclamait la suppression des « criants abus du passé ", et ce séduisant prétexte allumait en d'innombrables âmes l'ardent désir de " rompre avec tous les vestiges d'un esclavage odieux, d'abolir les frocs, les couvents, les prières, les jeûnes, les mortifications, de mettre la main sur les riches propriétés d'un clergé fainéant, enfin de s'emparer dans les églises des calices d'or et d'argent, et de tous les trésors improductifs des sacristies ».

A Erfurt, la " transformation • commença dès l'automne de 1521, Les moines, en grand nombre, et en premier lieu les Augustins, abandonnèrent en tumulte leurs couvents ', et commencèrent à

' Pour plus de détails sur les deux soulèvements d'Erfurt, voy. K ampschllte, t. Il, p. 123-132. Un prêtre, victime de l'insurrection, prédit à la ville un sombre avenir :

Erfurt, tune doleas nunquam c.irUiira dolore. Cum careas clerc, qui te ditavit lionore.

* ' Adeo ut plerosque bonorum hominum fiiios, ne Hussitico lederentnr contafjio", lisons-nous dans le registre de la faculté de philosophie, • hincadpatrios lares avocari conti;T;erit. •

^ Voy. pour plus de détails. Kampschulte, t. II, p. 134-138.

*Luther ne s'en montra pas satisfait. Il écrit le 18 décembre 1521 à Lange: ' Non probe egressum istum tumultuosum, cum potuissent et pacifiée et amice ab invicem separari - ; et le 28 mars 1522 : « Video monachos nostros multos exire nulla alia causa quam qua intraverant, hoc est, ventris et libertatis carnalis gratia, per quos S;itanas magnum foetorem in nostri verbi odorem bonum excitabit. » — Voy. de Wette, t, II, p. 115, 175.

r,A PRÉDICATION ÉV ANGÉLIQUE ET SES RÉSULTATS A ERFURT. 1521. 217

prt^chcr publiquement qu'il n'était plus permis de demeurer dans la reli{;ion des ancêtres; que l'Ancien Testament faisait aux chrétiens un devoir positif d'abandonner le culte catholique; que lÉjjlise n'avait fait autre chose pendant des siècles qu'inventer des maximes humaines, propager des doctrines d'orgueil, de cupidité, de sensualité, de déloyauté, d'hypocrisie; qu'elle n'était qu'un atelier de mensonges et de perversité > . Lange, l'ancien moine aujjusiin, appelait les couvents des repaires de brigands, et conseillait à l'homme du peuple, à l'ouvrier, de faire le signe de la croix toutes les fois qu'il entendait prononcer le nom de l'Église catholique. Les prédicants pressaient les chrétiens affranchis de la tyrannie du papisme d'abandonner la pratique dc<' bonnes œuvres, car le jeune, la prière, la confession, les indulgences, les couvents et les messes n'étaient que de pures institutions humaines, inventées pour assouvir la cupidité de la gent ointe et tondue ". Les martyrs chrétiens et les Pères de l'Église des premiers siècles étaient vilipendés en pleine chaire. La chasteté d'un saint François d'Assise ou d'un saint Dominique était livrée aux quolibets et à la risée publique. La foule grossière, rassemblée dans les églises autour des prédicateurs, exprimait par ses applaudissements et ses cris d'allégresse la satisfaction que lui causaient de pareils discours. Sur les places de marché, dans les auberges, les questions Ihéologiques étaient débattues; jeunes gens, hommes et femmes, commentaient et expliquaient la sainte Écriture.

Aussi le peuple ne tarda-t-il pas à traduire son - zèle évangélique » par des émeutes répétées.

" Nous voyons maintenant les fruits de la prédication évangélique, ' écrivait l'ancien compagnon et maître de Luther au couvent des Augustins, Barthélemi Usingen; " le peuple, après avoir secoué l'obéissance qu'il devait à l'Église catholique, se livre, sous prétexte de liberté chrétienne, à tous les plaisirs charnels, méprise la vraie dévotion, et se précipite dans un abîme dont il sera ensuite bien difficile de le retirer. «

Usingen était à Erfurt l'inébranlable soutien de l'antique foi; dans ses sermons, prêches à la cathédrale, dans ses écrits apologétiques, il ne cessait de mettre le peuple en garde contre les faux prophètes. " ils semblent uniquement préoccupés d'évangile et de liberté r, disait-il, - mais en réalité ils détruisent la religion, l'ordre et l'honneur; ils renouvellent les troubles autrefois excités par les hussites; ils poussent à l'émeute, nu désordre, et livrent la Chrétienté à des maux dont on ne saurait prévoir la fin. " Une réforme est certainement nécessaire, mais elle l'est premièrement pour ces moines dissolus, échappés de leur couvent, qui maintenant se donnent pour les sévères censeurs des mœurs, et par une perfide exagération des abus.

Page 1