‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 330 sur 477 · LUTHER EXHORTE SES PARTISANS A PROSCRIRE LES ÉVÉQUES · texte numérisé non relu

LUTHER EXHORTE SES PARTISANS A PROSCRIRE LES ÉVÉQUES

OÙ viennent sans cesse se fondre les biens des princes et tous les trésors de la terre? Ils s'imaginent être les très-nobles joyaux de la Chrétienté, et cependant saint Pierre les appelle la honte et l'ordure du monde ! Ils maudissent, ils condamnent la vérité qu'ils ne connaissent point. Ils sont noyés et enfoncés dans la matière, hommes charnels, êtres sensuels, bestiaux, qui n'ont jamais goûté les choses de l'esprit! »i Agir contre eux n'est pas commettre un attentat contre l'autorité ecclésiastique, « car ce ne sont point des évéques, ce sont des pantins, des idoles sans intelligence, des marionnettes, des idiots, gens incapables même de savoir ce que c'est qu'un évêque, à plus forte raison ce que c'est que la charge d'un évéque! Ce sont des loups, des tyrans, des tueurs d'âmes, des apôtres de l'Antéchrist! Mais je t'entends dire : Vraiment tu t'en prends là à de bien hauts personnages! Songes-tu que parmi eux il s'en trouve d'illustres, de savants? A cela je réponds : Jésus-Christ, Pierre, Paul, tous les prophètes ont annoncé que les plus grandes calamités que la terre ait à redouter sont l'avènement de l'Antéchrist et les fléaux des derniers jours. Penses-tu que de semblables paroles aient été prononcées à propos de plumes d'oies ou de feuilles d'arbre? La parole de Dieu ne nous entretient jamais que de grandes choses! Elle s'élève contre les grands, contre les puissants; elle tonne contre les hauts personnages! Elle nous démontre que l'iniquité est toujours commise par eux, comme de nos jours le Pape, les évêqucs et leur clique nous le font assez voir. En fin de compte, qu'importe-t-il qu'ils soient grands, nombreux, élevés, savants, si, manifestement, ils s'opposent à Dieu? Dieu u'est-il pas plus qu'eux? Dieu n'est-il pas au-dessus de toute chose créée? Le Turc aussi est puissant, et cependant c'est l'ennemi de Dieu! Mais, diras-tu encore, qui donc serait assez hardi pour appeler race maudite le Pape, les évéques, et toute leur bande? Qui? Pierre! Oui, le Saint-Esprit les a maudis par la bouche de Pierre! Ils sont à la vérité évéques, mais non évéques de chrétiens; ce sont des évéques de voleurs, de brigands, d'usuriers, des chefs de voleurs, des chefs d'assassins, des chefs d'usuriers " ! " Le porc, le cheval, la pierre, le bois, ne sont pas plus destitué« de bon sens que nous ne l'avons été en subissant le joug du Pape. >• « Et afin de me débarrasser l'estomac, je veux ici dire hautement ma pensée : Les évéques que nous voyons maintenant régner sur tant de villes ne sont pas les évéques du Christ, institués par la loi divine, mais bien les évéques du diable, établis par son ordre, et très-certainement messagers et intendants de Satan! » Luther est prêt à le prouver « bien et dûment « par la sainte Écriture. « Les couvents », dit-il encore, « sont de bien plus mauvais lieux que les maisons publiques, que les tavernes et que les repaires d'assassins. »

f,rriii:i? r:\iioitTK sks l'AirrisANS a pkoscrire les eveques. 1522. 23!)

Cet écrit ét.iit ;iccompa<;ué d'un appendice intitule : liulle et llt'foriiic. Lullier y déclarait que < tous ceux qui exposaient leurs corps, leurs biens, leur honneur pour détruire les évèchés et le gouvernement des évoques, étaient les enfants bien-aimés de Dieu, les vrais chrétiens, gardant la loi divine et résistant à la loi du démon '). Lorsqu'il n'était pas possible de combattre ouvertement les évéques, il fallait du moins condamner et réprouver leur autorité : « Je le répète, tous ceux qui se soumettent volontairement à eux sont à proprement parler les serviteurs du démon, et s'opposent à l'ordre et à la volonté de Dieu. >; < Tout chrétien, exposant son corps et ses biens pour la vérité, doit travailler à mettre fin à leur détestable tyrannie; tout ce qui peut le moins du monde porter préjudice aux évéques, ils doivent s'en acquitter joyeusement, agissant envers eux comme envers Satan en personne. " i Ceci est ma bulle , dit Luther en concluant, ^ à moi, docteur Luther! Elle apporte la grâce de Dieu à tous ceux qui la garderont et la suivront. Amen '! «

Spalatin ayant fait quelques représentations à Luther sur l'extrême violence d'un pareil langage, il lui répondit (2.5 juin 1522) que c'était à dessein qu'il se déchaînait ainsi contre les évéques, et qu'il était résolu à ne plus les épargner. Que si l'émeute et toutes sortes de calamités imprévues venaient à atteindre les hauts dignitaires de l'Église, ils n'auraient à s'en prendre ni à ses instigations ni à son influence, mais bien à leur propre tyrannie, qui forçait la main au peuple, et aussi à leur destinée, qui le voulait ainsi ^

Au moment où paraissait cet écrit, Franz de Sickingen, ^ seigneur

' Sammtl. Werk,; t XXVIII, p. 142-201. — Voy. Surtout p. 142-145, 147-149, 155- 156, 174-176, 178-179, 189. — Maint passage de ce livre, par exemple ceux des p. 158-159-163, 199, sont impossibles à reproduire.

- " Tu ergo noli timere, nec speres me illis parciturum : moius uc res novas si passifuerint, nobis autoribus non patientur, sed sua tyr;innide sic vocaatibus fatis urgente. ■ — Voy. de Wette, t. II, p. 236. — Lutlier érrit à Slaupitz (27 juin 1522 : • Quod tu scribis meajactari ab iis, qui lupanaria coluni, et multa scandala ex recenlioribus scriptis meis orta, neque miror, neque metuo. • — De Wette, t. II, p. 215. • Personne-, écrit-il à un inconnu ;28 août 1522), - ne doit se scarjdaliser de ces injures; la justice doit avoir son cours; tous ceux qui ne sont pas dignes d'elle se scandaliseront et tomberont, ainsi qu'il est écrit dans saint Jean (chap. vi, v. 60 . Cet apôtre rapporte que beaucoup de disciples de .îésus- Christ se retirèrent après lavoir écouté, disant : Ce discours est trop dur, et qui peut le supporter?Donc,cherami, ne vous effrayez pas, si beaucoup se scandalisent de mes écrits; il faut qu'il en soit ainsi, et que très-peu restent fidèles à l'évangile. • Avec le temps, on comprendra pourquoi il est resté sourd à toutes les remontrances que lui font à ce sujet Frédéric de Saxe et beaucoup de ses amis. Pour le moment, il ne peut répondre qu'une chose : c'est qu'il ne doit ni ne peut faire autrement : • Je ne peux plus accepter de demi-mesures ; je ne veux plus ni plier, ni céder, ni me soumettre, comme je lai fait jusqu'à présent, fou que j'étais! > — De Wette, t. II, p. 244.

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