LUTHER EXHORTE SES PARTISANS A PROSCRIRE LES ÉVÉQUES
reçoit pas ne peut être sauvé, parce qu'elle vient de Dieu et non de moi, et que ma sentence est celle du Seigneur, non la mienne. Tant que je vivrai, vous n'aurez point de paix; si vous m'imm )lez, vous en aurez dix fois moins encore ; je serai, comme dit le prophète Osée, un ours sur votre route, un lion dans votre sentier. Tant que vous vous opposerez à moi, vous ne réussirez à rien, jusqu'à ce que votre front de fer et votre cou d'airain aient été brisés, soit par la miséricorde, soit par la justice. »
« Mais de peur que quelques âmes bien intentionnées ne m'estiment trop hardi d'oser ra'attaquer aux grands personnages, et parce que les tyrans eux-mêmes se plaignent que nous encourageons à l'émeute et à la révolte, il importe que je vous expose ici le fondement et les motifs de ma conduite, et que je vous démontre par écrit que nonseulement il est légitime, mais indispensable de châtier les hauts dignitaires. »
Les reproches de tous les prophètes et ceux du Sauveur lui-même s'adressent pour la plupart « aux rois, princes, prêtres, savants, en un mot aux premiers du peuple « : « Le Christ, dans l'Evangile, nous apparaît dans Thumilité, dans un rang obscur. 11 n'est pas revêtu d'une haute dignité, il n'appartient pas au gouvernement. Or envers qui se montre-f-il sévère? Oui menace-t-il de châtiments? Les grands prêtres, les scribes, les grands clercs, en un mot tout ce qui occupe un rang élevé, reçoivent ses reproches. Sa conduite doit être le modèle des a|)ôtres de l'évangile. 11 faut qu'avec une grande assurance ils s'opposent aux chefs, car le salut ou la perte du peuple dépend surtout d'eux. Pourquoi donc, malgré le Christ et l'exemple de tous les prophètes, suivrions-nous la loi des fous, inventée par un pape inepte? pourquoi laisserions-nous impunis les gros bonnets et les tyrans spirituels ? Et à quoi nous servirait-il de châtier le peuple si nous laissions les grands en paix? On ne pourra jamais îaire autant de bien en répandant la bonne doctrine, que de mauvais chefs ne feront de mal en en propageant une mauvaise. î>
Les évêques et les hauts dignitaires de l'Église méritaient donc un traitement plus rigoureux que les chefs temporels, et cela pour deux raisons : d'abord parce que les dignités ecclésiastiques n'ont pas été instituées par Dieu; Dieu ne connaît point la mascarade épiscopale; ensuite parce qu'elles ne viennent pas non plus des hommes, car les évêques et prélats se sont élevés de leur propre autorité, et se sont éf abUs dans leur pouvoir en dépit de Dieu et du genre humain. Secondement, parce que « le gouvernement temporel, bien qu'usant de violence et d'injustice, ne porte préjudice qu'au corps, au lieu que les prélats, lorsqu'ils ne sont pas saints et ne servent pas les intérêts delà
LVnUin KXIIOUTE sus PARTISANS A PROSCRIUE LES ÉVKQUES. 1.022. 237
•rôle de Dieu, .«^onl des loups, des assassins d'âmes, et font autant de ;iial(|ne.<.i le diable en personne éiait assis à leur place et gouvtrnait pour eux. Aussi faut-il se garder de l'cvéque qui n'enseip,ne pas la parole de Dieu comme du démon eu personne. \.ä où la parole de Dieu n'est pas annoncée, il n'y a très-certainement que pure doctrine diabolique et meurtre des âmes, d'autant que sans cette parole divine, Frimc ne peut vivre, ni être affranchie du démon i.
Par la parole de Dieu, Luther entendait loujours, bien eniendu, sa propre interprétation de l'Écriture, interprétation qui, selon son or{',ueilleuse conviction, lui avait été révélée par Dieu même.
« vS'ils le disent », conlinue-t-il, « qu'il faut craindre d'exciter une émeute en poussant les sujets à résister aux supérieurs ecclésiastiques, réponds : La parole de Dieu scra-t-elle entravée pour un tel motif? L'univers doit-il périr à cause de nos misérables anxiélés? Que tous les évéques soient exterminés, que foutes les abbayes et couvents soient rasés, plutôt qu'une seule âme ne vienne à se perdre, à plus forte raison plutôt que toutes les âmes ne soient perverlies par ces inutiles pantins, par ces idoles d'évêques! A quoi sont-ils bons ceux qui, dans lebien-êire, vivent du travail des autres, profitent de leurs sueurs, et mettent obstacle à la parole de Dieu? Ils redoutent une révolution temporelle, et ils ne se '■oucient point de la perdition élernelle! Ne sont-ce pas des personnages honnéles et sages? S'ils recevaient la parole divine et désiraient ce qui fait vivre l'âme, le Seigneur, qui est un Dieu de paix, serait avec eux, et nulle émeute ne serait à redouter. Mais comme ils veulent rester sourds à la parole de Dieu, comme au lieu de l'écouter ils se déchaînent contre elle et la combatlent par l'excommunication, piir les Miimmes et par tous les fléaux qu'ils peuvent inventer, qu'ont-ils donc justement mérité, sinon une révolution puissante qui vienne enfin les déraciner de ce monde? Que si pareil malheur leur advient, il ne faudra qu'en rire, comme le conseille la divine sagesse : Vous avez, dif-elle, délesté ma correction et riiillé ma loi, mainienant je me rirai de vous à mon tour, et je vous raillerai, lorsque le malheur s'abattra sur votre cou! »
Après avoir émis de pareilles opinions, Luther assurait en vain désapprouver l'emploi « du poing et del'épée »; eu vain répétait-il qu'on ne devait pas s'opposer à l'Antéchrist par la violence.
- La parole de Dieu ne suscite point d'émeute. C'est l'insoumission obstinée qui la produit, et ne tarde pas à recueillir ce qu'elle a mérité. »
« Quels sont-ils »? dit encore Luther à propos des évéques, ^ ils vivent sous nos yeux comme des animaux privés de niison. Qui sont-ils pour que personne n'ose les punir, pour que nul ne tente de leur résister? Jgnore-t-on que les évêchés, les couvents, les abbayes, les Universités ne sont que d'inépuisables pots de graisse,