DOLÉANCES DES VILLES
gneurs, onze princes welches et sept princes allemands refusaient de contribuer au maintien de ces deux grands organes du droit. « Si Ton n'y apportait un prompt remède, leur arrêt, leur dissolution était à prévoir, et la rébellion, l'émeule, le mépris de toute équité, en seraient les conséquences inévitables. « Mais les « délibérations sur les remèdes à apporter au mal " venaient à peine de s'ouvrir, que les Ordres, -< qui dans le péril actuel auraient dii tout faire pour rester unis, commencèrent à s'aigrir les uns contre les autres «. C'était chose < vraiment lamentable à voir, et presque capable de faire désespérer >• ! Chacun se plaignait d'être plus imposé que son voisin, et rejetait sur les autres la faute de la misère et du malheur public'. En un mot, « toutes les plaies de l'Empire semblaient se rouvrir à la fuis* ».
Les délégués des villes se plaignaient à bon droit de n'avoir pas été invités à prendre part aux délibérations de la Diète; on s'était contenté de les informer de ce qu'il avait plu aux électeurs, princes et autres Ordres de décider, 't Les électeurs et princes sont d'humeur et d'avis ■', disait le député de Francfort dans une de ses dépêclies, " de n'accorder désormais aux villes ni rang ni voix dans les assemblées et dans les discussions publiques. Ils se proposent de les en exclure totalement ^ Or un tel procédé semblait naturellement -■ inacceptable " aux députés urbains, en sorte qu'ils résolurent de mettre l'occasion à profil pour dire une bonne fois leur sentiment, et s'ouvrir franchement sur tous leurs griefs '-. Us préparèrent donc un cahier de doléances.
" Jusque-là •, disaient-ils, ' les villes avaient tenu le même rang que les autres Ordres dans les Diètes de l'Empire. Appelées aux déUbérations des États généraux, leur avis y avait toujours eu un grand poids. Elles avaient eu voix au Conseil, > il y avait de cela fort peu de temps encore -, fout aussi bien que les princes et autres États, et leurs députés avaient donné leur avis sur toutes les questions mises en délibération par l'assemblée, " Maintenant, elles n'étaient même plus représentées au Conseil; les affaires étaient discutées et décidées sans leur participation. •- Or, dans les pénibles circonstances actuelles, l'union de tous les Ordres était indispensable. Elles exprimaient donc le vœu que les choses fussent rétablies dans leur premier état.
Les autres griefs des députés urbains avaient trait aux extrêmes lenteurs de la justice executive, et surtout aux guerres privées, qui
' * Lettres de démenl Endres, Trêves, 27 novembre 1522. Voy. Trierischen Sachen und B ruf schoflen, fol. 52.
^ Voy. UÖFLER, Adrian VI, p. 252.
'* Ilamann de Holzhausen, 17 décembre 1522. Frankfurter lieichsiagsaclen, t. XXWl, fol. 102.
DIÈTE DE NUREMBERG, l,KS PRINCES CONTRE LES VIIJ.ES. 1523. 275
|)renaicnlde telles proporliotis (juc « nulle vie, nulle propriélc n'était plus en sécurité >■, ce qui paralysait entièremeul l'essor du commerce. Contrairement à tous les règlements établis pour le maintien de la paix publique et de l'ordre, ^- les bourgeois, parents ou amis des délégués '■'. étaient continuellement exposés aux plus grands dangers sur les routes; leur bien était pillé, ou même brûlé en plein champ, et les individus mutilés, lamentablement assassinés, roués de coups, dévalisés, traînés au cachot. On voyait se commettre de tels actes " qu'on n'en pourrait entendre le récit sans stupeur, même si les Turcs en étaient les auteurs ». Cependant les coupables, (juelque féroces et monstrueux qu'ils fussent, non-seulement restaient pour la plupart impunis, mais encore étaient ostensiblement accueillis et ménagés par les plus grands personnages. Si l'on ne mettait ordre à un pareil scandale, il fallait s'attendre à la ruine complète de la nation. De plus, il était absolument impossible de tolérer plus longtemps les nouveaux règlements de douanes établis et autorisés par les princes. Le peuple allemand, plus que tout autre, était surchargé détaxes écrasantes et multiples, de frais d'escorte, de servitudes sans nombre. « Il était contraire aux lois divines et humaines qu'un pouvoir ou un Ordre, au détriment de tant d'autres, piit s'enrichir ainsi à lui tout seul des sueurs, du sang et de la détresse des pauvres. >' On savait assez la tournure séditieuse que prenaient de tous côtés les événements; aussi importait-il grandement de ne pas écraser l'homme qui n'avait que peu de ressources de charges de plus en plus onéreuses. Les villes exprimaient encore leur mécontentement également motivé à propos des tribunaux ecclésiastiques, des abus de la cour romaine et du système monétaire. Une quantité de pièces dont la valeur avait baissé, et même de fausses monnaies, étaient introduites habilement dans l'Empire, tandis que la bonne monnaie était emportée dans les pays welches, aussi bien par les chrétiens que par les Juifs, et cela dans des proportions énormes'.
Le 23 janvier 1523, les électeurs, princes et autres Ordres firent connaître leur réponse aux délégués des villes. Pour ce qui regardait leur rang à la Diète, ils ne pouvaient se plaindre d'avoir été lésés en aucune façon, car jamais ils n'avaient eu voix délibérât ive au Conseil. De temps en temps, il est vrai, ils avaient été admis dans les comités, mais jamais en raison d'un droit acquis, et seulement par faveur exceptionnelle. Quant à la lente exécution de la justice, les villes en étaient les premières responsables. Elles n'étaient
' Supplikation der Stell. — Archives de Francfort, Reiclutagsacten, l. XXXVII, fol. 27-38. En tout dix doléances, dont les plus importantes viennent d'être citées.