LA DIÈTE REFUSE L'IMPOT TURC
pas seules à souffrir du fléau des guerres privées; tous les Ordres avaient à s'en plaindre comme elles, et les États se disposaient précisément à prendre d'importantes mesures pour le maintien de la paix publique. Les impôts étaieut certainement lourds, mais ils avaient été établis par l'Empereur lui-même, et il ne se pouvait faire que les Ordres s'arrogeassent le droit « d'entraver, d'affaiblir en quelque chose la main et le pouvoir de Sa Majesté Impériale ". Pourquoi les villes n'avaient-elles pas apporté leurs doléances devant l'Empereur lors de son séjour à Worms? Quant aux plaintes formulées contre les tribunaux ecclésiastiques, on était en ce moment même en pourparlers avec Rome, sur la proposition même du Saint-Père. Les ordinaires étaient les premiers à souhaiter que dans leurs juridictions, les règles de l'équité fussent remises en honneur. Pour les monnaies, c'était surtout dans les villes libres qu'elles avaient été altérées par divers procédés malhonnêtes'.
Ces réponses « insultantes, ironiques, méprisantes '•, écrivait le 25 janvier 1523 Hamann de Holzhausen au conseil de Francfort, « mécontentent vivement les députés urbains. Aussi, après s'être réunis, ont-ils résolu de ne rien répondre, de ne consentir à rien, et de ne pas apposer leur signature aux procès-verbaux préparés parles États. - 11 écrivait le même jour au bourgmestre de Francfort, Jean de Glaubourg : « Pour des nouvelles, je n'en ai pas à vous mander, si ce n'est que le tour que prennent les événements et les dissensions de ia Diète font craindre que de graves querelles et des émeutes ne viennent à se produire! Que Dieu, par sa grâce et miséricorde, détourne de nous de si grands malheurs! Cette Diète, convoquée pour assurer la paix, n'a jusqu'ici d'autre résultat que les querelles et les disputes auxquelles nous ne cessons de nous livrer'. »
Mais ces dissentiments devinrent d'une extrême gravité lorsqu'il s'agit de s'entendre sur la guerre contre les Turcs.
Les députés des villes ne voulurent ni concéder, ni payer '■ l'impôt turc décrété à Nuremberg ». " Les cités ", disaient-ils, « comparativement aux autres Ordres, sont, d'après ce plan, intolérablement surchargées. >; Ils refusèrent également la prestation d'aucun secours soit en argent, soit en troupes, pour la formation de l'armée de quatre mille hommes dont les autres Ordres avaient garanti la levée
1* Anticorl auf die Supplikation der Städte, Reichslagsacten, t. XXXVill, fol. 347-357. D'après la lettre d'IIolzbausen datée du 25 janvier (voy. la note suivante;, cette réponse fut remise le vendredi après saint Sébastien (23 janvier) 1523.
^ ■ Ces deux lettres sont datées du dimanche de la conversion de saint Paul (25 janvier) 1523. Reichsiagsacten, t. XXXVII, fol. 19-20.
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aux ambassadeurs de Hongrie présents à la Diète (J9 décembre 1522). La Hongrie, la Croatie, dans le plus extrême péril, avaient imploré l'aide et le secours des Klats'. : Si nous revenons chez nous sans réponse favorable «, avaient-ils déclaré, « les habitants de nos malheureuses contrées, perdant toute espérance, changeront de sentiment et se tourneront vers les Turcs'. •' Mais les délégués des villes restèrent impassibles et persistèrent dans leur relus, même en apprenant que les chevaliers de Saint-.Iean, après une héroïque résistance, s'étaient vus contraints de céder à la toute -puissance ottomane et d'abandonner Rhodes, l'un des plus importants boulevards de la chrétienté. Les villes avaient plusieurs fois émis l'opinion qu'il leur paraissait absolument impossible, inutile et vain, de songer à combattre et à chasser les Turcs avec les seules forces de l'Allemagne. Le Pape et tous les rois et pouvoirs chrétiens devaient s'unir pour les refouler; mais si la nation allemande avait l'imprudence d'entreprendre à elle toute seule une pareille croisade, elle ne recueillerait d'une guerre impossible que mépris, ruine et dommage. Dans le cas où les Turcs pénétreraient au creur même du pays, alors, disaient leurs délégués, chaque Ordre, chaque commune, les pouvoirs spirituels et temporels réunis auraient à voter un impùt obligeant certaines classes de citoyens, mais laissant à toute commune la tâche d'imposer elle-même ses bourgeois et ses subordonnés. Les sommes ainsi recueillies subviendraient à l'entretien des troupes'. < On ne sait plus ce que c'est que la concorde en Allemagne ", mandait à Rome le légat Chieregato. « 11 faudra s'estimer bien heureux si l'on parvient à faire voter un très-mince secours pour la campagne turque. Mais quant à savoir s'il sera vraiment fourni, l'avenir seul nous l'apprendra, i; Le légat ayant demandé que, selon la volonté de Charles-Quint, les troupes accordées à l'Empereur pour l'expédition romaine à la Diète de Worms fussent levées le plus tôt possible, les Ordres répondirent que depuis que cette promesse avait été faite
' ' Pour plus de détails, voy. Sacri imperii ordinumfinalis responsio L'ngaricis oratoribus data in comiliis Xurembcrgentibus die Veneris posl Lucie (19 décembre) 1522. Reichstagsacien. t. XXXVIII, fol. 21-25. On promit aux Hongrois que le Pape, l'Empereur, la Bohême, l'Angleterre, la France, Venise et les autres puissances chrétiennes délibéreraient ensemble en un lieu convenable, par l'organe de leurs ambassadeurs, sur les meilleurs moyens à prendre pour leur venir en aide. — lieichstagsaclen, t. XXXVIH, fol. 10.
* ' Voy. Bathschlag dtr vom grossen Ausschuss verordneten litUhe, was der ungarischen Botschaft tvegcn der begehrten Hülfe, zu antworten sei. Reichstagsacten, t. XXXVIII,fol. 7-12.
^ ■ Abschiedder Pollschaßen derFrey-und Reichsstett so yetzo auffürgcschlagenem Reichstag zu Xüremberg vcrsamht geresen. — Voyez aussi une lettre de Holzhausen datée du 15 décembre 1522. Reichstagsacten, t. XXXVI, fol. 95-105. Le 19 décembre, les délégués des cités réunis à Nuremberg prièrent instamment les villes dont les députés n'étaient pas encore arrivés d'envoyer sans retard leurs représentants à la Diète, à cause du danger pressant et de l'angoisse générale. Fol. 104.