‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 371 sur 477 · ADRIEN VI, MÉDIATEUR ENTRE FRANÇOIS \" ET CHARLES-QUINT · texte numérisé non relu

ADRIEN VI, MÉDIATEUR ENTRE FRANÇOIS \" ET CHARLES-QUINT

Adrien VI fut le seul à agir. 11 envoya aux assiégés tout l'argent qu'il put recueillir. Le secours de l'Empereur arriva trop tard; en dépit de riiéroique résistance des chevaliers de Saint-.lean, Rhodes tomba au pouvoir des infidèles. Soliman conquit ensuite les lies attenantes, ouvrit aux flottes musulmanes le passage, jusque-là fermé, qui relie Constantinople a Alexandrie, et se vit ainsi en possession de tous les avant-postes de l'Asie Mineure. Les Vénitiens, après avoir abandonné Rhodes, durent songer à la défense des iles de Chypre et de Candie.

Bien avant le désastre de Rhodes, Adrien VI avait tout tenté pour amener une réconciliation entre Charles- Ouint et François ^^ Il avait écrit à l'Empereur (septembre 1522) que la première chose à faire dans l'intérêt de la chrétienté, c'était de conclure la paix avec le roi de France. Charles-Quint lui avait répondu que, pour sa part, il était tout disposé, soit à la paix, soit à un armistice, pourvu que François lui proposât des conditions acceptables, ajoutant que la plus sûre manière d'obtenir ces conditions serait, pour le Pape, de consentir d'abord à s'allier avec lui et le roi d'Angleterre contre la France. iMais Adrien répugnait à la guerre à moins d'y voir une nécessité urgente, et il continua ses infatigables efforts pour amener la réconciliation entre les deux souverains. Il suppliait Henri VIH et son ministre le cardinal Wolsey de s'y employer activement, car la reddition de Rhodes constituait pour la chrétienté un péril des plus menaçants. Au moins pourrait-on commencer par conclure un armistice de quelques années; le mieux serait de le signer à Rome, et de permettre au Pape d'en être l'intermédiaire. Si l'Empereur et le roi d'Angleterre consentaient à l'armistice et s'engageaient aie respecter trois ans, les places fortes appartenant à l'un ou â l'autre souverain resteraient pendant cet intervalle sous la tutelle du Pape. Mais François P"" répondit aux ouvertures d'Adrien qu'il ne pouvait songer à écouter ses [conseils tant que Milan, qui était son légitime héritage, ne lui aurait pas été restituée. Un armistice ne conduirait à rien. Quanta la campagne contre les Turcs, il lui était absolument impossible de rien promettre.

Bien éloigné de songer sérieusement à la paix, François cherchait à attiser en tous lieux le feu de la discorde. Grâce à sa complicité, les Ecossais, alors en guerre avec les Anglais, pénétrèrent en Angleterre.

à la ruiue et à l'oppression du nom chrétien ? • « Quid detestabilius rege mendace », continue-t-il, • qui promissa literis et sigillis confirmata non pili facit? Toile fidem, quid in omni republica remanebit integrum? Nihil pestilentius soeietati humanae, quam promissa non servare, pactis non stare. • Geiger, Nieolaus Ellenbog, p. 19-20.

ALLIANCK CONTUK I, A F K A IV C E . (528. 329

Le speaker du Parlemen! iiese fil point laute d'exprimer à ce sujet sou opiuioii sur la P'rance : - L'ambition des Français est insatiable «, dit-il; « n'eussions-nous avec eux aucun dilïérend, nous devrions encore détester la déloyauté dont ils usent vis-à-vis des autres ualious. Dès (ju'on ne les lient pas sous la ver{',e, ils deviennent la vcrjye des autres peuples'. » A Rome, François entretenait des relations secrètes avec le cardinal Soderini, auquel le trop crédule vVdrien avait accordé toute sa confiance. Soderini informa le roi de France (ju'une nouvelle révolte était sur le point d'éclater en Sicile contre l'Empereur, l'invitant en même temps à soutenir par sa flotte l'entreprise des rebelles, celte émeute pouvant devenir le signal du soulèvement de la Lombardie et de l'entrée des Français en Italie. Mais les dépèches qui contenaient les preuves de cette néj^ociation lurent saisies, et le Pape, irrité de la trahison de son ministre, le fit jeter en prison et le cila devant la justice. Aussitôt que François l'eut appris, il entra en fureur, rappela brusquement l'ambassadeur accrédité qu'il avait auprès du Saint-Siège, fit incarcérer le nonce à Paris, et adressa à Adrien, qui le menaçait d'excommunication, une leltre hautaine, oii il le priait de méditer sur le sort autrefois réservé à Boniface VlII. « Le pape Boniface VlII entreprit contre Philippe le Bel, dont se trouva mal, » lui écrivait-il; -< vous y penserez, par voire prudence. " On sait que sur l'ordre de Philippe le Bel, Guillaume Nogaret ayant mis la main sur Boniface Vil! lui avait fait subir d'indignes traitements. Le Pape, intimidé par cette menace, se détermina enfin à conclure avec l'Empereur et le roi d'Angleterre un traité d'alliance contre François I". Venise s'était déjà déclarée pour l'Empereur, et le 29 juillet 1523 s'était unie à l'archiduc Ferdinand pour la défense de l'Italie. D'autres princes et cité? italiennes vinrent encore grossir la ligue, et l'on put se flatter de l'espoir « qu'enfin les Alpes seraient protégées, et que sous Adrien VI, pontife éminent en piété, on pourrait organiser la campagne turque* -k Les alliés espéraient d'autant plus que l'orgueil français allait être abattu, que le connétable Charles de Bourbon, grièvement offensé par François I" et lésé dans ses droits d'héritier, était venu à l'improviste offrir son appui à Charles- Quint. Le duc s'était même engagé à reconnaître pour futur souverain le roi Henri VIII, qui n'avait jamais renoncé aux anciennes prétentions de ses ancêtres sur la couronne de France ^

■ Pour plus de détails, voy. Höfler, Carl V und Adrian II, p. 10, 40-44, et Adrian VI, p. 433. — Sur la haine des Anglais pour les Français, voy. la relation du 14 avril 1521 dans Laxz, Actemtücke und Briefe, t. I, p. 170.

* Pourplus de détails, voy. IIofler, Carll und Adrian VI, p. 45-47, 54-64, 69-72.

^ Bourbon dut jurer au roi d'Angleterre " juramentum homagii et fidelitatis %..quod ipse nos pro vero rege Franciae recognoscet et acceptabit nobisque

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