GUERRES EN ITALIE ET EN FRANCE
« Toute l'Europe se ligue conlre moi et jure ma perte », déclarait François 1" à l'assemblée des États de Paris; " mais je suis assez fort pour la braver. .le ne crains pas l'Empereur, car il n'a point d'argent; je ne crains pas le roi d'Angleterre, car les abords de la Picardie sont bien gardés. Je ne crains pas les Flamands, car ils sont mauvais soldats. .lirai moi-même en Italie, je m'emparerai de Milan et ne laisserai rien à mes ennemis de ce qu'ils m'ont ravi. » « Je ne serai à mon aise -, écrivait-il le 20 août 1523 à Montmorency, < que lorsque j'aurai franchi les Alpes avec mon armée '. "
Mais craignant que le duc de Bourbon, dont les intrigues lui avaient été découvertes, ne soulevât les populations françaises au moment même oii les troupes espagnoles et anglaises se préparaient à envahir ses États, il resta néanmoins chez lui, et se contenta, vers la fin d'août, d'envoyer l'amiral Bonnivet en Italie avec une armée considérable. En même temps la guerre éclatait en France. Une armée auglo-flamande, commandée par le duc de Suffolk et le comte de Buren, pénétrait jusqu'à l'Oise, à onze lieues de Paris, et jetait l'épouvante dans la capitale. Les Espagnols envahissaient au même moment le Béarn et la Guyenne, et les Allemands, commandés par les comtes Guillaume et Félix de Fürstenberg, pénétraient en Bourgogne et en Champagne. Nulle part une action décisive n'eut lieu, mais partout le peuple eut horriblement à souffrir des ravages de la guerre, et, pour comble de malheur, " un incendie horrible, universel, semblait prêt à éclater de tous côtés «.
Pour propager eu Allemagne aussi ce redoutable incendie, François P' pressait le duc proscrit du Wurtemberg, Ulrich, alors ä son service, d'exciter une émeute parmi les paysans, et de tenter avec leur secours de recouvrer son duché. Pour l'y aider, il lui promettait une importante somme d'argent -. François s'efforça aussi de faire entrer dans ses vues Jean 111 de Clèves (novembre de la même année), et à cette fin lui envoya de riches présents. Dans une assemblée des États de la ligue souabe, à Ulm, il fit parvenir un message au délégué d'Augsbourg par un de ses agents politiques. Il assurait à la ville de grands avantages commerciaux, mais à la condition
tanquam régi Franciae fideliler serviet atque obediet '•. Braüford [Con-espondence of thc emperor Charles V, London, 1850, p. 51) fait, observer que Ce ne fut pas l'Empereur qui fit au connélaljle les premières propositions. Bourbon, comme les documents du temps l'établissent clairement , • was himself the first to court an alliance, Avhich slamped him a rebel and traitor • . Bourbon est bien en effet un traître et un rebelle.
'HÖFLEU, Cari i und Adrian VI, p. 64-65.
- * Relation de Clément Endres, 18 octobre 1523. Tricrische Sachen und Briefschaften. fol. 69. D'après la teneur de ce contrat, signé le 29 mars 1521, le duc entrait au service du roi de France, et lui concédait droit d'entrée et de garni-
INTIUr.IiES DE l,A l'OMTIQUF. FRANflAISK F.N ALLKMA(;NE. 1.02:5-1524. .3.31
qu'elle .s'co^jygerait à ne fournir aucun .secours à Charle.s-Ouint pendant la guerre d'Italie, et l'aiderait à reconquérir le Milanais'.
' Les menées du roi de France >-, écrivait Charles «le liodniann à Rome (19 mars I")24), « sont si multipliées, que l'on doit sérieusement craindre que pour susciler des embarras à l'Kmijereur et à l'archiduc, aliaiblir autant que possible l'Allemagne et fomenler parmi nous des dissensions toujours nouvelles, il n'exploite Jusqu'aux troubles religieux qui nous divisent, e( ne s'efforce de les rendre incurables. Dans les cités libres, qui ne sont préoccupées que de leurs intérêts commerciaux, il se fait de nombreux partisans"^. " Quehiues députés des villes impériales, ayant sollicité de lui une audience privée à Lyon\ lui apportèrent l'assurance - (jue leurs maîtres se comporteraient envers lui de telle manière que Sa Majesté y prendrait plaisir. Elles priaient le Roi de ne pas faire expier aux villes ses démêlés avec l'Empereur (10 novembre 1523). Elles feraient tout ce qui était en leur pouvoir pour s'acquitter très-humblement envers Sa Majesté Royale delà reconnaissance qu'elles lui devaient, y François répondit aux députés, avec lesquels il s'entretint pendant une heure '^ très amiablement et débonnairement :-, que les villes ne seraient pas moins respectées et protégées par la couronne de France que les cités françaises elles-mêmes, et qu'elles n'avaient aucun danger à redouter, " Rapportez tout ceci aux villes que vous représentez >-, dit-il en terminant l'audience, durant laquelle il avait donné de fréquentes marques de son ressentiment contre l'Empereur, et lui avait attribué toute la responsabilité de la guerre.
Or cette responsabilité, l'Empereur, à bon droit, la repoussait énergiquement. Il écrivait à Ferdinand, le 16 janvier 1524, dans une lettre confidentielle : " Mon frère, vous savez assez, et il est à tous notoire, comme toujours mou désir et principale affection a esté d'avoir et entretenir paix et repos en la chrétienté. Et tout ce que j'ay faist et faist présentement n'est sinon tendant à l'effect
son dans toutes les villes et châteaux du comtat de Mömpelgard, resté en sa possession. Pour l'achat de la forteresse de llohentviel, qui devait servir de point d'appui aux entreprises d'LIrich, celui-ci reçut de François 2,000 couronnes (Sonnenkroneiij. D'après une déclaration de l'Empereur (sept. Iô22i, le duc avait reçu de François pendant les trois derniers mois 8,536 couronnes; pourtant il se plaignait constamment de la parcimonie de la France. Hf.yu, Ulrich, Hertzog von Württemberg, t. Il, p. 132-135.
' Voy. Haberli.n. t. X, p. 554. L'ambassadeur de Charles-Quint, Hannart, mande à l'Empereur le 13 mars 1524 : « Le roi de France a puis aucun temps en ça escript bonnes et gracieuses lettres aux villes impériales, pour gangnyer leur bonne voulunte, el par ce destorber quilz ne vous donnent assistence contre luy. • Lanz, Correspondenz, t. I, p. 105.
- Voy. plus haut, p. 162, note 5.
' Sur leur retour en Allemagne après leur entrevue avec l'Empereur au sujet de la douane d'Empire, voy. plus loin, p. 332-333.