DÉPITATION DES DÉLÈGUES DES VILLES LIBRES A CHARLES-QUINT
qu'ils étaient bien résolus à n'entreprendre et à ne décider que ce qui serait en tout conforme au droit, à l'honneur et à l'équité >■. Quant à l'impôt sur les douanes voté à Nuremberg, il leur était impossible d'y donner les mains, car il ne pouvait avoir d'autre conséquence que le désastre le plus complet pour le commerce à tous les degrés; s'il était exécuté, les marchands se verraient forcés d'abandonner leur patriepour aller s'établira l'étranger! INon-seulement il serait funeste aux villes libres, mais il ferait un tort considérable à la nation tout entière, et l'homme du peuple qui " sous prétexte de liberté se montrait déjà récalcitrant envers l'autorité, serait conduit infailliblement à la sédition et à la révolte -. Les villes, sans cesse obligées de débourser de grosses sommes, se verraient réduites à la mendicité; d'ailleurs, les nouveaux impôts seraient d'une faible ressource pour l'Empereur; on avait vu précédemment que le produit pouvait bien facilement lui en être enlevé, et cette mesure paraissait plutôt faite pour accélérer la ruine de r.\llemague que pour améliorer sa situation. L'impôt de douane, prétendait-on, était indispensable au maintien du Conseil de régence; mais les intérêts de la paix et de l'équité seraient beaucoup mieux servis si l'on se décidait enfin à élire un roi romain. En ce cas, les villes acclameraient avec enthousiasme le frère de l'Empereur, l'archiduc Ferdinand.
Lorsque les conseillers de l'Empereur représentèrent aux délégués que le Pape s'était plaint, dans un bref récemment adressé à Charlcs- Ouint, de l'assentiment donné par Augsbourg, Strasbourg et Nuremberg aux doctrines de Luther et de l'encouragement donné à la diffusion de ses écrits, les députés nièrent ce fait avec assurance, affirmant ne voir dans cette imputation qu'une calomnie répandue à dessein par ceux qui leur voulaient du mal et travaillaient avec persistance à leur ruine. Les cités ne s'étaient jamais jointes à ceux qui avaient prôné, suivi ou défendu Luther; ou savait assez de qui venait tout le mal. ^ Le peuple était altéré de vérité évangélique, il réclamait l'intégrale prédication de la sainte Ecriture ■ ; mais pour que ce but put être atteint, les délégués reconnaissaient qu'il était très-nécessaire, en effet, de veiller à ce que, dans les trois cités en question, conformément à l'édit impérial, les écrits luthériens fussent absolument interdits, et même saisis chez leurs détenteurs. A leur retour, ils se proposaient de faire connaître le bref papal et les volontés de l'Empereur à ceux qui les avaient envoyés, et l'on pouvait compter sur leur pleine obéissance '!
' Der gemeinen Fry-und Beichs Slüdt Potlschaßen Handl. by Rom. Kaiserl. Majestät. Archives de Erancfurt, Beichsiugsacien. t. XXXIX, p. 39-56 Le dimanche de Judica \1i mars; 1523, l'envoi d'une députation à Charles-OuJnt avait été résolue dans une assemblée des représentants des villes tenue à Spire. Le 3 juin, les délégués
DEPUTATION DKS KKr.KOl KS IH:S VILLES LIBRKS A CHAIU.KS-QUINT. 1523. 335
Par des assurances de ce {jenre, ils avaient su se concilier l'Empereur, (jul n'avait ■■ rien plus à ccrur (jue le nuiinlien de la religion catholique et l'unité de rK};iise' '. Des « témoijynajjes dejjratilude » olferts aux conseillers impériaux rendirent aussi > de fort bons offices- ». Les députés, il est vrai, ne purent obtenir une réponse définitive, tout devant d'abord être soumis aux décisions de la Diète qui allait s'ouvrir à Nuremberg;; mais ils parlirent « remplis d'espoir et fort consolés d. J.'Em))creur leur avait donné secrètement à entendre « qu'il était très-porté à favoriser les villes libres préférablement aux autres Ordres ; il leur avait assuré que, sans les nécessités actuelles de la {;uerre, il se fiU immédialement appliqué à régler leurs intérêts d'une façon « vraiment équitable et royale ». 11 n'entrait ni dans ses idées ni dans ses plans de laisser passer la loi sur les douanes. Il souhaitait fort prendre lui-même le pouvoir en main, instituer un lieutenant impérial énergique, établir un tribunal suprême, imposant, respecté, afin que, dans le Saint-Empire, la paix, le droit et le pouvoir exécutif eussent de fermes soutiens. Il avait Tinlenlion de régler les choses de telle sorte, de concert avec les Ordres et le Conseil de régence, que dorénavant, dans les questions de monopole et de commerce, rien ne piU être décidé ni avoir force de loi sans que Sa Majesté en eiU pris préalablement connaissance. Tout devait d'abord lui être expédié, et ce qu'il trouverait d'illégal, il était résolu à l'annuler. Restreindre l'action du commerce n'entrait point dans ses vues : " Si les villes voulaient lui prêter un loyal appui, soit par des secours d'argent, soit autrement, elles pourraient toujours et partout attendre de lui et de ses chargés de pouvoir un gracieux et favorable accueil. Ou aviserait à écarter la loi sur les douanes. Les villes pouvaient se confier en ces assurances '. "
Le 23 août 1523, l'Empereur remit à son conseiller Jean Hannart, chargé de le représenter aux États de Nuremberg, une instruction
se réunirent à Lyon. Les pourparlers de Valladolid se prolongèrent jusqu'au 24 août. Voy. les détails sur ces négociations dans les archives de Francfort. Erber Freij-und Reickstele Abschiede der iare 1523-1542. Voyez-en la relation dans HÖFLKR, Belrachlungen über das deutsche Städtewesen^ p. 214-2(9.
' Comme les délégués des villes le reconnaissaient eux-mêmes, d'après un rapport de Clément Endres, datée du 11 mars 1521. Trierischen Suchen und Briefschaften, fol. 71.
' Le conseiller impérial Jean Hannart reçut 500 florins, et les trois autres conseillers impériaux avec lesquels les délégués eurent à traiter, 200 florins. Hannart promit aux députés de se montrer et de demeurer pö*iir elles • un protecteur chaudement dévoué à leur^ intérêts, et de travailler à écarter toute mesure pouvant leur être contraire. » Lettre d'Hamann de Ilolzhausen, 12 février 1524, Reichstagsaclen . t. XL, fol. 10. Abschiede der Reichstüdle ,
'Voy. les pièces citées plus haut, p. 334, note 1, et la lettre d'Hamann de Holzhausen, du 28 janvier 1524. Reichstagsacien, t. XL, p. 4.