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LES PRINCES ET LES VILLES CONTRE LE CONSEIL DE REGENCE

spirant ici des Ihéoiies du droit romain sur le pouvoir, - que TEmpereur est le droit vivant, cju'il est élevé au-dessus des lois, que Sa Majesté n'est autre chose qu'un dieu terrestre, et que tout lui est possible, comme l'enseignent les docteurs"? Mes très- gracieux et très-hauts seigneurs n'ignorent point ces choses'. «

« Le discours de Venninger », rapporte le délégué de Francfort (1" février 1524), " a porté un rude coup au Conseil; Venninger a su lui dire nettement ses vérités^; aussi les Ordres sont-ils décidés à ne plus souffrir que des conseillers du genre de ceux qui siègent actuellement soient élus à l'avenir, " Seul, l'électeur Frédéric de Saxe prit le parti du Conseil, et comme ses avis n'étaient pas écoutés, il quitta brusquement Nuremberg (26 février). .. Les électeurs, princes et autres Ordres ", mandait le jour même de ce départ le délégué de Francfort, ■ brûlent d'abolir le Conseil de régence. » Toutes les villes libres partageaient cette opinion et s'étaient affirmées dans ce sens à la Diète de Spire; mais tout à coup Nuremberg déclara n'être point de cet avis, " car chacun cherche son propre intérêt ' . Ulm, à sou tour, « se montra récalcitrante Ces deux villes étaient cause du reproche si souvent fait aux cités libres d' avoir deux poids et deux mesures , de - ne rendre pas un son bien net «, et de manger à deux râteliers -. ^- Cependant ce reproche était à cette époque sans fondement \ »

Les villes, à leur tour, dressèrent un cahier de doléances contre le Conseil; elles s'exprimaient en termes aigres et durs • . Elles affirmaient que, par rapport à leurs libertés civiles, statuts et privilèges, le Conseil s'était livré à des actes arbitraires qui ne pouvaient avoir d'autre résultat que le mépris de l'autorité, l'émeute, l'abaissement de la nation et la ruine générale*. Le duc Georges de Saxe déclara à son tour que le Conseil n'avait eu aucun souci de la dignité de l'Empereur, ni de celle des princes; qu'il avait laissé Luther traiter impunément les princes de coquins et de scélérats, excitant ainsi le peuple à la révolte contre l'Empereur ^ L'évêque de Würzbourg accusa également le Conseil d'avoir ouvertement favorisé les nouvelles doctrines. Deux capitulaires cités par lui devant

• • Bekhstagsacten, t. XXXIX, p. 57-75, 97-100, 136.

- • Lettre d'Ilamann de Ilolzhaiisen du 1" février 1524, Reichstagsacten, t. XL, fol. 7.

^ ' Lettres du 21 et du 2G février ^vendredi d'après lieminiscere); autre letire du 5 mars 1524, dans les lUichslagsacten, t. XL, fol. 12, 14, 16. Voy. t, XXXIX, p. 156.

* 'Délibérations du 20 février (Samedi après /nrocar//), Reichstagsacten, t. XXXIX, p. 262-269. FwhalUn des Regimentes gegen die Städte, fol. 269-271 et 332-337. Le 26 février (vendredi d'après Reminiscere), le Conseil de régence se plaignit que, malgré le texte formel de ses constitutions, il eût été exclu des délibérations générales.

' Curieuse Xachrichlen, p. 37.

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un tribunal ecclésiastique pour s'être maries avaient été absous par le Conseil. Un chanoine convaincu d'hérésie avait reçu un saufconduit {yrâce auquel il avait pu se sauver*. « il n'est que trop certain », écrivait Hannart à l'Kmpereur, « que la plupart des conseillers de la Ré{ience sont fort bons luthériens, et que très-souvent, dans leurs procédés et leurs actes, ils se montrent inq)rudents et malavisés ^ «

Aussi élait-il à prévoir que les membres actuels du Conseil ne seraient pas réélus ; mais comment, à l'avenir, organiser le nouveau pouvoir? Ici les opinions et les désirs différaient grandement.

« Quelques-uns voulaient, d'accord en cela avec le lieutenant impérial l'erdinand et l'organe autorisé de l'Empereur, Hannart, que le Conseil de régence, dans son essence et son principe, fiU maintenu tel qu'il avait été constitué, et qu'on se bornât à élire de nouveaux membres. D'autres, se ralliant aux vues de l'Électeur palatin, étaient d'avis qu'en l'absence de Chaiies-Ouint, ce prince exerçât dans l'Empire ses droits au vicariat; la plupart ne voulaient plus entendre parler de Conseil de régence. Beaucoup étaient pour l'élection d'un roi romain, excluant d'avance tout prétendant de la maison d'Autriche. Ainsi tous étaient désunis, tous se querellaient; il semblait que durant cette Diète aucune question intéressant l'Empire ne diU être résolue, et qu'il fallût presque désespérer de l'avenir \ »

Les États eux-mêmes tombèrent dans une sorte de désespoir en constatant la discorde qui régnait parmi eux. « Les princes et autres Ordres ", écrit Hannart, u sont persuadés que c'est par un châtiment du ciel qu'ils ne peuvent parvenir à s'entendre sur les pressantes nécessités du moment. » <' .l'ai grand'peur », continue-t-il, « que s'ils ne changent d'attitude, ils ne soient, sous ce rapport, bons prophètes, et qu'en effet Dieu ne fasse peser sur eux sa colère. » Tous les jours, on voyait se produire d'épouvantables attentats sur divers points de l'Empire. Si donc la Diète se séparait sans avoir rien conclu, une complète anarchie était à prévoir; ^ l'abominable hérésie luthérienne irait se propageant de plus en plus ", et « des secousses violentes deviendraient inévitables ». Même les princes qui jusque-là s'étaient monirés dévoués à l'Empereur étaient maintenant récalcitrants, pleins d'aigreur; ils avaient trop longtemps, trop vainement attendu le payement des pensions qui leur avaient été allouées. Si elles

' Voy. HviiERLiN, t. X, p. 577.

- " Et certes, comme suis pour vray averty, la pluspart desdicts du régiment sont grandz luthériens... " Rapport du 13 mars 1524, dans L\nz, Corresiiondem, t. I, p. IUI.

^ ' Charles de Bodmann, 19 mars 1521. Voy. plus haut, p. 152, note 5.

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