‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 378 sur 477 · INTRIGUES FRANÇAISES · texte numérisé non relu

INTRIGUES FRANÇAISES

ne leur étaient promptement remises, ils se déclaraient hors d'état de rendre à l'avenir de bons offices à l'Empire, et d'entreprendre, pour le service de l'Empereur, des voyages dispendieux, pour assister aux Diètes. L'Empereur devrait du moias, et Hanuart l'en conjurait, faire parvenir à l'ancien lieutenant impérial, le comte palatin Frédéric, les sommes auxquelles il avait droit afin de le maintenir dans ses intérêts. Frédéric avait tout pouvoir sur l'esprit de son frère le comte palatin qui, en ce moment même, remuait ciel et terre pour empêcher que le Conseil de régence ne fût réélu, et pour obtenir le vicariat d'empire. Or, si le Conseil, et avec lui le pouvoir de l'archiduc Ferdinand, c'est-à-dire tout ce qui avait été organisé à Worms, étaient renversés, les partisans du vicariat auraient peu de peine à empêcher la Diète de rien conclure; ils convoqueraient une autre Diète dans les pays rhénans, et là établiraient à leur guise un nouveau gouvernement central. Dans foutes ces questions les secrètes pratiques du roi de France devaient être prises en sérieuse considération'.

En effet, bien avant l'ouverture de la Diète, François I" s'était efforcé de persuader à plusieurs électeurs et princes que l'Empereur étant en Espagne et l'Empire laissé pour ainsi dire orphelin, il était de leur intérêt d'élire un roi romain. Il se déclarait prêt à en accepter le titre si le choix tombait sur lui, et saurait, disait-il, témoigner son extrême gratitude aux électeurs et princes par des présents et des faveurs; si pourtant ceux-ci préféraient élire un prince allemand, nul homme n'était plus digne de leurs suffrages que le margrave Joachim de Brandebourg. Le comte palatin Louis serait également un choix très-recommandable, à cause de ses rares qualités; en tout cas, « il importait au salut de l'Allemagne que l'archiduc Ferdinand, frère de l'Empereur, fût éliminé ». Une fois élu, le nouveau roi des Romains, muni de forts subsides de guerre, unirait ses forces à celles du roi de France, et déclarerait la guerre à Charles d'Espagne, l'ennemi juré de la liberté de l'Allemagne, le tyran qui ne visait qu'à opprimer et mettre en servitude le monde eritier*.

Des instigations de ce genre ne laissaient pas que d'avoir une très-grande influence.

" Je sais de bonne source », écrivait Hannart à l'Empereur le 13 mars, « que plusieurs princes se concertent au sujet des absences fréquentes de Votre Majesté. Ils assurent qu'un bon gouvernement

' Rapport de Hannart ù l'Empereur, 13 mars et 26 avril 1524. L\nz, Correspondenz.t. I, p. 102, 104, 106, 118, 120.

^'. chronique de jMayence, 7 janvier 1521, après les ouvertures faites par le chargé d'affaires français Jean Tempor. Œuvres posthumes de Bodmann.

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est impossible à établir lorsque le souverain est si souvent hors du royaume. On parle du roi de F-'rance, parce que ses richesses dépassent celles de (out autre prétendant; mais comme on s'aperçoit que son élection présenterait de (grandes difficultés, le comte palatin cl le mar{jrave soUj^yent, chacun de son côté, à sonder les esprits pour voir s'il ne leur serait pas possible d'être élus; aucun d'eux n'approuverait le choix de l'archiduc Ferdinand. Il est encore trop jeune, disent-ils, et sous sa conduite les princes seraient plus mal en point que jamais, car Ferdinand se laisse complètement diri[;cr par son conseiller Salamanque. " Ilannart se plai{jnait amèrement du margrave, lequel semblait prendre très-peu de souci des intérêts de l'Empire. « On découvrira bientôt >', disait Hannart, «que le penchant du margrave pour les Francais n'a d'autre cause que son désir d'établir son fils, qu'il destine à la princesse Renée; le souci de ce mariage lui fait oublier son devoir et ses obligations'. " L'archevêque Richard de Trêves était également soupçonné « d'avoir fait amitié avec le roi de France -, et de tirer de celui-ci de quoi payer le grand appareil dans lequel il paraissait à la Diète-. François I", disait-on, avait aussi réussi à fortifier chez les ducs Guillaume et Louis de Bavière l'aversion déjà si forte qu'ils nourrissaient pour les princes de la maison d'Autriche. » Les ducs n'étaient venus aux États ", affirmaiton dans l'entourage de l'Électeur palatin, « que pour déposséder la maison impériale d'Habsbourg, et chercher à acquérir pour euxmêmes la couronne romaine et impériale ^ «

Ces bruits, ces soupçons, les intrigues françaises, tout concourut à dicter aux princes la subite résolution à laquelle ils s'arrêtèrent : ils convinrent d'envoyer une ambassade, d'abord à François l", ensuite à l'Empereur, puis au roi d'Angleterre, et de lui confier la mission de ramener la paix et la concorde entre les princes chrétiens. L'électeur de Trêves, le comte palatin Frédéric et le duc Louis de Bavière devaient se rendre dans ce but à la cour de France, accompagnés d'une suite brillante; l'électeur de Trêves demeurerait près du Roi. L'archiduc Ferdinand et Hannart eurent toutes les peines du monde à empêcher un acte aussi inconstitutionnel, acte dont les princes assumaient toute la responsabilité sans l'assentiment de l'Em-

' L4NZ, Correspondes, t. I, p. 105, 106, 107. D'ailleurs, Hannart ne semble pas avoir redouté les intrigues en question : • ...joint que les électeurs ne sont tous d'une oppinion, sarchant chacun son particulier interest. »

^ Voy. le rapport de Hannart, dans Lanz, t. [, p. lOO-lOl.

* • ...lain tum (à la diète de Nuremliery de 1524) in animo habentes, si quo modo imperialem dignitatem ad se transferre et domui Austriaca^ adimere possent. » Surtout le chancelier de Bavière, Eck, nourrissait le désir de " praesertim duci Wilhelmo, excelso animo principi, nunc regiam, nunc imperialem, nunc electoraleni dignitatem ambienti, tandem optatam viam inveniret et aperiret •. Hub. Leodius, p. 89.

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