‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 384 sur 477 · COLÈRE DE LUTHER EN APPRENANT LES CONCLUSIONS DE LA DIÈTE · texte numérisé non relu

COLÈRE DE LUTHER EN APPRENANT LES CONCLUSIONS DE LA DIÈTE

Ce procès-verbal, qu'on prit soin de répandre dans tout l'Empire comme s'il eût été édicté au nom de l'Empereur, n'était évidemment pas fait pour remédier aux maux et périls de la situation.

Luther entra à son sujet dans une violente colère. Il le fit réimprimer avec l'édit de Worms, accompagnant ces deux pièces d'une introduction et d'un épilogue où il attaquait l'Empereur et les princes dans un langage encore plus passionné et plus amer que celui dont il avait coutume de se servir. « Nous avons honte de l'avouer ", s'écrie-t-il, « l'Empereur et les princes mentent effrontément, et nous sommes encore plus honteux de devoir dire qu'ils se contredisent eux-mêmes, et donnent des ordres qui sont opposés les uns aux autres, comme tu vas le voir, car ils disent qu'on doit agir envers moi en se réglant d'après l'édit de Worms, et qu'on est tenu d'exécuter rigoureusement cet édit; puis, aussitôt après, survient un commandement contraire, portant qu'à la prochaine Diète, à Spire, on commencera par examiner et discuter ce qu'il y a de bon ou de mauvais dans ma doctrine. Je suis donc en même temps condamné, et renvoyé à un nouveau jugement, et les Allemands me traitent et me poursuivent comme un homme jugé, tout en attendant la sentence qui leur doit apprendre en quoi je suis condamnable! Une telle décision n'est-elle pas l'œuvre de princes ivres ou fous? Ainsi donc nous devons rester Allemands, et en même temps martyrs et ânes du Pape! tel est notre devoir; même, comme dit Salomon, si on nous pile comme du gruau dans un mortier, nous ne devons point tenter de nous débarrasser de l'ineptie romaine! » « Dieu, comme je le vois, ne m'a pas accordé la grâce d'avoir affaire à des êtres doués de raison; les stupides bestiaux allemands devaient me tuer, m'assassiner; tel élait le sort que je méritais; il était écrit que je serai déchiré par ces loups et ces porcs! » « Princes, vous vous exposez à de grands malheurs! Vous attirez sur vous la colère divine! Vous n'échapperez pas à Dieu, si vous continuez à agir ainsi! Que voulez-vous, chers seigneurs? Dieu, étant trop sage pour vous, s'est hâté de vous rendre fous. C'est un Dieu très-puissant, et il aura bientôt fait de vous confondre ! Redoutez donc un peu sa sagesse, de crainte que dans son déplaisir, il n'ait de telle sorte disposé les pensées de votre cœur que vous ne puissiez plus à l'avenir qu accroilre et accumuler vos fautes. Il a coutume d'en agir ainsi avec les grands, comme il le fait chanter et répéter par tout l'univers. » (Ps. xxxiii, 10.) " Dieu a mis à néant les projets des princes ". dit le psaume, et le même verset porte encore : « 11 a précipité les puissants du trône. » (Luc, i, 52.) Ceci vous regarde, chers seigneurs, c'est à votre tour, maintenant; tâchez de

I/AÜCIIIDLC FKRniNANf) SUR L'ÉTAT RELIGIEUX DE L'ALLEMAGNE. 1524. 353

comprendre. " Luther conseille au peuple de refuser tout secours pour la fjuerre contre les Turcs : - .le prie tous les cliers chrétiens qui pourraient s'imaginer être agréables à Dieu en servant des princes si méprisables et si aveuglés (que Dieu, sans aucun doute, nous a envoyés pour nous chAlier) de ne pas se laisser entraîner â donner quoi que ce soit pour la campagne turque, car les Turcs sont dix fois pins iulelligents, plus sages et plus religieux que nos princes. » Il prétend voir un blasphème, un outrage â la divine majesté dans la coutume qu'avait l'Empereur, en sa qualité de tuteur temporel de l'Eglise, et selon un usage séculaire, de s'intituler le « suprême défenseur de la foi chrétienne » . Il était « honteux, inconvenant ■ à Charles-Quint de se parer d'un pareil fifre, lui qui n'était -' qu'un sac â ver«, qu'un misérable mortel, incertain d'avoir encore quelques instants à vivre ». <« Que Dieu nous vienne en aide, le monde est réellement insensé! Le roi d'Angleterre, lui aussi, se donne pour le protecteur de la foi et de l'Église du Christ; les Hongrois se vantent d'être les soutiens de Dieu et chantent dans leur litanie : .' Daigne nous exaucer, nous, tes défenseurs! >• Je me plains de ces choses du fond de mon âme à tous les pieux chrétiens, afin qu'avec moi ils prennent en pitié de tels fous, de tels insensés, de tels imbéciles, qui délirent et extravaguent à plaisir. On aimerait mieux mourir dix fois que d'écouter leurs blasphèmes! iMais ceci n'arrive que pour les punir; ils ont persécuté la parole de Dieu (c'est-à-dire le nouvel Évangile de Luther), et Dieu les livre à un aveuglement manifeste. Que Dieu nous en débarrasse et nous donne, par sa grâce, de meilleurs gouvernants! Amen '. -j

« Celui qui use d'un pareil langage et représente l'Empereur et les princes comme des aveugles, des entêtés, des fous qui délirent et extravaguent ", disait un contemporain fermement attaché à l'antique foi, peut-il nier qu'il n'excite le peuple à la rébellion, et ne le soulève contre toute autorité laïque ou ecclésiastique-? "

Comme il fallait s'y attendre, le Pape et le légat s'empressèrent d'interdire l'assemblée de Spire, oii les laïques prétendaient décider en dernier ressort sur les questions de foi dans une com-

• Ztcei kaiserliche uneinige und iciederw artige Gebote, Lulhern betreffend, mit Luther' s Vor-und Xachrede, nebst Randbemerhungcn, Sämmll. Werke, t. X\IV,p. 211-213, 236-237. ^ Glos und Comment., Dl- ]\I'.

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