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354 f/ARClIIDUC FERDINAND SUR L'ETAT RELIGIEUX DE L'ALLEMAGNE. 1524.
plète indépendance du Saint-Siège. Avec eux, Tarchiduc Ferdinand ne pouvait assez s'émerveiller de la présomption des Etats, « osant s'ériger en censeurs et en juges de l'Église universelle et des conciles ».
La situation religieuse avait bien empiré depuis le départ de i Empereur, écrivait Ferdinand à son frère, et déjà la société était profondément ébranlée par l'anarchie religieuse. Les sectaires, tout en ayant sans cesse à la bouche un Evangile de paix, n'étaient occupés qu'à semer de tous côtés la discorde. Par des pamphlets, toujours écrits en langue vulgaire, non-seulement on excitait le jjeuple à la haine contre le Pape et les évoques, qu'on dépeignait comme des serviteurs de Satan, mais encore on s'efforçait d'anéantir dans les consciences tout respect pour les sacrements et pour l'enseignement de l'Église; dans maint ouvrage, on allait jusqu'à nier la divinité du Christ. Sous prétexte d'Évangile, des vols étaient publiquement commis; les révoltes, les rixes entre citoyens devenaient de plus en plus fréquentes ; ces faits, dont Ferdinand était tous les jours témoin, le remplissaient d'angoisse pour les destinées de la société civile, toujours si étroitement associées à celles de rÉglise; la religion menaçait d'entraîner l'Empire dans sa chute, et Ferdinand conjurait l'Empereur, comme il en avait déjà supplié le Pape, de laisser tomber toutes les querelles privées, et de se hâter de venir eu aide à l'universelle détresse des chrétiens, en s'occupant activement de la réforme si nécessaire du clergé. L'Empereur devait songer avant tout à ce qu'il devait à Dieu, de qui il tenait la couronne impériale et tant de beaux ruyaumes; à ce qu'il devait à l'Église, dont il était le tuteur suprême; enfin aux intérêts de la nation allemande, où le cancer dévorant de l'hérésie avait paru en premier lieu. Ouant à ce qui concernait cette assemblée générale des États décidée à Nuremberg et convoquée à Spire', Charles avait le strict devoir de s'y opposer énergiquement, puisqu'elle prétendait se prononcer non-seulement sur les intérêts politiques, mais sur la question luthérienne, et par conséquent s'immiscer dans les choses de la foi; or il était souverainement inconvenant aux Ordres temporels de vouloir réformer les Pères de l'Église et les conciles; la vérité évangélique n'était pas l'exclusive propriété de la nation allemande, elle était le bien commun du monde entier; par conséquent elle devait être défendue dans un concile général, et non devant les États de l'Empire d'Allemagne. L'Empereur devait garantir aux
' »...etiarasi nos manibus et pedibus Iiunc conventum libeiiter impedivisseinus parum utilem et fortassis majoris perturbationis fore causam praevidentes, taineii non poliiimus ullis ralionibus id assequi. .
UNIO.N DK r.ATISBONNE. 1524. 355
Ktats la prompte convocation de ce concile, et s'employer à cet effet aupr«s du Saint-Père '.
L'opinion de P'erdinand sur l'assemblée de Spire correspondait de tout point aux propres sentiments de l'Empereur; aussi fit-il immédialcment publier un édit qui l'interdisait formellement (juillet l.')2i). I/Empereur exprimait en même temps tout son mécontentement de ce que les Ordres, en leur propre nom, eussent conféré avec le léfjat touchant la onvocation du futur concile, comme si cette question n'intéressait pas en premier lieu le Pape et l'Empereur romain. Il allait s'efforcer d'obtenir du Saint-Père la prompte réunion du concile, auquel lui-même avait l'intention de prendre part. En attendant, les Ordres devaient, s'ils ne voulaient se rendre coupables du crime de lèse-majesté et encourir par conséquent la peine du ban, observer exactement l'édit de Worms, et fuir toute nouveauté religieuse -.
Avant la publication de ce second édit, et grâce aux instances et aux démarches actives du légat Campeggio, une entente avait eu lieu à Ratisbonne entre l'archiduc Ferdinand, les ducs Guillaume et Louis de Bavière, et douze évoques de TAllemagnedu Sud '. Ces princes et
' ChMEL, Firdinand's Instruction fur Cari von Burgund an den Kaiser , p. 140-142.
- Rescrit du 15 juillet 1524 au Conseil d'tssliafjen, Frankfurter Reichstugsacten, t. XL, fol. 44-47. Voy. la reproduction quelque peu inexacte de ce rescrit dans Walsch, t. XV. 2705-2709. Voy. Raijna'd ad annum 1524, n"' 12-22. Les conseillers de Xurenilier(j, Jérôme Ebner et Gaspard Xiitzel, envoyèrent le 20 septembre une copie de ce rescrit à l'électeur de Saxe Frédéric. Celui-ci leur répondit (.3 ortobrej qu'un délégué du Conseil de régence lui avait envoyé d'Eslinjen, il y avait de cela quatre jours, un rescrit tout semblable. « mais que le passa;^e ayant trait au crime de lèse-majesté et au châtiment du ban avec privation et suppression de tous privilèges et libertés, etc., y avait été omis ". Walsch, t. XV, p. 2709-2711. Le Conseil de régence s'était donc permis d'altérer à su guise un rescrit impérial. Plus tard, Frédéric s'excusa auprès de l'Empereur de n'avoir pas tenu compte de ses ordres, en lui assurant qu'il n'avait pris aucune part aux décisions de la Diète de Nuremberg concernant la religion, et s'était borné àprotesterpar l'organe de ses délégués. Voy. H.iBER- Li\, t. X, p. 623.
^ Du côté des catholiques, on célébra comme un triomphe l'accord que le légat Campeggio était arrivé à conclure entre ces princes, malgré la rivalité et les nombreuses querelles qui divisaient alors les maisons de Wittelsbach et d'Autriche. La cour de Bavière avait déjà proposé une ligue semblable, dès les premiers mois de 1523 (Jörg, p. 320j. L'affirmation si souvent répétée que le zèle des ducs de Bavière pour le maintien de l'ancienne foi n'avait eu pour mobile que les Jjrillantes promesses du Pape, est erronée. Jusqu'au 5 mirs 1522 l'édit de Worms n'aviit pas été exécuté en Bavière; miis ce jour-là les ducs