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MOUVEMENT EVANGELIOUE EN TIJURINGE ET EN SAXE

leurs, le peuple affluait. ; Le pauvre peuple affamé =■, écrivait Mimzer, « réclame la vérité avec taut d'ardeur que les rues sont remplies de gens venus de toutes parts pour l'entendre. >■ L'audace du prophèle croissait avec son auditoire : < Je poursuivrai mes ennemis '■, disait-il, jetant un défi au conseil de Sangerhausen; « je ne m'arrêterai que lorsqu'ils ne seront plus qu'opprobre et péché; je les foulerai sous mes pieds, tout grands pitres qu'ils sont. Vous calomniez ma doctrine, vous me traitez d'hérétique, vous défendez aux gens de venir à moi, vous osez les menacer du cachot? Eh bien, je vous en donne ma foi, si vous ne changez de conduite, je ne retiendrai plus la fureur de ceux qui brûlent de vous châtier! Il vous fauT choisir entre deux chemins : adoptez l'Évangile, ou reconnaissez que vous êtes païens : il n'y a pas à sortir de cette alternative, le vous cite devant le tribunal de l'univers! Vous n'êtes que des frelons qui souillez le saint chrême de l'Esprit-Saint. Xe résistez pas davantage à l'Esprit qui veut vous éclairer! Amen '. »

A l'instigation de Miinzer, une chapelle de pèlerinage, située près d'Alstedt, fut pillée et incendiée. L'agitation populaire devint telle que le conseil d'Alstedt supplia l'électeur de Saxe et son conseil d'empêcher Miinzer de prêcher. Il lui représentait que, si l'on n'agissait promptement, tout serait à craindre, que le peuple, comme il menaçait de le faire, s'allierait aux bandes des paysans révoltés, et que des malheurs inouïs jusque-là pourraient en résulter. - Alors viendront le pillage, l'incendie ■•, disaient-ils, « carie peuple se passionne pour ce nouveau prophète -. »

Contraint de quitter Alstedt, Münzer se rendit à Mulhausen. Là, il recommença à soulever les masses, les pressant d'agir énergiquement, car un " serviteur de Dieu, rempli de la grâce du Seigneur, €t marchant dans l'esprit d'Élie -, allait précipiter les impies de leur siège; les pauvres et les simples allaient être exaltés. Dieu méprisait les grands; il les avait donnés au monde dans sa colère, il allait les faire disparaître de la terre < dans l'angoisse et l'amertume '. " Chers compagnons «, disail-il à ses auditeurs en empruntant les paroles d'Ézéchiel,-' élargissons le trou, afin que tout le monde puisse voir et saisir quels sont ces grands pitres qui ont fait de Dieu leur marionnette! :■ Un autre jour, c'est .lérémie qu'il imite : - Sois attentif à la vérité de ma parole; je l'ai mise en ta bouche, afin que lu déracines, que tu brises, que tu dépeuples, que tu disperses, puis qu'ensuite tu rebâtisses et tu replantes. Un mur de fer s'élèvera contre

' Seidema:';.\, Thomas Münzer, p. 135-136. ' Seideman.n, p. 40.

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les rois, les princes, les prêtres! Ils lutteront, mais la victoire du SeijjQeur sur les tyrans et sur les impies sera admirable. Miinzer traçait aux paysans la voie à suivre: •- Les saints travailleurs qui se nourrissent d'aliments amers doivent emplir la {^orge des tyrans maudits '. "

A Mulliausen, il trouvait •< un champ ridiemcnt préparé ". Là, dès les premiers mois de 1023, le ^ mouvement évan^élique avait ■< touché les âmes » par Tentremise d'un ancien moine cistercien, Henri Pfeiffer. Dans les rues, puis en chaire, Pfeiffer s'était élevé contre les évéques, les prêtres et les moines. Au pied de sa chaire, les auditeurs cultivés se mêlaient à une nombreuse populace accourue de la ville et du dehors. Le peuple aimait sa parole, riche en invectives, et si quelques membres du conseil y trouvaient quelquefois à reprendre, d'autres assuraient que ces questions n'étaient point du ressort de l'autorité civile. Au bout de quelques jours, une émeute éclata; les couvents, les presbytères furent pillés. On comprit alors que les prédications de Pfeiffer pourraient bien intéresser le conseil, car les bourgeois et beaucoup de gens du dehors appartenant à son parti coururent avec leurs meilleures armes sur la place de l'hùtel de ville, parlant d'égorger les magistrats. Le < mouvement évangélique '■ se termina en 1523 par la complète victoire du peuple sur le conseil. Les vainqueurs présentèrent aux conseillers leurs conditions de paix, et ceux-ci furent contraints de promettre « de ne plus s'opposer à l'avenir à la libre diffusion de l'Évangile^ ".

Pfeiffer, « cet homme consumé du zèle de la liberté >-, ne tarda pas à devenir célèbre. Langensalza lui envoya une délégation d'ouvriers le priant de venir annoncer la parole de Dieu dans la ville. Là, des ouvriers, des femmes d'ouvriers disaient ouvertement qu'il fallait partager avec les riches. Douze exaltés y avaient formé une secte particulière; bientôt trois cent cinquante hommes, et au delà, se constituèrent en « association fraternelle . La cheville ouvrière de cette association était un savetier nommé Melchior Wigand, qui autrefois avait fait la guerre, et depuis avait été le héros de plus d'une équipée ^

Une ;' vie évangélique entièrement nouvelle et libre " fut aussi inaugurée à Orlamunde. Carlstadt, à qui la prédication et l'enseignement avaient été interdits à ^Viltemberg, s'était rendu dans cette ville pour s'y créer un centre d'activité. - Vous me liez les pieds et les mains -, avait-il écrit à la communauté de Wittemberg en se

' Ausgedrûkte Euthlössung des falschen Glaubens. Frontispice, et El. C"- * Mühlauser Chronik, p. 365-373.

' Seideman.v, Beitrüge, 14, p. 513.

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