‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 410 sur 477 · PRINCIPES SOCIALISTES DES HUSSITES ET LEURS RÉSULTATS · texte numérisé non relu

PRINCIPES SOCIALISTES DES HUSSITES ET LEURS RÉSULTATS

avançant que ceux qui régissent leurs propriétés ou qui en usent contrairement à la loi de Dieu, n'ont aucun titre légitime à ces mêmes propriétés, qui ne sont plus qu'un larcin entre leurs mains souillées et impies. Par ces doctrines, il avait surtout visé les propriétés ecclésiastiques, disant que, puisque mauvais usage en avait été fait, elles devaient nécessairement retourner aux laïques. La propriété ecclésiastique, affirmait-il, conduisait fatalement à l'asservissement des paysans et à la ruine de la noblesse, qui, réduite à la misère, se voyait alors obligée « de voler, de dépouiller et d'opprimer ses subordonnés ' . Les biens de l'Église, selon lui, ceux mêmes qui provenaient de donations, devaient être restitués à leurs anciens et légitimes propriétaires, aux seigneurs temporels, dont les ancêtres, égarés par une libéralité inconsidérée, pour la perte des âmes et contre tous les préceptes delà sainte Écriture, avaient doté les clercs de richesses superflues. C'est par de telles assertions que Jean Huss avait su s'attacher une grande partie de la noblesse. Il avait également séduit les gens du peuple, en leur répétant que les possessions ecclésiastiques étaient le >< bien des pauvres ', que le peuple avait le droit de s'en emparer pour subvenir à ses besoins; qu'en résumé, la pauvreté n'était que tolérée par Dieu, que les riches en étaient les auteurs, et que seuls les vrais croyants » avaient le droit de posséder'.

La guerre hussite se chargea promptement d'apprendre au monde, et cela d'une effroyable manière, les résultats qu'on pouvait attendre de ces notions dangereuses qui, renversant toutes les bases de la propriété et du droit, flattaient les plus mauvais instincts de la classe pauvre. Pendant les longues années d'une révolution sanglante, la Bohême tout entière ne fut plus qu'un vaste incendie. Les ouvriers, les paysans, les prolétaires des villes et des campagnes, ravis de voir enfin se lever le jour de la vengeance envoyé par Dieu

' Voy. dans le travail de Zöllner sur les origines de la guerre des paysans le chapitre intitulé : Das sociale Element in der husitischen Bewegung, p. 20-65. — Voy. dans le liuikolik de Mayence (1873, p. 92-108) l'article intitulé : Johannes Hus und die böhmische Commune, lluss empruntait la plupart de ses principes aux écrits de Wiclef. Celui-ci avait enseigné que les seigneurs laïques étaient non-seulement autorisés, mais obligés de s'emparer des biens des ecclésiastiques, de supprimer les couvents, de confisquer les revenus de^ monastères, si l'Église, après avoir été avertie, persévérait dans ses errements. Leur devoir était de retirer les charges aux prêtres « qui s'étaient écartés de la religion du Christ " . Dans r -étatfuturévangélique • tel que Wiclef l'avait conçu, les particuliers ne devaient plus avoir le droit de posséder, et tous les biens devaient être mis en commun. - ...Tune necessitaretur respublica redire ad politiamevangelicam, habens omnia in communi. . wiclef prétendait ramener l'Église à l'institution première du Chri>t, d'après l'Évangile; dans ce dessein il disait n'avoir pas seulement contre lui r.4ntechrist, c'est-à-dire le Pape et ses disciples, mais encore le diable et ses anges. — Voy. Lechler, t I, p. 597-598, 600-601.

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