‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 425 sur 477 · REPRESSION DE LA REVOLUTION · texte numérisé non relu

REPRESSION DE LA REVOLUTION

de moins de mal que le prédicateur papiste. > ^ Si le clergé ue suit pas la voie que je lui trace, je souhaite >•■, avait encore dit Luther, a non-seulement que ma doctrine amène l'entière destruction des couvents et des abbayes, mais que de mes propres yeux je puisse un jour les voir réduits en un monceau de cendres'. -^

K La population des villes et des villages, affolée, exaspérée, furieuse », écrit du Uheingau un écrivain contemporain, " était fort à son aise pour se livrer au pillage, à l'incendie; elle pouvait à son gié détruire, profaner, outrager tout ce qu'il y a de plus sacré au monde et commettre les actes les plus atroces, car, depuis longtemps déjà, il n'y avait plus aucune espèce d'autorité en Allemagne. Et voilà le principal motif des troubles religieux : tous étaient découragés, divisés, nul ne se fiait à son voisin. Les uns voyaient avec plaisir la ruine du clergé et ne regardaient les prêtres que comme les serviteurs de Baal; les autres convoitaient en secret les biens ecclésiastiques, et se disaient que, si le jeu réussissait, ils en retireraient sans doute un bun profit; beaucoup étaient si épouvantés qu'ils ne savaient que résoudre; beaucoup sentaient leur coeur défaillir, ne sachant que trop qu'ils avaient poussé à bout la patience du pauvre homme, et que le châtiment de Dieu allait les atteindre-. « Les seigneurs, même les jeunes -', dit Anshelm dans sa Chronique, i< étaient devenus de vrais lièvres. » « Lorsque les paysans, ayant formé leurs bandes, s'aperçurent que ces nobles vantards, qui dans leurs discours semblaient toujours prêts à les dévorer, avaient d'eux une si épouvantable peur qu'ils ne songeaient qu'à prendre la fuite et à demander grâce et merci, lorsqu'ils virent que les jeunes gens eux-mêmes, ces avaleurs de sabres qui, à les entendre, n'eussent fait qu'une bouchée de dix paysans, n'osaient pas seulement les regarder en face, ils s'enhardirent, l'orgueil leur monta à la tête, la joie les rendit fous; ils commencèrent à ravager les campagnes, à saccager villages, châteaux, villes, couvents, abbayes, à

1 Sümmtl. Werke, t. Vil, p. J21, 131, 222-223, 330. — Les prêtres et les moines sont certainement, à moins d'un miracle spécial de Dieu et par le seul fait de leur état, des chrétiens déchus, des apostats ; il nest pire engeance sur terre. Les Turcs, eux aussi, sont les ennemis du Christ, mais sous deux rapports ils sont meilleurs que ceux-ci... ■> Sermon pour le jour de l'an de 1524, t. XVI, p. 33.

- Voy. plus haut, p. 464, note 1.

HKPKKSSION DE I,A HKVOLUTION. 4Sf)

attaquer, dérober, bouleverser, piller, briller: à vider les caves et à commettre toutes les dévasiafions imaginables. On tremblait que rieu u'échappât à leur rajje'. » ' Les priuccs et seijjneurs «, lisonsnous dans la Chronique de Hall, ont eu au débul un jyrand effroi; ils ne savaient que faire, ni (juel était le dessein de Dieu sur eux. Ce fut en vérité une guerre étrange, effroyable-! » ' Les féroces insurgés avaient partout la liante main sur les princes et les seigneurs. » « Hélas! où en sommes-nous réduits? " écrivait le duc Georges de Saxe au landgrave Philippe de Hesse; « beaucoup d'entre nous ont trouvé intolérable d'obéir au Pape et à l'Empereur; nous avons secoué le joug de Taulorilé temporelle ou ecclésiastique, tant nous nous trouvions habiles et nous sentions capables de tout gouverner nous-mêmes; et voilà que Dieu a permis qu'à présent nous soyons régis par des moines défro(|ués et des paysans en délireM ' » Le châtiment de Dieu s'est abattu sur nous », dit le duc à un autre endroit; « nous avons méprisé le Pape et l'Empereur, et maintenant des rustres nous font la loi. Si Dieu n'avait suscité parmi nous quelques cœurs intrépides et loyaux, mettant leur confiance eu Dieu bien plus qu'en leur propre industrie, les hordes populaires n'auraient pu être mises à la raison par le petit nombre de nos soldats*. »

On n'avait en effet à opposer aux insurgés qu'une très-petite armée.

Les pouvoirs dirigeants étaient désunis et en ■'■ plein désarroi ". Les lois de l'Empire étaient tombées en désuétude; les classes riches, lâches et insouciantes, pactisaient avec la révolution.

Lci Conseil de régence était resté longtemps le spectateur inactif des agissements révolutionnaires, et avait cru ensuite pouvoir tout apaiser en offrant son intervention et sa médiation; mais, à la première approche des paysans, les membres du Conseil s'étaient enfuis d'Esslingen à Geislingen.

La ligue souabe fut dans l'Empire menacé la seule force vivante, énergique. C'est elle, presque exclusivement, qui fît échouer les plans du parti de la destruction et de l'anarchie \ L'Empereur en était lui-même membre, mais seulement pour les pays de l'Autriche supé-

' Anshelm, t. VI, p. 269, 283-285.

- Uerolt, p. 106.

^ Lettre du jeudi après Quasi modo geniii 27 avril) 1525, dans Rojimel, t. If, p. 8i.

* Instruction de Georges, novembre 1525, dans Höfler, Denkwürdigkeiten der Charilaa Pirkeimer, LXX-LXXII.

5 Ce que devint avec le temps la ligue formée en 1522 pour les onze années qui allaient suivre, suffit pour prouver le relâchement de tous les ressorts sociaux comme de tout ordre légal à cette époque. — Voy. Jörg, p. 39-40.

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