‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 428 sur 477 · I. A RÉVOLUTION SOCr A I.E · texte numérisé non relu

I. A RÉVOLUTION SOCr A I.E

d'une insurrection dans le Klettj^auet dans fout le Hegau; .lost Fritz, qui s'était déjà fait remarquer lors des preniii'rcs émeutes des campagnes', y avait soulevé les |)opuIations. Il affectait de laisser croître sa longue barbe grise, et répétait à tous qu'il ne mourrait pas avant d'avoir assisté au Iriomplie du Ihmdschuh^ •.-. .

En Thurgovie /juin I.j21i, l'émcule fut sauvage. Environ cinq mille paysans assaillirent à l'improviste la Chartreuse d'iltiogen, près de Frauenfeld, la pillèrent, y mirent le feu et saccagèrent les maisons des prêtres non résidents'. « lisse sont conduits d'une telle manière ', rapporte le conseil de Fribourg en Bri.«gau (4 août 1524), « que cela dépasse l'imagination. On dit que l'un d'enire eux s'est emparé du Saint Sacrement et l'a foulé aux pieds, en disant : C'est toi qui es la source de toutes les hérésies! Tels sont les admirables fruits de la doctrine de Luther*.

Tous les efforts tentés pour apaiser la sédition échouèrent =. Les paysans de Stühlingen et les vassaux de l'abbaye de Saint- Biaise, au nombre de douze cents, commandés par Hans Müller et précédés d'un drapeau noir, rouge el blanc, marchèrent sur Waldsliut, où ils arrivèrent le 24 août, jour de la fêle patronale. Les habitants pactisèrent avec eux. On se promit des deux côtés protection, aide et secours ^ et les révoltés formèrent entre eux une « Fraternité évangélique - , jurant de secouer le joug des seigneurs et de ne reconnaître désormais d'autre maître que l'Empe-

' Voy. plus haut. p. 42S.

- Dans MONE. t. H. p. 17. — Voy. Mone, Badisches Archiv., t. II, p. 166.

" Lettre de Gui Suter (19juillet 1524) dans Schreibe«, t. I, p. i-5. On trouvera dans l'ouvrage de Schreiber d'amples détails sur lorigine de l'émeute, dont très-certainement les religieux et les prêtres d'Ittingen ne furent en rien responsables.

^ Dans Schreiber, t. 1, p. 9.

* Voy. les lettres de l'archiduc Ferdinand des 3 et 6 août 1524 dans Schreiber, t. I, p. 7-8, 10-11. Dès le 3 aoiU l'archiduc affirme que les troubles de la forêt Noire ' se rattachent à la question luihérienne ». Zurich invita solennellement les paysans à donner à leur révolte un caniclère religieux. — Voy. Stern, Zwölf Artikel, p. 102-103. et Göul.Gcl. Anzeigen, 1871, p. 1748. Au début, les paysans du Klettgau, sujets du comte Rodolphe de Sulz, furent plutôt opposés que favorables à l'émeute de leurs voisins, et déclarèrent que. quant à eux, ils n'avaient pas à se plaindre du comte. Voy. les procès-verbaux du conseil de la ville de Zurich (novembre 1524) dans Schreiber, t. I, p. 115-117. .Mais dès le 23 janvier 1525, ils découvrirent tout à coup qu'ils étaient à un tel point lésés et si accablés d'impôts qu'il leur était impossible de supporter plus longtemps leur situation. Si nous patientions plus longtemps ', disaient-ils, - nous et nos pauvres petits enfants devrions prendre avant peu le bâton de mendiant. ^ — Voy. Schreiber, t. II, p. 4.

0 Andreas Letlsch, dans .MoNE, Quellensammlung, t. II, p. 46 : « Ceux de Waldshut se sont joints aux insurgés de Stüiilingen et à quelques paysans de la furet Noire; ils ont cherché près d'eux secours, conseil et appui pour leurs plans séditieux. • Rapport des commissaires autrichiens à la Diète de la ligue, assemblée à Ulm le 28 octobre 1524, dans Klupfel, t. II, p. 282.

reur; à celui-là, ils conseataient à payer tribut, « mais à coadition de n'y être pas coutraiats «. Ils s'apprêtaient à détruire « les châteaux, les couvents, et en général tout ce qui avait quelque attache au clergé' ».

' Villinger Chronik, dans MoNE, t. II, p. 90. — Pour apaiser l'émeute de Stiililingen, on voulut essayer de l'intervention de Schaffhouse. Le comte Sigismond de Lüpfen et les délégués des paysans conférèrent enbcmble le 10 septembre, et signèrent un traité de paix qui nous a été conservé, et va nous permetlre d'apprécier la situation des paysans à cette époque; nous verrons combien elle était préférable à celle qu'ils euren l plus tard, surtout vers la fin du seizième siècle. Voici les principaux articles de ce traite : Tout paysan ayant un attelage à lui ou possédant de un à trois chevaux ou bœufs doit corvée de son corps et de son attelage A\iTAUX.sepijour%, soit pour la culture, soit pour la moisson; celui qui n'a ni attelage ni bœufs doit corvée de son corps pendant sc/;</oa;s. Les paysans abaltront et transportt^ront le bois nécessaire pour la bâtiïse et le chauffage du château. Ils pourront partager entre eux ce travail, t'endanl le temps de la corvée, ils seront entretenus aux frais du seigneur; "il sera convenablement pourvu à leur entretien. Us seront libres les jours fériés, .'i l'heure convenable. En dehors de leurs sept jours de corvée, les tenanciers devront aider tous les ans pendant deux jours à l'époque des chasses » ; on ne leur imposera pas l'obligation de garder les chiens. Celui qui a cheval et charrette doit une fois par an conàuive et livrer la venaison au château. Une fois par un aussi, il conduira le blé de la dirae au marché de Schaffhouse, et pour son trajet recevra des vivres et du fourrage. Quant à la défense d'abattre les bêtes fauves, les loups et les ours font exception; mais le paysan qui aura tué un ours devra apporter au seigneur la tète et une patte de la bêle. Les paysans pourront détruire les sangliers qui détériorent leurs champs, à condition d'envoyer la hure au seigneur. Us pourront poursuivre les bétes fauves avec des chiens pour empêcher que leurs terres ne soient ravagées; ils n'abattront pas le gros gibier, sous peine d'amende. Ils auront permission de prendre les oiseaux avec des gluaux; celui ayant obtenu droit de chasse peut, selon l'ancien usage, chasser aussi les blaireaux, les renards, les lièvres et les coqs de bruyère. Aucun colon établi dans la seigneurie n'a le droit de pêcher ; cependant si une femme qui a une bonne espérance avait envie d'un plat de poisson, le bailli pourra permettre à son mari de pê her Tous les ans les sujets devront payer l'impôt d'automne. Le village de Wytzen payera pour cela annuellement comme impôt quatre florins et demi. L'avoine du fourrage, l'avoine folle et l'orge pour les veaux devront comme autrefois être livrées. Si un colon n'a point laissé de bétail après sa mort, on ne demandera à ses héritiers que la moitié de l'impôt de la meilleure tête, faute de quoi, d'après l'usage reçu dans le pays, les héritiers payeront l'impôt tout entier. Les agents seigneuriaux devront se montrer miséricordieux envers les colons; personne ne devra être mis en prison, excepté pour cause de maléfices, " quand il aura prêté caution; s'il n'a pas prêté caution, il devra, le troisième jour seulement, comparaître devant le tribunal. D'après ce contrat, les tribunaux populaires restent dans leur ancien état. - Les ju,;es ", y est-il dit, - même si le jugement qu'ils ont renJu déplaisait à l'autorité, ne seront pas conduits devant la cour souveraine, ni tourmentés, ni punis » ; si le sujet se trouve lésé par la sentence, il pourra en appeler du tribunal du comté à la cour souveraine la plus proche. Dans les audiences de police correctionnelle, chacun restera libre, d'après l'ancien usage, d'ac user qui bon lui semblera. Pour les exécutions, les seigneurs auront le droit de réquisitionner un homme par maison; en cas d'urgente nécessité, les seigneurs peuvent réclamer tous les hommes de sa terre, jeun'^s et vieux. Schreibek, t. I, p. 41-50. — Les paysans de Stuhlingen ne semblent pas avoir été réduits à une condition bien dure, puisque, durant leurs pourparlers avec le comte, ils dépensèrent pour leur nourriture environ trois mille florins. Ils se sont punis eux-mêmes ", lisons-

KMEUTliS HANS L\ KORKT N O I li E. 49:.

Le mouvement révolufioniiaire pril, à parlir de ce moment, un caraclère religieux ii)ar(|ué. Celui qui se préxenfail j)0ur Taire parlie de la « Kralernik; évaugi licjue » devait toules les seuiaiues donner une cotisation d'un demi-baizen. Cet argent servait à payer les émissaires qui allaient recruter des frères - en Souabe, dans les pays du Uliin, en Franconie, en Saxe, en Misnie. Des agilaleurs populaires travaillaient depuis longtemps Teveche de Bamberg, persuadant aux paysans que la loi de Dieu défendait de payer la dime'.

Hans Müller avait été élu chei" de la « grande Fraternité clirélienne de la lorêt Noire ». Revêtu d'un manteau rouge et coiilé d'un béret à plumes de même couleur, il allait de village en village, précédé d'un héraut à cheval, qui menaçait de " ban laicjue' « tous ceux qui refusaient d'entrer dans la " Fraternité . Il se faisait précéder d'un char orné de feuillage et de rubans portant l'étendard de la révolte, gage de la future délivrance du peuple. Avec lui, le prédicant Balthasar Hubmaier était un des chefs les plus fougueux de l'insurreciion. « Balthasar méprisait souverainement papes, empereurs et rois », et demandait " qui les avait priés de régner '. Il enseignait que le peuple avait le droit d'élire et de déposer l'autorité, et n'était obligé à aucune dime, redevance, taille, impcM d'héritage, etc. L'eau, le poisson, la foret, le champ, la vigne, la prairie, le gibier, les oiseaux appartenaient à tous. Il insultait dans ses discours tous les " éperons jaunes », il ne les appelait que « les grands benêts », et composait des chansons satiriques sur les conseillers de l'Empereur. Comme il devait plus tard le confesser lui-même, " il avait fait à Waldshut des prédications séditieuses qui avaient troublé la paix, offensé Dieu, la justice et la conscience, et avaient été cause de plus d'une rixe sanglante ». Son but, comme celui de ses partisans, n'était pas seulement de rejeter toute autorité, mais surtout d'en créer et d'en élire une nouvelle parmi les frères'. " Vraiment, lorsqu'on y réfléchit », dit André Letsch, « on reconnaît que ce susdit docteur Balthasar a été le véritable instigateur de la guerre des paysans, et que c'est à lui qu'il convient d'attribuer les lamentables événements et les désastres qui suivirent*. »

nous dans un rapport rédigé par deux délégués du comte, ils se sont cliargés d'un plus lourd f.irdeau de corvées qu'auparavant - Schreiber, t. I, p. 55. Les paysans avaient donné plein pouvoir à leurs délégués de conclure le traité; mais lorsque ceux-ci le leur apportèrent, ils refusèrent de le signer, le trouvüut trop onéreux.

' Voy. le mandement de l'évéque de Bamberg (5 août 1524), dans Höelek, Fränkische Studien, t. VIII, p. 269, n» 159.

- Voy. plus haut, p. 4G5.

^ Voy ces documents dans Sterx, Zwölf Artikel, p. 68-70.

* Mo.NE, t. II, p. 46.

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