AI.LIAXCE DCLUICH DE WURTEMBERG AVEC LES PAYSANS
Thomas Mïmzer' qui, depuis rautoniue de 1524, s'était établi au bourg de Griessen, dans le Klettgau, était intimement lié à Hubmaier. « A cette époque >, écrit Henri Bullinger, « il poursuivait avec ardeur sa campagne révolutionnaire dans les localités voisines, y répandant la semence empoisonnée de celte révolte qui sitôt après devait germer dans les cœurs ^ " Münzer avoua plus tard que dans le Klettgau, le Hegau, et aux environs de Bâle, il avait donné quelques axiomes sur le gouvernement comme tirés de l'Évangile, bien qu'ils fussent de son invention. Dans ces contrées, il n'avait pas directement soulevé l'émeute, car la population s'était insurgée d'elle-même; '- il s'était borné à y étudier de près l'état des choses, mettant à profit les exemples que lui offraient d'autres régions, et se proposant de servir ainsi ses propres intérêts^ :. 11 prêchait aux paysans " le saint Évangile du royaume de mille ans », qui devait triompher avant peu, affranchir la chrétienté des tyrans, et former un peuple de frères. " Le puissant cédera au petit et s'humiliera devant lui -, répétait-il. Oh! comme il serait utile que les pauvres paysans méprisés sussent bien cela! ■
Après avoir pendant huit semaines consécutives joué dans le Rlettgau et le Hegau le rôle de prophète du radicalisme politique et religieux, MQnzer était revenu en Thuringe; mais il resta toujours en relations suivies avec les révoltés du Sud, - excitant, encourageant » par ses messages les esprits turbulents, et soulevant les populations contre leurs maîtres et autorités. Ses émissaires répandaient parmi le peuple des - tablettes « où étaient indiquées '• les dimensions des balles qu'on fondait à Mulhausen, et qui devaient bientôt servir les ressentiments des paysans. 11 fortifiait et consolait ainsi les mécontents \ ••
■' D'un tout autre rang social que .lost Fritz, Hans Müller, Hubmaier et Münzer, Ulrich de Wurtemberg, <; le prince déchu >;, - duc et bourreau du Wurtemberg -, était un des agitateurs populaires les plus ardents. Ulrich avait jadis provoqué, par son despotisme cruel, la révolte du « pauvre Conrad « ; mais depuis que la sentence du ban avait été prononcée contre lui, il affectait d'être l'ami des paysans, et signait ordinairement les lettres qu'il leur adressait : - Ulrich le paysan*. - S'appuyant sur la populace qu'il flattait, il espérait, avec
1 Voy. Stern, Zicölf Artikel, p. 111-113. — Bensen, p. 85. - BüLLiNGEU, Der Wiedertäufern Ursprung, B1-.
2 Mûnzer's Bekentnuss, El. A'.
* Voy. Zimmermann, t. II, p. 86, 113-115. — Stern, 35-37. — Seidema.n.\, Thomas Münzer, p. 53, 152.
* . Uotz Bur. •
ALLIA NOK D'LLniCH DE VVLI! IFMBKIU; AVKC LES PAYSANS. 1J2{. 497
son aide, reconquérir son duché '. c II lui était complètement indifférent », disait-il, •<■ d'y rentrer par la botte ou par le soulier ", c'est-à-dire à l'aide du /{und^r/iu/i ou de l'éperon du chevalier. Une fois remis en possession de ses terres et de ses (jens, il se proposait de décharger si charitablement les riches, les prêtres et les moines du fardeau des richesses que, comme les apôtres, ils fussent libres de parcourir le monde en portant le sac du mendiant sur le dos. Quant aux riches marchands, « ces exploiteurs du peuple », il avait l'intention de si bien les rançonner que l'effroi et la douleur « leur fissent jaillir le sanjj- des yeux '. " Mais il se proposait d'abandonner une bonne partie du butin à ceux qui l'auraient fidèlement aidé au temps de son exil. Ceux-là parta{;eraient sa bonne fortune, et, sous la loi du nouvel Évangile, ils jouiraient tous ensemble dune existence bien préférable à celle du passé"-. '■
Depuis 1.323, Ulrich avait adhéré au " nouvel Évangile >; il était plein de zèle pour sa diffusion. S'il souhaitait reprendre possession du Wurtemberg, c'était surtout, écrivait-il, parce que les sujets de l'Autriche, sous la tutelle de laquelle était placé le Wurtemberg, souffraient violence « quanta l'unique consolation de la conscience, la sainte parole de Dieu », et qu'il les voulait secourir. Si l'on refusait de l'aider, il se croirait autorisé par la nécessité, comme il le déclarait dès le mois de janvier 1524 aux Ordres réunis à Wurtemberg, à user de tous les moyens, pourvu qu'ils fussent honorables et humains, pour rentrer en possession de son duché, et il se verrait contraint de s'aider et de se défendre '. Le Wurtemberg lui devrait l'introduction de la doctrine luthérienne \
En juin 1-524, avant qu'aucune insurrection de paysans eût encore éclaté, Ulrich avait demandé au roi de France, au service et à la solde de qui il était alors, un secours d'argent considérable pour recruter des soldats contre l' « ennemi universel îj, l'Empereur, et pour être en état de se déclarer contre lui au moment opportun. Son château de HohentNviel, acheté avec les deniers français, avait été muni de vivres et d'abondantes munitions. Il y faisait fondre de grandes arquebuses et, depuis le mois de septembre, ne cessait d'entretenir des relations secrètes avec les paysans du Hegau, du comté de Stühhngen et de la
' Voy. plus haut, p. 259-260, 331.
- C'est uu agent de l'archevêque Richard de Trêves qui rapporte ces paroles d'Ulrich. Lettre * de 1525, sans date et sans signature. Trierischen Sachen und Briefschaften, fol. sgi^-QO. — Vov. la lettre de Gui Suter du 3 décembre 1524 dans Beger, p. 591.
* Voy. Stalin, t. IV, p. 234, 261. Après qu'Ulrich eut adhéré à 1' « Évangile •, Zwingle disait à son sujet : ^ Ego ab eo homine aliquando vehementer abhorrui, verum siexSaulo Paulus factus est, non aliter amplecti possem hominera, quam fratres PauUim quam resipuisset. - — Zuinolu Op. VII, p. 360.
^ Voy. Begeu, p. 581.