‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 43 sur 477 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

DIFFUSION DE l/ I MF RIM ERIE '.

« Aucune découverte, aucun progrès intellectuel ne peut nous rendre fiers à plus juste titre, nous autres Allemands, que Tinventioa de rimprimerie. Grâce à elle, en effet, l'Allemagne a propagé en tous lieux la doctrine chrétienne et les sciences divines et humaines ; elle est ainsi devenue la bienfaitrice de l'humanité tout entière. Qu'elle est bien autrement active que celle d'autrefois, la vie qui se manifeste maintenant dans toutes les classes de la société! Et qui ne penserait avec gratitude à ceux qui découvrirent et propagèrent les premiers l'art merveilleux de la typographie! Ouel est celui d'entre nous qui pourrait ne pas leur donner un souvenir reconnaissant, même s'il n'a pas eu comme nous l'honneur d'entretenir avec eux des rapports personnels^? "

" L'imprimerie qu'on vient de découvrir à Mayence est l'art des arts, la science des sciences. Grâce à sa rapide diffusion, le monde a été doté d'un magnifique trésor, jusque-là enfoui, de sagesse et de science. Un nombre infini d'ouvrages que très-peu d'étudiants pouvaient seuls consulter autrefois à Paris, à Athènes, et dans les bibliothèques d'autres grandes villes universitaires, sont maintenant traduits dans toutes les langues, et répandus parmi toutes les nations du monde"'. »

' Pour ce qui concerne les inventeurs de l'imprimerie et l'histoire de cette grande découverte, voy. ie savant ouvrage de V. D. Linde sur Gutenberg et Faulmann, p. 11-126. Dans l'importante quesiion de savoir où gît précisément le point essentiel de l'invention, il est d'un autre avis que Gensfleiscli.

■^Jacques vviMPHFLiNG, De arte impressoria. Cette dissertation si intéressante nous a été communiquée par le R. P. Jandel, prieur des Dominicains à Rome.

' Werner Folewinck, dans le Fasciculus temporum, édition Hain, n» 6915.

ö L'INSTRUCTION POPULAIRE ET LA SCIENCE.

'• Que d'élévations vers Dieu, que d'intimes sentiments de dévotion ne doil-on pas à la lecture de tant de livres dont l'imprimerie nous a dotés! Que de précieuses et saintes exhortations se trouvent dans les sermons qu'on publie! Quelles f, races Dieu ne fera-t-il pas à ceux qui impriment des livres, ou aident d'une façon quelconque à ce travail? Pour ceux qui aiment les arts et la gloire, voici venir l'âge d'or, le temps de la félicité! Ils pourront désormais enrichir le champ de leur intelligence de nombreuses et précieuses semences ! Leur esprit va s'illuminer de divins rayons! Quant à ceux qui n'aiment ni leur àme ni la gloire, je dirai seulement que, s'ils le veulent, ils peuvent avec moitié moins de peine qu'autrefois apprendre en un court espace de temps ce qu'on apprenait jadis en bien des années '.■'

C'est ainsi que s'exprimaient les contemporains sur la nouvelle découverte.

Dès 1507, Wimpheling disait que rien ne pouvait faire mieux comprendre la diversité et l'activité du mouvement intellectuel qui se produisait alors en Allemagne, qu'un coup d'œil jeté sur la rapide extension de l'imprimerie. En un très-petit nombre d'années, en effet, elle avait doté toutes les grandes et beaucoup de petites villes de véritables ateliers intellectuels, et les Allemands avaient porté le nouvel art en Italie, en France, en Espagne et jusque dans l'extrême Nord. Lorsque, après la conquête de Mayeuce par l'archevêque Adolphe de Nassau (14f52), le « merveilleux secret >; fut divulgué, il se répandit dans toute l'Europe, et l'imprimerie prit un si prodigieux développement que de 1102 à lôOO on a conservé le nom de plus de mille imprimeurs, pour hi plupart Allemands d'origine -. A Mayeuce, dès la période des incunables, on comptait cinq ateliers de typographie, six à Ulm, seize à Bàle, vingt à Augsbourg, vingt et un à Cologne ^ A Nuremberg, antérieurement à lôOO, vingt-cinq imprimeurs reçurent le droit de bourgeoisie*. Le plus célèbre d'entre eux, établi à Nuremberg depuis 1470, Anthoni Koburger, occupait vingt-quatre presses et plus de cent < compagnons ", formant dans ses ateliers le personnel des compositeurs, correcteurs, pressiers, metteurs en pages, relieurs et enlumineurs \ En outre, il faisait imprimer dans d'autres villes, et notamment à Bàle, Strasbourg et Lyon. Jean Schonsperger faisait preuve à Augsbourg d'une activité presque égale, comme aussi à Bàle, Jean Amerbach, Wolfgang

' chronique de Koellioff, édité par Cardauns dans les Chroniken der deutschen Städte, t. XIV, p. 792, 794.

- Voyez- en la liste dans Falkensteix, p. 383. 393. V^oy. Reichhard, p. 25, 35.

=»SCHVU!, t. m, p. 421, 423. Gr^S.SE, III. p. 157-163. Enncii. t. III, p. 1034-1043. Sur les imprimés du quinzième siècle consultez Faulmann. p. 197-232.

* Baader, An:.eiger fur die Kunde deutscher Vorzeit, t. VII, p. 119-120.

' Hase, 4-23. — Faulma», p. 178, 179.

DIFFUSION DE I,'IMPIiIM[:r, II-:. 9

Lncliner cl Jean Fro!)en. Ce dernier fui un des plus savants typographes qui aieni jamais existé '. Parmi les liommcs remarquables de ce temps, bcaucoi'.p mirent leurs capacilcs au service du perfectionnement de la typojjrapliic. Dès 1471, le célèbre imprimeur Conrad Schweinlieim commençait à imprimer sur planches métalliques des cartes de géographie. En 1182, Erhard Tiatdolt essayait pour la |)reniière fois de multiplier par la presse les figures de géométrie et d'architecture, tandis qu'Erhard OEglin inventait l'art d'imprimer les notes de musique au moyen de caractères mobiles'-.

Pendant qu'un si heureux mouvement se produisait en Allemagne, les imprimeries allcuiandes portaient la grande découverte à Subiaco, Rome, Sienne, Venise, Foligno, Pérouse, Modène, Ascoli, Urbin, Naplcs, Messine e( Palerme. Avant 1 1 fin du quinzième siècle, on comptait eu Italie plus de cent imprimeries allemandes K C'est à un imprimeur de Mayence, Jean Aeumeisicr, que l'Italie doit la première édition de la Divine Comédie (1-1 72j. La première édition du même ouvrage accompagnée d'un commentaire est aussi sortie des. presses allemandes' (1181).

Les progrès de l'imprimerie furent presque aussi rapides en Espagne et en France, grâce aux imprimeurs allemands. S'il faut en croire Lope de Vega, on comptait en lôOO trente presses établies par eux à Valence, Saragosse, Séville, Barcelone, Tolosa, Salamanque, Burgos et dans d'autres villes encore. Là travaillaient ces hommes que Lope de Vega appelait les >■ armuriers de la civilisation = •'. Jérôme Münzer, médecin de ISuremberg, qui visita l'Espagne en 1494, trouva établis à Grenade, délivrée depuis deux ans seulement du joug des Arabes et en partie encore peuplée par eux, trois imprimeurs allemands,

• Stockmvyeu et Rkrek, p. 86-J15. Les ouvrages sortis des presses de l'iniprinieijr \iennois Jean Wiiiterbiirgei' il492, 1519j sont à peu de chose près égaux aux nieilleurs produits des imprimeries de Bûle, Nuremberg et Augshourg. Voy. U'ieii's linchdruckcr Geschichte, de A. Mayeii, 1482-1882, dans la première partie du tome premier i Vienne, 1882).

- Invention indépendante de celle d'Ottaviano dei Petrucci. Voy. Amhuos. p. 190-199. — Sur OEglin, voy. aussi (lEaiiEUGrtv, p. 41-42. 3 Gr-esse, III, a. p. 197-217. Sur les premiers imprimeurs de Subiaco et de

Home, voy. Anßützc -mi- Geschichte des Duchhnndtls im xvi Jnhrhiiinlcrt, par E. FnOM- M\N, -2^ livraison (Italie, lena, 1881). F.vulmann, p. 174, 182.

* Voy. P.ELMONT, t. II, p. 48. — F.iELMVNN. p. 179. A partir de la seconde moitié du quinzième siècle, on voit aussi établis en Italie beaucoup de copistes et d'enlumineurs allemands. — Voyez-en la liste dans V Anzeiger fur die Kunde deutscher iorzeii, 16, 75. 76.

^ Grosse, III, p. 225, 229. — F.vlkensteix, p. 291-295. Welzenbach, p. 12.3- 129. — Verzeichniss deutscher Dniclcr in Spanien u.id Portug/il. de V0.\ der I.ivde. Pour la France, voy. l'excellent ouvrage de Clvldin, Antiquités typographiques de lu France, Origines de l imprimerie à Alby (1480-1484), et les Pérégrinations de J . .Veumcister, compagnon de Gulenberg (Paris, 1880).

tO L'INSTRUCTION POPULAIRE ET LA SCIENCE.

l'un de Strasbourg]?, Tautre de Spire, et le troisième de Gerleshofen'. Deux autres imprimeurs originaires de Strasbourg- et de Nordlingen allèrent môme se fixer à Saint-Tbomé, ile malsaine de TAfrique, dans le golfe de (iuinée-.

En 1Ô03, Valentin Ferdinand, imprimeur allemand en Portugal, fut nommé écuyer de la reine Eleonore, et le roi Jean II lui accorda, ainsi qu à ses confrères, droit de gentilbomme dans la maison royale^ En 1516, l'imprimeur allemand Hermann von Kempen publia à Lisbonne, par ordre du roi don Emmanuel, le Cancioneiro de Garcia de Resende. C'est une collcclion complète des poésies composées par les poètes de la cour à cette époque, œuvre très-importante pour l'histoire de la littérature portugaise.

A Bude r ~: art allemand " fut importé en 1473, à Londres en 1477, à Oxford en 1478, en Danemark en 1482, à Stockholm en 1483, en Moravie en 1486, à Constantinople en 1490'. " Comme les apôtres du Christ s'en allaient autrefois par tout le monde annonçant la Bonne Nouvelle :•, dit Wimpheling, > ainsi de nos jours les disciples du saint art se répandent dans toutes les contrées, et leurs livres sont comme les hérauts de l'Évangile et les prédicateurs de la vérité et de la science ^ •

■ 11 n'y a pas aujourd'hui d'homme sensé qui ne puisse apprécier les services rendus à toutes les classes de la société par l'art de l'imprimerie '!, écrivait en 1487 Adolphe Occo, médecin de l'archevêque d'Augsbourg Frédéric, à l'imprimeur Ratdolt. Elle a vraiment illuminé ce siècle, grâce à la miséricorde du Tout-Puissant. Mais c'est surtout la sainte Épouse de .lésus-Christ, l'Église catholique, qui lui est particulièrement obligée. Cette découverte, qui lui a donné une gloire nouvelle, et l'a dotée de tant de livres remplis d'une science divine, lui permet d'allerplus richement parée à la rencontre de son Époux '^.»

Les esprits supérieurs de l'époque ne voyaient pas seulement dans l'art nouveau la source de grands avantages matériels, ils le

' Klnstmwn, p. 298.

- Id., p. 360.

^ (Jhillvxy, p. 3Ö-36. note.

* Voy. Rf.ichard, p. .3-20. — Vander Linde, p. 109-110.— Gn.ïSSE, 3 a p. 259,261- 264. — Falk, BnicHiinst 16 llulskamp, Literarischer, Anweiscr, 1879. n" 254. — Faul- MANN, p. 171, 191, 193. — Sur les services rendus par les Westphaliens à la typographie, voy. NoRDFioFF, Htimaivsmtts , p. 129-133. — Les recherches les plus récentes semblent établir que l'imprimerie de Cologne a été la mère des imprimeries hollandaises et anglaises. Vov. Van der Linde, p. 259. — Reichli.ng, p. 290-292.

' De arte impreswria. fol. 6.

" Occo considère aussi les livres comme des joyaux et des pierres précieuses ornant le vêtement de l'Épouse du Christ. Falk, DrucJdnnst, p. 8.

lîUT DE L'IMPRIMERIE. — COOPÉRATION DU CLERGK. II

consi(I(^i*aicnt comme un instrumcnf puissant qui dcvail servir à la fois les intértUs de TK^ylise cl ceux de la science et de la civilisation. Aussi les « Frt'res de la vie commune " établis à Rostock, dans un de leurs premiers imprimés (t i70), appellent-ils la typo{',rapliic la inrre commune de toutes les sciences, Tauxilialrice de rÉp,lise •. Kux-mèmes se qualifiaient de < prêtres de Dieu ■•• enseignant non par la parole parlée, mais par la parole écrite '. Aussi les évèques accordaientils souvent des induljjences à ceux (pii répandaient et vendaient des livres ^ La même conviction faisait des membres du clergé les promoteurs les plus zélés, comme les plus compétents de l'art nouveau. De tous côtés, dans les couvents, des presses étaient établies. En 1170, nous voyons une imprimerie s'ouvrir chez les chanoines réguliers de Beromiinster, en Argovie; en 1472, chez les Bénédictins des Saints Clrich et Afra à Augsbourg; en 1474, chez les religieux du même Ordre à Bamberg; en 1475, chez ceux de Blaubeuren; en 1478, chez les Prémontrés de Schussenried; en 1479, chez les ermites augustins de Nuremberg et chez les Bénédictins de Saint-Pierre à Erfurts A Bâle, les Frères mineurs et lesCliartreux s'étaient faits les plus actifs callaborateurs de .Jean Araerbach'. Le scolasfique allemand Jean Heyulin von Stein amena à Paris les premiers imprimeurs appelés communément « Frères allemands , et les seconda aclive-

' Non verbo, sed scripto predicantes. Voy. Lisch, p. 45-4(5. C'est aussi ce qui fait dire au Bénédictin de Liesborn Bernard Witte, dans son Hist. ll'esipha- /ifie, p. 559 : ■ Oua cerlc nulla in mundo ars diftnior. nulla laudabilior, aut profecto utilior sive divinior aut sanctior esse unquani potuisset. L'arclievèque de Mayence, Berlhold de Ilenneberfî, parle de la divina qua'dam ars inipriinendi ' . — Voy. J'alk, U'issciischa/t und /ùmsl /un Milldihcin, in den Hislor. Pol., p. 7", 296.

- VVELZENB.iCH, p. 153-158. FvLK, Dnicf.luiisi, p. 22.

^ Voyez sur cette imprimerie et sur d'autres imprimeries de monastères en Allemagne et à l'étranger, la thèse approfondie de Falk sur l'imprimerie, foi. 9. — Voy. aussi Van dei\ Linde, p. 95, 97. L'aclivile littrraire des religieux, dit ce dernier, a pris comme une vie nouvelle au milieu du quinzième siècle, c'est-à-dire à l'époque de la découverte de la typographie, grâce aux efforts intelligents qui suivirent le concile de Bàle. » Il n'cst donc pas étonnant que sous la dii'ectiou d'abbés zélés pour la science, les moines, de trèsbonne heure, aient mis à profit le moyen nouvellement inventé de reproduire des livres par la typographie. La bonne intelligence qui régnait entre les membres du clergé et les imprimeurs facilita dans les couvents l'établissement de nombreuses presses dès le quinzième siècle. Telle est l'origine, comme •Schafarik l'a prouvé (voyez Scraprum, ann. 1843, p. 320; ann. 1851, p. 353), de tous les imprimés relatifs à l'ancien slavon, notamment les kyrilliques de prêtres et moines serbes ou bulgares. Au Monténégro, on trouve une imprimerie dans un monastère dès 1493. On possède des i:nprimés provenant du couvent de Sainte-Brigitte à W^dstena, en Suède, datant de 1491. L'imprimerie des Sœurs de Saint-Dominique, à Florence, a produit, de 1476 à 1484, plus de quatre-vingt-six ouvrages. Je dois ces renseignements aux obligeantes communications de M. Van der Linde.

* Stockmayer et Reber, p. 30-31.

ment dans leurs travaux '. un professeur de théologie, André Frisner, exerça le premier à Leipzig l'état d'imprimeur ^ et c'est à l'instigation du théologien Paul Scriptoris, lecteur des Franciscains à Tubingue, que cette ville a dû l'établissement de sa première presse^ (1498). En Italie, le monastère bénédictin de Subiaco ouvrit ses portes aux premiers imprimeurs allemands. Plus tard, c'est sous la direction de l'évêque Giovan Andrea d'Aleria, bibliothécaire du pape Sixte IV, que ces mêmes imprimeurs tirent paraître leurs ouvrages. Le célèbre cardinal Turre-Cremata appela d'Iugolstadt à Rome le typographe Ulrich Hahn (1466), et le cardinal Caraffa, en l'année 1469, fit venir dans la même ville Georges Lauer, de Wiirzbourg'. Ces deux imprimeurs trouvèrent dans les biographes pontificaux, Campano et Platina, de zélés protecteurs. En (47."j, on comptait déjà à Home plus de vingt ateliers de typographie. Avant la fin du siècle on estime que le nombre des ouvrages qui y furent imprimés s'élève ä 926. Il n'est que juste d'attribuer surtout aux efforts du clergé ce résultat considérable*. D'ailleurs, prêtres et religieux ne se contentaient pas de favoriser les progrès de l'invention nouvelle par leur coopération personnelle, ils lui assuraient encore par leurs achats considérables un indispensable soutien. La presque totalité des ouvrages imprimés en Allemagne pendant le quinzième siècle n'étaient destinés qu'à satisfaire les besoins intellectuels du clergé, et c'est après que l'élan eut été donné par lui, que le goiH des livres s'étendit à l'ensemble du public K

Le commerce de librairie ne fut qu'une continuation et une extension du commerce des manuscrils. Longtemps avant la découverte de l'imprimerie, la vente de ces derniers avait pris en Allemagne, où le besoin de lire était très-répandu, des proportions considérables et toutes les allures d'un commerce bien réglé. Dans les grands centres de commerce et dans les villes libres de l'Empire en particulier, des corporations de copistes s'étaient formées, travaillant moins pour les savants que pour le public en général. Leurs manuscrits, don! on faisait déjcà des catalogues en due forme, étaient livrés à des mar-

' ViscHFu, p. 161. Sur Ulrich Gerinfï, le premier imprimeur de Paris, voy Aebi, f'ie Duchflrucl.erei in Bcroniunsicr, p. 32-3G.

- VVrLZENnvcH, p. 128.

^ Stkiff, p. 5, 35.

* Voy. Serapeum. 13, p. 242-249. — Weczenbach , p. 12.3-124. — Relmont, Geschichte der Stadt Rom, 3', p. 347. — GftEGOnoviLS, Geschichte der Stadt Hom im Mittelalter, 7, p. 524-533.

^ Ua.se, p. 57-66. — F.\LK, Dnicldunst, p. 8-25. Cet ouvrage renferme une nombreuse liste de témoignages relatifs à l'attitude sympathique et désintéressée du clergé vis-à-vis des imprimeurs.

l.IBliAiniE A (-1. EM A MIE. 13

chands ambulants qui en trouvaient surtout le débit aux loires annuelles et aux kermesses. Vers le milieu du quinzième siècle, nous voyons un de ces marchands, nommé Dicpold Lauber, ouvrir à Ha{;ucnau une boutique abondamment fournie. Le calali){j?ue de sa pacotille nous a été conservé. On y voit figurer non-seulement des auteurs latins, mais encore les meilleures ])roduclions des poètes allemands du moyen àfje, de grandes épopées, de petits écrits en prose, des récits légendaires, des vies de saints, des livres populaires, des traités de médecine à l'usage de tous, des bibles allemandes rimées, des formulaires de prières et d'édification. La variété de ce catalogue montre assez que dans l'Allemagne du moyen âge les livres ne s'adressaient pas seulement aux riches et aux savants'. Le commerce de livres imprimés se développa avec une telle rapidité que vers la fin du quinzième siècle, il s'était étendu à l'Europe civilisée tout entière. La foire de Francfort réunissait annuellement les libraires des différentes nations. Là ils communiquaient ensemble. Cette foire ne commença toutefois à prendre une grande importance pour la librairie que vers le commencement du seizième siècle -.

A l'origine, les imprimeurs trafiquaient entreeux par voie d'échange. On trouve la première trace de ce mode de commerce dans l'imprimerie du monastère des Saints Ulrich et Afra à Augsbourg en 1474 \ Les Frères de la vie commune qui dirigeaient à Rostock une des plus anciennes imprimeries de l'Allemagne du Nord avaient les mêmes procédés commerciaux. Non-seulement ils vendaient les ouvrages sortis de leurs propres presses, mais encore ceux qu'ils faisaient impiimer en d'autres lieux. Leur commerce s'étendait aux diocèses de Lübeck et de Schleswig, et même jusqu'en Danemark*.

Dès les premiers temps de l'imprimerie, Pierre Schöffer, le compagnon des travaux de Guteuberg, avait ouvert une librairie à Paris, et les ouvrages qui s'y trouvaient réunis en 147.3 étaient évalués alors à 2,425 écus d'or, somme très-élevée pour l'époque '\ La librairie établie, vers le même temps, à Nuremberg par les Koburger avait déjà une importance considérable en 1500. Koburger envoyait beaucoup de ses livres en Hongrie, dans les Pays-Bas, en Italie, et particulièrement à Venise. « Il avait des agents dans tous les pays -, dit Neudorler, ; et seize magasins ou dépôts dans les principales villes

' Voy. Kirchhoff, t. I, p. 1-6, et Serapeum, 13, p. .307, 315. — Sotzmann, p.535-539. — MONE, Ze/fw/i/v/M. I, p. 312. — WATTENB.iCH, Schriftu-cseit, p. 317-319. — Falk, Zur Beurlheilung des funfielintcn Jahrhunderts, p. 413, 414. — Catalogue de Laube dont Lempertz a fait le fac-similé. Bilderhefte, 1862, pi. 1.

-Hase, p. 67-68; Geiger, llcuchlia, p. 252.

^ KiucHHOFF, t. II, p. 40 et 90, note 17.

* Lisch, p. 37-41.

''SCHAAB, Buchdnicherkunst, t. I, p. 515. — Hase, p. 83.

de la chrétienté. « Ses relations commerciales semblent s'être étendues jusqu'en Pologne '. Il tenait si exactement ses livres qu'il pouvait toujours se rendre un compte exact de son immense commerce, et combler les vides qui se produisaient dans tel ou tel magasin par l'envoi de volumes tirés de dépôts bien pourvus. On peut citer les titres déplus de deux cents ouvrages, pour la plupart grands in-folio ^ sortis de ses ateliers et tirés à un très-grand nombre d'exemplaires antérieurement à 1500. Ce chifl're énorme peut donner une idée de l'activité de travail qui régnait dans ses presses. Il mit aussi un grand zèle à répandre les livres classiques édités par les presses italiennes. Dans cet ordre d'idées il fut le digne émule des grands libraires bâlois, Froben et Lachner, auxquels cette branche de commerce valait d'importants bénéfices. « Dans ce moment même, écrivait un savant de Bàle à l'un de ses amis, VVolfgang Lachner, le beau-père de notre Froben, fait venir de Venise une cargaison de livres classiques. Ce sont les meilleures éditions de l'imprimerie des Aide. Si tu désires en avoir, fais-le-moi savoir bien vite, et envoie-moi de l'argent comptant, car à peine un ballot de ce genre est-il arrivé, que déjà il y a tout autour trente amateurs pour un. Ils demandent seulement ce que cela coûte, et se disputent encore par-dessus le marché à qui en aura^

Outre ces noms, il faut encore citer au nombre des éditeurs les plus actifs et les mieux inspirés de ce temps François Birckmann de Cologne, qui fut le principal et le plus intelligent intermédiaire des échanges de livres entre l'Allemagne, la France et les Pays-Bas. Les relations qu'il entretenait avec l'Angleterre étaient si étendues qu'Érasme écrivait de Cantorbéry en 1510 que depuis longtemps Birckmann envoyait dans celte ville " presque tous les ouvrages qui paraissaient * » .

Mais ce n'était pas seulement dans les grandes villes, c'était aussi dans les petits centres que le commerce des livres prenait activité et vie. Pour n'en citer qu'un exemple, la librairie Jean Rynmann, à OEhringen, entretenait un commerce important avec les pays étrangers comme avec la haute et basse Allemagne. Plus tard, ce même Rynmann se fixa à Augsbourg et étendit son activité commerciale à

1 LocHNER, p. 173, 177. — Hase, p. 58, 66. — Voy. Baader, Jahrbücher fur Kunstwissenschaft, 1868, p. 235.

- Hase, p. ^3, et le Cat;tlogue des éditions, 90-95.

'Kirchhofe, t. I, p. 77. Sur le débit par les marchands allemands des ouvrafjes parus chez Aide, voy. aussi Geiger, Beziehungen zieischen Deutschland und Italien, p. 116.

* Kirchhofe, t. I, p. 92-120. Pour plus de détails, voy. Campbell, Annales delà typographie néerlandaise au quinzième siècle (la Haye, 1874). — Yov. Van DER LixüE, p. 105. — Reichlinc, Murmcllius, p. 8-9.

OUVRAGES EDITES. 15

toutes les branches de la science. On cite les noms de douze autres libraires établis dans cette ville à la même épociuc que lui '.

Ces quelques cilations suffisent pour montrer les proportions grandioses qu'avait prises la librairie allemande bien peu de (emps après la découverte de Gutenber(;'. '• Nous autres Allemands -, écrivait Wirapheling en I.507, nous dominons presque tout le marché intellectuel de l'Kurope civilisée. Mais aussi, ajoute-t-il, nous n'y offrons (juère que de nobles productions, qui ne tendent qu'à la gluire de Dieu, au salut des âmes et à l'instruction du peuple -.

Le plus vénérable de tous les livres, la Bible, avait le premier rang dans nos anciennes librairies. Pendant un siècle elle occupa plus que tout autre livre les presses de l'Occident \ En l.jOO, la traduction de la Bible d'après la Vulgate avait déjà été imprimée près de cent fois. La première œuvre d'art qui sortit des presses de Koburger fut une splendide Bible, éditée en 1483, et que Michel Wohlgemuth avait enrichie de plus de cent gravures sur bois. Outre ce chef-d'œuvre, Koburger publia plus de quinze éditions de la Bible, et Amerbach, -■" 1479 à 1489 K

■^nrimeurs du temps, qui étaient pour la plupart des '" et qui, en dehors de leur commerce, étaient grandes entreprises littéraires % tenaient i. / ■'■•'.■ olic de bonnes éditions correctes des écrits

des Pei^.^ es anciens scolastiques, et aussi des théolo-

giens et philosoj^.. l'époque; ils apportaient un grand soin à ces

publications, et s'efforçaient de n'en produire que des éditions irréprochables sous le rapport de la correction du texte comme sous celui de la beauté du caractère et du papier. Les éditions sorties des ateliers de Koburger, d'Amerbach, de Proben, de Schönsperger, de Rynmann et d'autres attestent suffisamment ce fait. Beaucoup d'ouvrages in-folio, imprimés quinze ou vingt ans au plus après l'invention de la typographie, sont d'incomparables chefs-d'œuvre, dont la beauté et la magnificence n'ont pu encore être égalées. Qu'on se souvienne du Psautier publié par Fust et Schöffer en 1457; c'est un modèle achevé de tous les genres d'impression ®. Les ouvrages de Sébastien Brant, de BeuchUn et d'autres humanistes allemands, imprimés par Bergmann von Olpe, sont aussi très-remarquables par la

' Kirchhoff, t. I, p. 11-39.

- De artf impressoria, p. 12.

^ Voy. Kallex, Geschichte der Vulgata, p. 304-309.

* Hase, p. -iS-Sô. La première édition d'Amerbach commence par ces mots : « Fontibus ex graecis, Hebraeorum quoque libris emendata satis et decoraia simul Biblia sum. » — Stockmeyer et Reber, p. 37-39.

* Voy. Krafft, Mitiheilungen aus der Cölner Universitälsmatrikel, p. 473-475. ® Voy. Falke.nstei.n, p 123-125.

netteté des caractères, la correction du texte et le luxe des éditions. Les gravures cjui les accompag^nent «ont pour la plupart comptées parmi les chefs-d'œuvre de l'art allemande Ces gravures que les libraires intercalaient dans les livres, les frontispices dont ils étaient ornés firent faire à l'art du graveur un progrès considérable ^

Ces éditeurs, ces libraires dont nous venons de parler, n'étaient pas uniquement guidés dans leurs travaux par l'espoir de bons résultats matériels. L'amour de la science et de la vérité les inspirait. Us mettaient un zèle sincère à les servir et n'hésitaient pas à faire de grandes dépenses pour le perfectionnement de leur art ^

Après la théologie, après la littérature sacrée, ce qu'ils se plurent surtout à favoriser, ce fut l'essor des études classiques. Sous ce rapport, outre les éditeurs déjà nommés, le savant Gottfried Hittorp , de Cologne , et les frères Léonard et Luc Alautsee , de Vienne, se sont acquis des droits immortels à la reconnaissance de la postérité^.

Pour le peuple, on publiait un nombre considérable de livres, dus, pour la plupart, à des ecclésiastiques : livres de prières, catéchismes, examens de conscience, paroissiens avec explications abrégées des épîtres et des évangiles, livres d'édification, recueils de chants sacrés ou profanes, écrits populaires, calendriers, annonces mortuaires et autres imprimés, nombreux traités sur les sciences naturelles et sur la médecine populaire. En résumé, les écrits allemands du quinzième siècle qui existent encore font concevoir une trèe-favorablc idée de l'état de la civilisation à cette époque, et montrent cjue le goiU de la lecture avait pénétré dans toutes les classes \ " Rien que dans le territoire d'Utrecht ^ écrivait sur la diffusion des livres allemands dans les provinces du Sud Jean Buch, prédicateur de la réforme catholique (1479), " il y a plus de cent associations libres de Sœurs e! de Béguines qui possèdent un nombre considérable de livres allemands, et les lisent tous les jours, soit en particulier, soit en commun, au réfectoire ". ;< Les notables de notre pays et des environs «, ajoute-t-il, " aussi bien que les gens du peuple, hommes et femmes, ont beaucoup de ces livres où ils lisent et étudient. » « A Zwolle, Zutphen et Deventer, partout, dans les villes et dans les villages, on lit et l'on entend lire des livres allemands ". =)

' Voy. Zarncke, la Xef des fous, L, LI.

- Voy. Springer, Gravures, p. 171-173.

^ Voy. ce que dit Jean de Müller [Geschichte der Schweizer Eidgenossen), t. V, p. 351, sur les imprimeries de Bâle.

* Voy. Kirchhoff, t. I, p. 41-68. — Sur les imprimeurs et les libraires de Vienne, voy, Aschbach, Wiener Universität, t. II, p. 126-127, 163.

^ C. A. Menzel, t. VIII, p. 231, a déjà appelé l'attention sur ce point.

^ EüSCHius, p. 926. — Voy. Grube, p. 163. « A Windesheira et dans d autres

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Naliirellemeiit, la pre.>:se reproduisait do prôfércncc les livres qui Irouvaicüt le plus d'aclieleurs et qu'on voulait davantage répandre. On peut donc conclure justement d'après le nombre des reproductions d'un ouvrage rimporlance et la valeur que lui attribuaient les conleniporains, et d'autre part calculer l'influence qu'exerçait un écrit, d'après le nombre de ses éditions. Aussi n'est-il pas sans importance pour la connaissance et l'appréciation de cette époque, de savoir que la Bible a été rééditée plus de cent fois en trèspeu d'années; qu'un ouvrage théologique de Jean Heynlin de Stein a eu vingt éditions de 1488 à 1500 '; que les œuvres pédagogiques de Wimplieling n'en ont pas eu moins de trente en vingtcinq ans % et que l'Imitation de Jésus-Christ a été reproduite, en différents langages, jusqu'à cinquante-neuf fois avant la fin du quinzième siècle \ Disons aussi qu'on possède encore aujourd'hui quelques exemplaires d'un recueil de proverbes allemands de dix éditions différentes \

La question de savoir à quel nombre d'exemplaires chaque édition était tirée ne saurait être résolue qu'approximalivement. Dans deux livres de Wimpheling, on lit que l'édition en était de mille exemplaires ^ Le tirage de la grammaire latine de Cochlaeus, que ce savant fît imprimer en 1511, fut également de mille ^, ainsi que d'autres ouvrages du temps. Il est donc presque certain qu'abstraction faite des grands in-folio, les éditions étaient ordinairement de mille exemplaires. Il est facile de calculer, d'après cela, quelles proportions prenaient la vente et la diffusion d'ouvrages qui comptaient trente et jusqu'à soixante éditions. Pour les livres de prières et d'autres du même genre, les éditions étaient sans doute plus fortes encore. Il en était de môme de certains livres célèbres pour lesquels on pouvait compter sur le grand public. Ainsi VEloge de la folie, d'Erasme, eut dix-huit cents exemplaires dès la première édition '.

D'innombrables livres du quinzième siècle ont été, ou perdus pendant les guerres religieuses et civiles qui suivirent, ou mis en oubli par suite d'une indifférence à laquelle ils commencent à peine à

couvents, il y avait, dès cette époque, de3 bibliothèques allemandes populaires mises à la disposition de tous. »

' H.viN, n°* 9899-9918.

- Id., n»' 16162-16167, 16177-16180, 16190. —Et Erhard, t. I",p. 455-460, n»'4, 8, 14, 25.

3 Id , n"' 9078, 9136.

* Anzeiger fur Kunde Deutscher Vorzeit. — 12, 13.

» WiSKOVATOFF, p. 56, notc 3.

^ Otto, p. 34.

■^ Stockmeyer et Reber, p. 89.

échapper. Néanmoins on peut estimer à plus de mille les ouvrages imprimés avant 1500 qui sont parvenus jusqu'à nous. Beaucoup d'entre eux ont trois et quatre volumes in-folio, et souvent davantage. Ce chiffre fait suffisamment apprécier l'acUvité intellectuelle, l'énergie laborieuse et féconde de l'époque dont nous nous occupons '.

' Geffcken, p. 1-3.

CHAPITHK II

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