LES ÉCOLES ÉLÉMENTAIRES ET L'INSTRUCTION RELIGIEUSE DU PEUPLE
Dans im caléchisme écrit en bas allemand (imprimé en 1470), du Frère mineur Dedericli Coelde, on lit, entre autres choses, au chapitre où il est question des devoirs des parents envers leurs enfants : - Il laut envoyer de bonne heure les enfants à l'école de maîtres estimables, afin qu'ils y soient formés au respect, qu'ils n'apprennent pas de vilaines choses dans les rues, et ne commettent pas le péché. Les parents ont grand tort qui ne consentent point à ce que leurs enfants soient punis par le maître d'école lorsqu'ils font mal. :■ Sébastien Brant, s'adressant aux parents, dit aussi dans la Nef des fous-: ■■ Quand on n'envoie pas les enfants à de bons maîtres, ils grandissent pour toute espèce de mal et deviennent des blasphémateurs, des joueurs et des débauchés. " " Voilà ce que deviennent ces enfants qui, dans leur jeunesse, n'ont pas été bien disciplinés et n'ont pas eu un bon maître, car le commencement, le milieu et la fin d'une vie honorable, c'est une bonne éducation*. »
Dans V Introduction à l'Examen de conscience, livre destiné à préparer les fidèles à la digue réception du sacrement de pénitence (1478), le chapelain Jean Wolf dit aussi « qu'on doit aux instituteurs le même respect, le même amour, la même obéissance qu'à ses parents selon la chair ». u Le maître qui t'a instruit pendant tes jeunes années, dit-il, est devenu ton père spirituel par les soins et l'instruction qu'il t'a donnés. Son enseignement ne saurait être payé avec de l'or et de
' Les renseignements que nous possédons sur rinstruction secondaire au moment qui nous occupe, sont en très-petit nombre. Ils suffisent cependant pour établir l'existence de nombreuses écoles et l'importance qu'où attachait alors à l'instruction. Ils témoignent aussi en faveur du zèle que mettait le clergé à favoriser l'instruction populaire.
* Xe/ des fous, § 6.
l'argent, parce que ce qui a rapport a Tàme est infiniment plus élevé et plus noble que ce qui a rapport au corps. L'argent que l'instituteur a reçu pour t'avoir instruit a été depuis longtemps dépensé pour les besoins de son existence, au lieu que toi », dit Wolff au pénitent, " pendant dix ans, vingt ans, cinquante ans, peut-être, tu liras, tu écriras, tu profiteras de ce qui t'a été enseigné. " Le pénitent doit donc bien s'examiner sur ces choses, et bien se demander " si, par exemple, il n'aurait pas gardé rancune au maitre des coups qu'il en a reçus ' ".
(Juant à ce qui regarde les devoirs des instituteurs populaires, il leur est demandé de seconder efficacement l'Église dans l'enseignement du catéchisme à la jeunesse. On lit dans un excellent petit ouvrage d'enseignement et d'édification, paru en 1498, et intitulé le Guide de Vâme : - Les maîtres d'école doivent enseigner aux enfants la doctrine chrétienne et les commandements de Dieu et de l'Église. Ils doivent suppléer à tout ce (jue les pères de la doctrine (c'est-à-dire les prêtres) ne peuvent suffire à faire dans les sermons et autres instructions spirituelles, et leur venir en aide-. -^
L'enseignement, alors, n'était pas obligatoire; cependant les écoles étaient très-fréquentées, comme le prouvent beaucoup de documents conservés dans de grandes et de petites villes, et même dans de simples villages. Le maitre d'uue école de lecture et d'écriture à Xanten (Bas-Rhin) se plaint que lui et son aide ne suffisent plus au grand nombre des écoliers, et demande qu'un sous-maître leur soit adjoint, sur quoi le conseil de la ville leur en accorde un, ainsi qu'à un autre instituteur de la même ville, en les invitant à s'entendre avec les parents pour la rétribution scolaire ^ (1491). On voit d'après un document datant de 1494 qu'à Wezel il y avait cinq instituteurs, chargés d'enseigner à la jeunesse « la lecture, l'écriture, le calcul et le chant d'église ". A Noël, en cette même année, les instituteurs sont traités et récompensés par le clergé de la ville; chacun d'eux reçoit du drap pour se faire un habit neuf, et uue petite pièce d'or; car, dit le compte rendu, « ils l'avaient bien mérité, et il était juste qu'ils fussent récompensés ^ ". En bien des localités, les directrices des écoles de filles pouvaient s'applaudir du grand nombre de leurs élèves. A
' Voy. Brück, 9, 35.
- P. 17. Wulff exhorte également les inslituteurs à enseigner à leurs élèves les coraniandements de Dieu.
* Comptes de la ville en 1491. Archives de Xanten d'après les notes manuscrites du chanoine Pelz (fol. 73).
* Notes du chanoine Pelz, fol. 74. — Pour plus de détails, voy. Nettesheim, et aussi le travail de Falk, Schulen am MHielrhcin, p. 157. — Sur les écoles des autres parties de l'Allemagne, voy. Meister, Die deutschen S ladt Schulen, p. 31-32 ; Nettesheim, p. 79 et suiv. Une statistique faite en 1526 par des inspecteurs luthériens, et présentée au prince électeur, établit incontestablement que des écoles populaires existaient dans les villages de la Saxe antérieurement aux troubles reli-
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Xanfcn, une liaison d'édiicalion ([ui devait vraisemblablement son existence ä l'initiative de Nicolas de Cusa, comptait, en 1407, quatrevinpjt-quatre jeunes filles, appartenant soit ä la noblesse, soit à la bonrceoisie. Alde{}onde de [lorslmar se trouvait alors à la tète de cette maison. Elle avait été instruite par les ■-■■ Frères de la vie commune -^ et se dirijyeait d'après leurs conseils dans l'éducation de ses élèves '
Le prix qu'on attachait à l'instruciion, la considération dont étaient entourés ceux qui se vouaient à l'éducation nous sont attestés, parmi d'autres preuves, par l'imporlancc des honoraires que recevaient les inslitulcurs. Jusqu'à la fin du moyen âge, on n'entend nulle part les maitres d'école se plaindre de l'insuffisance de leur traitement*. Dans un temps où pour un florin on pouvait acheter de 90 à 100 livres de viande de bii'uf, 110 à 120 livres de viande de porc, le maître d'école de Wecze, villap;c du diidié de Clèves, recevait on premier lieu de la commune : 4 florins, 4ô boisseaux de seigle, 32 de froment, 4cS d'avoine, plus fiO bottes de paille. La commune lui assurait en outre la jouissance d'une maison avec jardin, d'un jardin potager d'un tiers de journal, et la libre jouissance d'une prairie d'un journal. Chaque écolier devait lui payer 5 stubers par mois en hiver et 3 en été, et il recevait annuellement de 2 à
{jieux du seizième siècle. — D'autres recherches historiques prouvent également l'existence d'écoles dans les villages dès la fin du quatorzième siècle. Voy. Kamiiel,
p. 14, 27, 34, 45-Î7. — Voy. [àeiCHE, Gesch. des Gymnasiums St. Elisabeth in Breslau,
1843, p. 3-8. On envoyait les enfants à l'école dès l'âge de six ou sept ans. Voy. Ennen, Gedcnhbuch d'Ilerniann WEiNSREnc, dans le Zeitschrift fur deutsche Kulturgeschichte, 1874, p. 47. Voy. Spreng, p. 21-22, et aussi la feuille extraite du formulaire de Strasbourg, 1483. On y voit que les instituteurs acceptaient pour trois ans la direction d'une école. ^ Pour le logement et la rétrijjuiion. il percevra soixante bons gülden du Rhin par an, et de plus quinze gülden d'or toutes les fois que reviennent les jeûnes des Ouatre-Temps. -
' Pelz, Colleeianeen. fol. 72. Sur les écoles de filles à Spire et Überlingen. — Voy. MONE, Zeitschrift, t. I, p. 263, et l. II, p. 153. .\ Siegen, on trouve à l'époque dont nous nous occupons deux écoles de filles. Voy. G. Achenr.vch, Kirchliche
Anrichlungen der Stadt Siegen vor der Reformation (Siegen, 1881. p. 17). Kn 14Ô7 fut
construite à Venlo, ainsi qu'on le voit dans les comptes de la ville, une nouvelle école dans laquelle les enfants des deux sexes étaient rassemblés dans des locaux différents. Voy. Xettesheim, p. 85, 86. k Emmerich, en 1445, un traité fut signé entre la ville et le chapitre. La ville, d'après ce traité, acquit le droit de nommer une, deux institutrices et même davantage pour le service de l'école des filles. Le conseil de la ville devait les présenter au chapitre. Voy. les documents fournis par Nettesheim, Suppl., 2 D. — Voyez Kohlet,, p. 10. — Pelz rapporte qu'il existait au quinzième siècle, à Clèves, une école de gentilshommes. Il y avait aussi une école spéciale pour la noblesse du Uheingau. — Voy. F.vlk. Kunst und Wissenschaft, p. 339-340. La noblesse de Speyergau avait aussi son institut spécial dans le couvent des Augustins à Ilerdt, près Germersheim, où les religieux appartenaient à l'ancienne noblesse. Voy. Remling, Klöster, t. Il, p. 34.
- Kriegk, dans son livre : Ueutsches Bùrgerthum, nouvelle série, p. 67, a déjà fait allusion à ce fait.
3 florins environ, pour le service de l'église. Il est fait mention, en (510, dans les archives communales de Capellen, près de Gueldre, de l'obligation imposée à tout paysan faisant instruire ses enfants de donner à l'instituteur 12 boisseaux de blé et, s'il a un attelage à lui, une charretée de bois '. A Goch, le directeur de l'école recevait, depuis 14.50, outre le logement, la rétribution scolaire et différents dons faits par les élèves, 8 florins d'Arnheim. Plus tard, une fondation pieuse lui assure encore un revenu de 3 flor. 1/2 d'or rhénan, à charge par lui de chanter les laudes avec ses élèves. Or, le greffier de la ville ne touchait que 5 florins, et les deux bourgmestres réunis ne recevaient pas davantage-. A Eltville, dans le Rheingau, les appointements du maître d'école montaient à 24 florins par an; de plus, chaque écolier était tenu de lui payer 3 albus. A Kiderich, ville de la même province, les instituteurs recevaient de 30 à 90 florins. Le maître d'école de Seligenstadt sur le Mein avait, outre le logement et le vin, 32 boisseaux de froment et la rétribution scolaire que devait fournir chaque écolier \ Dans les écoles de Culmbach el de Baireuth, le maître de latin recevait plus de 75 florins d'or par an, outre la nourriture gratuite \
Nous ne pouvons faire une juste évaluation du traitement des instituteurs dans ces diverses écoles qu'à l'aide de comparaisons : En 1451, les dépenses faites par le jeune gentilhomme Ort, de Francfort-sur-le-Mein, à l'Université d' Erfurt, pour la nourriture, le logement, l'habillement, le blanchissage, les honoraires des professeurs, etc., ne montèrent pas, pour toute une année de séjour, au delà de 26 florins pour lui et son gouverneur \ Un étudiant de Francfort en pension chez Ulrich Zasius, professeur à l'Université de Fribourg au commencement du seizième siècle, lui payait 10 florins par an ^ Jusqu'en 1515 et à l'époque où l'argent avait déjà subi une forte dépréciation, un foudre de vin se vendait 9 florins '. Le traitement d'un simple maître d'école comme celui
' Collectaneen de Pelz, p. 78.
- Voy. BergrvTH, Beiträge zur Geschichte der Schulen im Goch, dailS la Zeilschrift für Erziehung und Unterricht de V.EGS (Cologne, 1859, t. VlII, p. 76-81). — Vov. les détails sur les appointements et autres revenus des instituteurs. Xettesheim. p. 115-127. — Voy. les renseignements sur les appointements des maîtres d'école, extraits des anciens droits et usa;;es de la ville de Frankenberg par .Jean Em:merich (y 1494). Schulhlall für die Proriuz Hessen-.Vassau, 1874, p. 55.
' F.4.LK, Schulen am Mittclrhein , p. 1.36, 139. Z\UN, Gesch. von Kiderich, p. 156. Sur les émoluments des maîtres d'école dans les différentes villes, voy. Kettesheim, p. 114.
* L.VNG, Geschichte des Fiirslcnlhums Bayreuth, t. I, p. 69-70. — Vov. IlvssELT, t. IV, p. 168.
^ Voy. Anzeiger fur Kunde Deutscher Vorzeit, t. I\. p. 45-46.
* Curieuse Xachrichlen, p. 47.
^ KuiECK, p. 244.