RÉVOLTE EN SOUABE
ses du pays); on disposera de leurs cures. Les vassaux des princes et des seigneurs entreront dans l'Union, ou seront obligés de quitter le pays, avec femmes et enfants. Les ouvriers et les soldats, en ce moment absents, ne devront s'opposer en rien à l'Union, mais au contraire l'avertir de tout péril pouvant la menacer et, en cas de danger, se hâter de retourner dans leur patrie pour contribuer à son salut. Les dîmes, rentes et redevances ne seront pas payées jusqu'à la future réorganisation de la constitution. L'Union chrétienne déclarait à la ligue souabe qu'elle n'avait d'autre but que l'établissement du droit divin, qu'elle était décidée à se soumettre à tout ce qu'il réclamait, et ne reconnaissait d'autre juge dans sa cause que la seule parole de Dieu '-. Le conseil de la ligue ; appréhendait fort '■ que l'Union chrétienne n'eût des intelligences secrètes avec Ulrich de Wurtemberg'.
Pendant ce temps, à la tête de ses compagnies, Ulrich s'était mis en campagne pour reconquérir son domaine. Après la victoire, il se proposait d'envahir la Bavière et de la mettre à feu et à sang, pour se venger des ducs bavarois qui, jadis, avaient pris une part active à son bannissement -. Ses soldats étaient mal équipés, il avait une artillerie insuffisante; mais il espérait que le conseil de régence autrichien, faible et peu sympathique à la nation, ne ferait pas grande résistance, et que la population viendrait au-devant de lui avec empressement, dès qu'il aurait mis le pied sur le sol du Wu^temberg^ « Il s'empare de tous les vivres «, écrit à son sujet le 28 février le conseil de Villingen à celui de Fribourg; « il ne donne rien à personne. Au village de Denkingen, il est entré à l'improviste dans l'église; lui et ses soldats ont pillé tout ce qui s'y trouvait. Nous savons de source certaine qu'il n'a pas plus de cent chevaux et de dix mille Suisses. Ses gens sont indisciplinés, dissolus, mal équipés ; peu ont des fusils, et beaucoup n'ont point d'armes du tout. " Le 2 mars, le conseil de Villingen écrit encore que quelques bandes de Suisses et de paysans commencent à abandonner le duc : " Ses hommes s'égrènent par cinq, six, dix, quinze, vingt. Hans Müller, le chef des paysans de Stühlingen, a déjà opéré sa retraite, entrai-
' Balmaxn, Oberschtcàbische Bauern, p. 25-38. — Cornelius, Zur Geschichte de Bauernkriegs, p. 41-44.
- Voy. ces relations dans Vogt, Bayerns Slimmung und Stellung^ p. 41-48.
^ Un document impariial, une lettre du chevalier Sébastien Schilling au duc Guilldumede Bavière.prouveclairemenlqu'llrich pouvait compter sur l'appui des paysans. ^ Les gens des campagnes - , écrit Schilling le 25 février 1525, « ne s'opposeront point au duc ülii( h, car ils aiment mieux avoir un maître que vingtquatre; OH leur a jiTomis beaucoup de fareurs et de privilèges, mais on a peu tenu. En résumé, les paysans sont très-peu dispi^sés à accorder aux conseillers de la Régence autrichienne leur confiance et leur foi. -—Voy. Jörg, p. 4l3. — Vogt, p. 40-41.
IXSUCCKS D'ULRICH. 1525. 503
nant à sa suite cent cinqii.inte hommes de pied. Ils donnent pour raison de leur défection que le duc ['Iricli, après leur avoir beaucoup promis, ne leur donne point d'argent et n'en a pas davantage'. "
Cependant Ulrich avait réussi à surprendre quelques villes et s'avançait vers Stuttgard; mais bientôt une nouvelle falale à ses intérêts vint arrêter tous ses projets. Son protecteur et bienfaiteur, François I", venait d'être vaincu et fait prisonnier par les Impériaux à la balaiile de Pavie(2i février i:)2.>)-. Le 10 février, François écrivait encore à Ulrich qu'il espérait avoir bientôt u de bonnes nouvelles à lui mander », et voilà qu'il se voyait lui-même réduit à la plus triste extrémité. La diète suisse, dès qu'elle eut appris l'événement, se hâta de rappeler ses hommes d'armes, leur enjoignant d'obéir sans délai, sous peine de ban ou de rigoureux châtiments; mais avant même d'être informés de cet ordre, plusieurs milliers de Suisses s'étaient débandés, mécontents de n'avoir pas reçu leur paye jusquelà, et se conduisant, selon l'expression d'Ulrich, « comme de misérables parjures et des déserteurs infâmes -. Cet exemple influença le reste de l'armée; tous les jours, les rangs s'éclaircissaient, si bien que le duc se vit enfin contraini de chercher son salut dans la fuite \ Le 17 mars, il était de retour à Ilohentwiel. « Qae toute l'affaire aille aux cinq cents diables! => disait-il. La ligue souabe, commandée par le sénéchal Georges de Waldbourg, avait eu vraiment peu de peine à mettre à la raison ce fou dangereux, et sa retraite lui fut très-avantageuse, car elle eut ainsi la main libre, et put concentrer toutes ses forces contre les paysans de la haute Souabe. « Mais la révolte d'Ulrich avait coûté la vie à des centaines de pauvres gens, et ses secrètes intelligences avec la plus vile populace laissaient encore redouter bien des maux\ »
" .le ne cacherai pas à Votre Grâce », écrivait d'Ulm à l'évêque de Wurzbourg le docteur Nicolas Geys, conseiller du prélat, « que, bien que le duc de Wurtemberg, ses lansquenets et ses Suisses se soient retirés, les uns en Suisse, les autres à Hohentwiel, les paysans
' Voy. Schreiber, t. II, p. 15-16.
- Le 10 mars 1525, l'archiduc Ferdinand écrivait au sénéchal Georfjes - qu'il se confiait en Dieu, et que, puisqu'il avait vain u les principaux appuis du due, les Français et les Suisses, et que lt;s intri,;ues du roi de France, si nuisibles à lui et à la maison d'Autriche, venaient d'être déjouées, la victoire sur de moindres ennemis serait sans doute la conséquence d'un si heureux début. « — Baumann, Acteti, p. 149-150.
^ Ulrich, ' au désespoir et versant des larmes, promit aux soldats qu'ils pourraient retenir en caution les terres qu'ils allaient conquérir. Tout fut inutile. " — Ketzler, Sabbata, t. I, p. 365.
* Voy. Stalin, t. IV, p. 263-268. Rapport d'un agent de l'archevêque Richard de Trêves; voy. plus haut, p. 495.