‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 438 sur 477 · INSURRECTION A ROTHENBOURG SUR LA TAUBER. I52Ö · texte numérisé non relu

INSURRECTION A ROTHENBOURG SUR LA TAUBER. I52Ö

regarder faire, et les laissait libres d'agir à leur fantaisie et de se réunir les uns aux autres, les paysans accoururent de toutes parts, et la horde devint tous les jours plus redoutable. L'audace des révoltés allait aussi en augmentant. Dès qu'ils avaient établi leur camp dans un endroit, les couvents étaient envahis, les presbytères pillés, les coffres et les caves vidés, et l'on faisait ripaille avec tout ce qu'on trouvait à boire ou à manger. Cette nouvelle manière de comprendre la fraternité plaisait extrêmement aux paysans, car pour la pratiquer il ne s'agissait que de bien se soûler, de manger, de boire et de ne plus payer d'impôt. On a rarement vu une réunion de gens plus grossiers, plus goulus, plus ivrognes. S'ils n'avaient commis plus d'un assassinat et mis le feu aux châteaux, je me demanderais si leur conduite ne doit pas plus justement s'appeler farce de carnaval que guerre; les paysans, comme chacun sait, sont portés à faire du tapage, à se livrer à la licence et à la folie pendant les jours du carnaval. C'était bien plutôt une échauffourée de rustres, une bataille d'ivrognes, qu'une guerre proprement dite. Pour abréger, personne ne sut se défendre. Les paysans apportaient avec eux leur capital. Ce qu'ils trouvaient en plus était bénéfice net^ '

Rothenbourg était le foyer de l'émeiile; de nombreux prédicants, missionnaires ambulants ou résidant dans la ville, y prêchaient la " liberté évangélique • . Un paysan des bords du Ries parlait « en maint endroit, mais principalement dans la plaine où était établi le tir à l'arquebuse, et le peuple se pressait autour de lui ". - D'autres orateurs prêchaient sur la place du marché, dans les rues, dans les cimetières, faisant part à leurs auditeurs de ce qu'ils avaient trouve dans leurs livres concernant les idées nouvelles. « « Tout ce qui, dans leurs discours, accusait les autorités était avidement recueilli par la foule. Les ouvriers interrompaient de temps en temps l'orateur pour faire valoir leurs griefs personnels, avec grande abondance de paroles et force imprécations séditieuses. Tout cela se passait au grand jour, personne ne songeait à s'y opposer-. " Parmi les prêtres apostats, le Carme aveugle Hans Schmid, surnommé " le renard ;, et le prédicant de la chapelle Sainte-Marie, Jean Deuschlin, le même qui avait poussé le peuple à assaillir la synagog:ue et à tomber sur les Juifs, se faisaient surtout remarquer. Ces deux exaltés attaquaient avec violence les pouvoirs spirituels et temporels, et soutenaient que personne n'était obligé de payer au clergé une redevance quel-

1 Laurent Fries, 9-10, 22-23, 30. — Voy. 64-65.

^ Thomas Zweifel, dans B\uma.n.\, QueÙen aus Rotenburg, p. 11-12.

INSURRECTION A R OT II K N I! 0 T R f; SFR LA TAURKR. 1525. 523

conque. < Aussi le peuple rlaii-il de plus en plus irrité contre l'aulorilc, et (joiUail-il de plus <'ii plus les sermons de Deusclilin. Les bourgeois se rassemblaient dans la maison de ce dernier. » Carlstadt, chassé de Saxe et de retour à Iiothcnbour^j, était, avec ces deux hommes, « la cheville ouvrière cl le principal moteur de la révolution ». La doctrine de la charité [raleruelle et évaugélique, (jui prescrit la communauté de biens et condamne tout pouvoir humain, « séduisait extrêmement l'Iiomme du peuple des villes et des campagnes ' . Il voulait (pi'à l'avenir nul ne piU posséder une fortune plus élevée que celle de ses frères, et qu'on fût obligé de prêter à (pii était dans le besoin, sans que personne pût jamais exiger le remboursement de ce qu'il avait avancé. Peu à peu, comme cela s'était déjà vu ailleurs, un parti puissant, composé de prolétaires, de bourgeois ruinés, de petits hobereaux des environs et d'" intrigants de villages > , se forma dans la ville. Tous prétendaient n'avoir en vue que l'établissement de l'Évangile et l'abolition de ce (jui était contraire au texte littéral de la parole de Dieu, car < toute plante que le Père céleste n'avait pas plantée devait être déracinée . Beaucoup de bourgeois pactisaient ouvertement avec les paysans révoltés, et promettaient de les faire pénétrer dans la ville, pour piller et massacrer avec eux les conseillers et les riches.

Etienne de Mcnziujjen, autrefois au service d'Ulrich de Wurtemberg, jeune noble plein de capacité et d'énergie, était l'un des chefs du mouvement. Il avait le don de la parole, mais son caractère était « double et faux' ». C'est à son instigation que, vers la fin de mars 1525, l'ancien gouvernement de la ville fut renversé, et bientôt après le culte catholique aboli. « Le 24 mars », dit une relation du temps, on a brisé dans le cimetière la tête et les bras du grand crucifix. Le vendredi saint, tous les offices ont été supprimés. .lean Deuschlin seul a prêché; il a accablé d'injures l'Empereur, les rois, les princes et les seigneurs, les accusant de mettre obstacle à la parole de Dieu. Le moine aveugle a parlé ensuite. Il a dit que le Saint Sacrement était une idolâtrie. Le saint jour de Pâques, on n'a ni chanté ni prêché à l'église; le lendemain, Carlstadt a parlé contre le Sacrement-. Ouelques jours auparavant, il avait invité le peuple à briser les images; le lundi de Pâques, quelques meuniers et gar çons meuniers se réunirent dans la vallée de la Tauber, proche de la ville, entrèrent en tumulte dans la belle église de Notre-Dame, à Kobenzell, brisèrent les verrières, profanèrent les autels et commirent d'ignobles sacrilèges. Les missels, les tableaux, œuvres en

' Sur Menzinjîen. voy la chronique de Zweifel. Voy. aussi ses aveux dans Bau- MArSN, Quellen aus Rotevhwij, p. 542-545.

- Voy. BaüMann, Quellen aus Rotenburg, p. 596-598

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