RÉVOLTE EN FRANCONIE
C'est à une conclusion semblable, c'est au massacre général de tous les tyrans que visaient les insurgés, surtout ceux de Franconie, qui déclaraient hautement vouloir anéantir et broyer " le clergé, la noblesse, en un mot toute autorité ' arrogante et fastueuse •.
L'émeute éclata en premier lieu à Hothenbourg, ville libre de Franconie. Le 2i mars, raconte Laurent Fries, - les paysans se rassemblèrent dans la landwehr; ils allèrent camper à Bretheim, et invitèrent tous les colons des domaines environnants à venir les joindre. Ils déclaraient ne plus vouloir de maître, et se disaient affranchis des charges toujours plus nombreuses dont leurs seigneurs les accablaient : dîmes, impôts, douanes, corvées, impôts d'héritage, redevances, censives, tailles, servitudes, etc., et annonçaient leur résolution bien arrêtée de marcher avant peu sur Wurzbourg, d'en chasser les prêtres, les moines et les religieuses, et de s'emparer de leurs biens. » <; La nouvelle de leur soulèvement se répandit rapidement dans les bourgades et villages environnants, et les pauvres gens en éprouvèrent beaucoup de joie. Plusieurs se hâtèrent de courir aux informations, demandant aux
saiivafîe fureur, même en Thuringe, avant la publication du premier écrit. Le 16 avril Mélanchthon écrivait à Camerarius : Lutlierus articules rusticorum scripto publico imnrohabii et tamen principes ad cequitatem horiabiiur. ^ Corp. Reform., t. I, p. 739. Du côté catholique, on a avancé que Luther, après la défaite des paysans, s'était détourné d eux. et n'avait publié son second écrit que parce qu'il sentait bien que leur cause était perdue. Cette supposition n'est pas plus exacte que la première. Dès le 4 mai, au fort de la révolte, Luther ordonnait à .Jean Rühel, conseiller de Mansfeld, de ne pas chercher à attendrir le comte Albert, qui s'apprêtait à châtier énergiquement les révoltés. Le comte devait se servir du gl^ivCi et les traiter comme des meurtriers et des parjures, " tant qu'une veine palpiterait dans son corps -. De Wette, t. II, p. 653. Dès S!)n premier manifeste, Luther juge sévèrement l'insurrection. Bien que cet écrit semble peu propre à pacifier les esprits, on ne peut nier qu'en présence des effroyables ravages de la révolution, il n'ait sincèrement désiié amener entre les partis un accommodement pacifique. La preuve en est qu'il prit soin de répandre une seconde édition des articles du traité de Weingarten (voy. plus haut, p. 506), dans l'espérance « que Dieu donnerait peut-être sa grâce à l'Allemagne, et que les paysans, renonçant à leurs sanglantes et damnables entreprises, se laisseraient persuader de conclure la paix -. C'était avec joie, disait-il dans la préface, qu'il avait lu le traité de Weingarten; il le regardait comme une preuve de la grande miséricnr.lc de Dieu, dans les temps sauvages et barbares où l'on vivait. ■> Sämmil. U'crkf, i. i.xY, p. 2. L'attitude de Luther, pendant la guerre des paysans, ne saurait donc être suupç .nnée de duplicité; mais en ses deux manifestes, comme à son ordinaire, il se laisse guider par la passion. Dans le premier, il dépasse la mesure en s'emportant contre les princes et surtout contre le clergé; dans le second, il accable injustement les paysans.
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révoltés les motifs de leur soulèvemenl, leurs plans, leurs inlentioris. lîevenus chez eux, ces jjens portèrenl aux nues Tcnl reprise des insurgés, grossirent les (aits, et préfèrent au mouvement une importance qu'il n'avait pas. Sur quoi l'humeur ardente, inquiète, turbulente de la population s'enflamma de telle sorte <iu'en beaucouj) de localités des souièvemenls eurent lieu. Le dimanche de Lœlare (26 mars), les paysans d'OberschipF, dans l'Odenwald, se rassemblèrent, attachèrent un soulier sur une perche, et marchèrent au son du tambour sur l nlerschipf. Les villageois du territoire de la ville vinreul au-devant d'eux, portant un crucifix, et tous ensemble allèrent à rauberjvc prendre le vin sacré de l'alliance. Là, les nouveaux amis firent bombauce et se soûlèrent à cœur joie. »
Comme l'émeute menaçait de gagner l'évéché de Wurzbourg, l'évéque Conrad de Thiingen assembla " ses nobles conseillers », pour conférer avec eux sur les mesures à prendre. Quelques-uns furent d'avis de ne pas perdre de temps, d'agir avec une grande vigueur, et de profiter du moment où il était encore possible de se rendre maître de l'insurrection; il fallait, disaient-ils, confisquer les biens des rebelles, proscrire leurs femmes et leurs enfants, et brûler quelques villages, afin qu'ils comprissent tout de suite qu'on était bien décidé à leur résister. Sans nul doute, avertis de cette manière, beaucoup, au lieu de courir à l'émeute, resteraient à la maison, et ceux qui étaient partis se hâteraient d'y revenir. La horde diminuerait journellement, et malgré bien des ressentiments secrets, on pourrait espérer venir à bout des rebelles. Mais d'autres membres du conseil épiscopal rejetèrent ce plan, disant que la révolte n'éclatait pas seulement dans l'évéché de \Vurzbourg, mais dans ceux de Mayence, de Bamberg, dans le Falatiuat, dans le marg^raviat de Bade; personne, parmi les princes et électeurs de ces pays, ne prenait le parti d'une répression énergique; si doue leur seigneur l'évéque prétendait résister de front à l'émeute et donnait le premier le signal de la répression, il s'attirerait les reproches motivés non-seulement des paysans, mais des princes. Puis, l'évéque avait bien peu de monde à sa disposition; si la fortune le trahissait, si les paysans étaient vainqueurs, quelle force n'acquerraient-ils pas! quelle arrogance serait la leur! Et d'autre part, à quelles pertes, à quelle ruine l'évéché et la chevalerie ne se verraient-ils pas exposés! Pour tous ces motifs, il semblait préférable de patienter encore, jusqu'à ce qu'on sût le parti que prendraient les princes voisins, aux portes desquels le feu était également. En attendant, il fallait réunir les états du pays, et délibérer sur ce qu'il convenait de faire. L'évéque se rangea à ce dernier avis. "
Voyant donc », continue Fries, ' que l'autorité se bornait à