‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 450 sur 477 · THOMAS IVI U N Z E R EXCITE LES HÉ VOLT ES AU MEURTRE · texte numérisé non relu

THOMAS IVI U N Z E R EXCITE LES HÉ VOLT ES AU MEURTRE

fut déposé. Un conseil ' perpétuel », composé exclusivement de partisans de Miinzer, fut élu. « On rencouire encore à Mulhausen ", écrit Sit lieh de Berlepsch au duc Georp^es, « plus d'un d'hounéte bour{;eois auquel cet événement cause une peine sincère; mais les prédicants, qui sont d'habiles intrigants, ont foit cause commune avec la populace mutinée, et ont tellement envenimé les choses que les l)raves gens n'ont plus aucune chance d'être écoutés. » Le conseil perpétuel était en grande partie composé de pauvres hères et d'aventuriers. « Les nouveaux magistrats disent à qui veut les entendre qu'ils peuvent disposer de cinq ou six cents hommes, et qu'ils ont reçu des forces nouvelles des paysans de la forêt Noire, lesquels demandent aussi à faire partie de l'Union. » « Les communes des environs sont presque toutes gagnées au parti de la révolte; les paysans répètent que Dieu seul est leur maître, et qu'ils ne se soumettront à aucun autre. »

• Nous ne voulons que le règne de Dieu, nous n'acceptons aucune autre autorité ", prêchait Münzer. On ne pouvait plaire à Dieu, disait-il, si l'on ne revenait à l'état primilif et si l'on n'adoptait la communauté des biens. Les paysans des environs de Mulhausen se rassemblaient par milliers pour entendre cetle » heureuse annonce du royaume de Dieu ". routes les fois que Münzer prêchait, des chœurs déjeunes gens et déjeunes filles, disposés près de lui, chantaient les promesses faites par Jéhovah aux fils de .Inda : « Demain vous vous mettrez en route, et le Seigneur sera avec vous! " Les pauvres gens de la ville ne voulaient plus travailler; l'un d'eux avaitil besoin de hlé ou de linge, il allait aussitôt chez un riche, et prenait tout ce qu'il lui fallait; il appelait cela agir i- d'après le droit chrétien ». Parmi les propriétés ecclésiastiques confisquées. Münzer s'attribua le château des chevaliers de Saint-.lean, avec toutes ses redevances : il fit fondre des arquebuses et des balles dans l'ancien couvent des Carmes, et appela la populace aux armes. Pendant ce temps, ses disciples allaient de tous côtés prêcher le royaume de Dieu. En ses manifestes ardents. Münzer invitait les popula'ions à massacrer les princes et seigneurs. « Chers frères, combien ue iemps dormirez-vous? » écrivait-il aux mineurs du comté de ^Linsfeld. « A l'œuvre! sus! combattez le combat du Seigneur, il en est temps! Animez vos frères à ce saint combat; qu'ils ne se raillent point du témoignage de Dieu; sans cela, ils périraient tous. Voici que les pays allemands, français, welches, se sont tous soulevés ! Le Maître va jouer son jeu, les méchants tombent! A Fulda, pendant la semaine de Pâques, quatre abbayes ont été saccagées. Les paysans du Hegau, du Klettgau et de la forêt Noire se sont levés, forts de plus de trois cent mille

DI^VASTATION DES COirVENTS IT HKS A » B A Y H S . Ij26 555

lioriimcs, e( l.i l);iii(lc j;r(»ssi( tous les jours! A votre tour, à

l'<ruvrc, en avant, il est lenips! <juc les scélérats soient chassés comme des ciiieiiseura}iés. \c \ous laissez pas séduire |)ar une pitié coupable; si même Ksaii venait à vous avec de l)onnes paroles, ne l'écoutez pas. iNe vous arrêtez |)as à plaindre la détresse de l'impie; cncomaj-ez à vous suivre les villages et les villes, et surtout les ouvriers mineurs. Appelez d'autres bons camarades à la besogne, et qu'ils s'y mettent de tout cd'ur. Il ne vous est pas permis de dormir plus l()n{;lemps. Les pa\saus de l'EichsIeld viennent de se divertir aux dépens de leurs sei{jncurs; ils ne leur ont point fait de <juarlier; suivez leur exemple! En avant, en avant, en avant, tandis que le fer est chaud! Oue le sanp,- ne se refroidisse pas sur la lauK; de vos épées! Pink, pank sur l'enclume de .Nemi"od! Oue tous tombent sous vos coups! Tant que les nobles seront eu vie, vous ne serez pas affranchis de la crainte humaine; tant qu'ils régneront sur vous, vous ne pourrez vous dire les enlants de Dieu! Sus, sus, en marche pendant que le jour brille! Dieu vous précède, suivez-le! Votre histoire est écrite au chapitre vingt-quatre de saint Matthieu. JNe vous laissez pas effra\er, car Dieu est avec vous. Ce n'est pas votre combat, mais celui du Seigneur que vous livrez; ce n'est pas vous qui combattez, c'est Dieu. Donc, que votre attitude soit énergique et mâle, et vous verrez infailliblement le secours du ciel venir à vous! ■• -. Tandis que .losaphat prononçait ces ])arüles -, dit l'Flcriture, il fut anéanti. » « Agissez de par Dieu, il vous fortifiera; rejetez toute crainte humaine, inspirez-vous de la véritable foi! Amen! - Cette lettre était signée : Thomas Miinzer, serviteur de Dieu, envoyé contre les impies *.

Tandis que Miinzer poussait ainsi les populations à ce qu'il appelait le > divin massacre -, Pfeiffer, son compagnon, à la tète d'une troupe de gens du peuple accourus de tous côtés, envahissait l'Eichsfeld. - Les révoltés ", dit une relation du temps, " ont volé, assassiné; partout oii ils ont pénétré, ils ont incendié cloîtres et châteaux, l'hisieurs villages ont été réduits en cendres et saccagés. Outre cela, ils ont forcé les gens bien intentionnés à se joindre à eux : qui s'y refusait passait par les piques*. »

' Voy. cette lettre dans Stroorl, Thomas .1 fumer, p. 93-96.

- Voy. Seidemann, Münzer. p. 75. — Strobel, p. 89-90. — Mùhlkauser Chronik, p. 384-385. Sur les dévastations et les pillages de couvents et de châteaux dans le comté de jMansfeid, de Stolber«j, etc., voy. Sp.4.\"ge\'berg, Mansfeldische Chronik, p. 421. I,es cloîtres et les abbayes suivants furent détruits en Thurin.;^e par le vandalisme des insurgés : à Allendorf. le couvent des Bénédictines; à Annerode, le couvent des relisieuses de Cîteaux; à Beuren, un couvent du même Ordre; à Bonnerode, le couvent des religieuses bénédictines; à Capellendorf, le couvent

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