‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 451 sur 477 · Ô6 MUTIAN SUR LE VANDALISME DES INSURGÉS · texte numérisé non relu

Ô6 MUTIAN SUR LE VANDALISME DES INSURGÉS

L'émeute 5e propagea avec une effrayante rapidité dans toute la Thuriuf,e et les pays avoisinauts. Dans les comtés de Man^^feld, de Stolberg, de Schwarzbourp;, dans l'Eichsleld, la Hesse, le Brunswick, la Saxe et la Misnie, les villages, les bourp,s, les villes se soulevaient et voulaient être libres comme ceux de Mulhausen. '• !Mon seigneur et mon roi >^ écrivait de Gotha à Frédéric de Saxe Thumaniste Conrad Mufian (27 avril 1525), « mon âme est triste jusqu'à la mort en voyant avec quelle brutalité, quelle perversité la sauvage horde des paysans pille et saccage les saints temples de Dieu. Ces

des relifjieuses de Ci(eaiix; à Cronspitz, le couvent des Aufjustins; à Eisenach, la colléjfiale des clianoiiies de Saint-Aii!T;ustin, le couvent des Bénédictines, ceux des Dominicains et des Cisterciens; plus loin, le couvent de Franciscains, au pied de la Wartbour;?, et près d'Eisenacli le couvent des religieux de Citeaux de Johannisthal ; à Gerbstadt, le couvent des religieuses bénédictines; à Gérode, un couvent du même Ordre; à Frankenhausen, le couvent des religieuses de Citeaux; à Franenbreilungen, le couvent des Augustines; à Frauen- Priessnitz, le couvent des religieuses de (tteaux; à Frauensee, un couvent du même Ordre; à Georgentbal, le couvent de Ciîeaux; à Georgenzeil, un couvent du même Ordre; à Gollingen, le couvent des i.énrdictins ; à lladersleben, le couvent des Cisterciens; à lieiligenstadt, la collégiale des chanoines de Saint- Augustin; à llelffta, le couvent des religieuses bénédictines; à llerrenbreitungen, le couvent des Bénédictins; à lleitstadt, le couvent des Carmes; à Holzzelle, le couvent des religieuses bénédictines; à llombourg, près de Langensalza, le couvent des Bénédictins ; à Ichtershausen, le couvent des religieuses de Citeaux, à lechaburg, la collégiale des chanoines de Saint-Augustin; à léna. le couvent des Carmes; à ivaltenborn,la collé;',iale des chanoines de Saint-Augustin ; à Kelbra, le couvent de- religieuses de Citeaux; à Königsberg, le couveni des Augustius ; à Kreuzhurg, le couvent des Augustins; à Mönchptiffel, le couvent des religieux de Ciîeaux; à Mönchröden, le couvent des Béuédictins; à Munchenlohra, un couvent de religieuses; à Mcolausried, le couvent des religieuses de Citeaux; à Xordliausen, les couvents des Augusiins, des Dominicains et des Franciscains, et le couvent des religieuses de Citeaux; à Oldisleben, le couvent des Bénédictins; à Paulinzelle, un couvent. du même Ordre; à Pelersberg, le couvent des religieuses de Citeaux; à Reifenstein, le couvent des cistercii ns; à Rheinhardsbtunn , le couvent des Bénédictins; à Roda, le couvent des Frémontrés; à Rohibacb, le couvent des religieuses de Citeaux; à Rossleben, la collégiale des chanoines de Saint-Augustin; à Saalfeld, le couvent des religieuses de Saint- Augustin; à Schnialkalden, le couvent des Augustins et la collégiale des chanoines de Saint-Augustin; h Sinnershausen, le couvent des Guillaumistes; ù Sittichenbach, le couvent des Cister.iens; à Teistungenbourg, le couvent des religieuses de Citeaux; à Troststadt, le couvent des religieuses de Préraontrés; à Veilsdorf. le couvent des Bénédictins; à Volkenroda. le couvent des Cisterciens; h Walheck, le couvent des Bénédictins; à Wasungen, le couvent des Guillaumistes: h Weissenborn, un couvent du même Ordre; à Wiederstadt, le couvent des religieuses augustines; à Wiinnielburg, le couvent des Bénédictins; à Worbis, le couvent des i eligieu.ses de citeaux; à Zella, le couvent des religieuses liénédictines, et à Zella Saint-Biaise, le couvent des Béuédictins. Beaucoup d'autres ahbayes et couvents ne furent pas entièrement pillés, saccagés et brûlés, mais eurent à souffrir des dommages considérables. La liste précédente est extraite du travail si consciencieux d'Ilermann sur les anciennes al)i)ayes, couvents et monastères de la Saxe, de la Thuringe et de la Thuringe prussienne. — Voy. \3i Zritschri/t des Vereins fur thün'noische Geschichte und Allerthumskuiulf (léna. 1871 , t. Vlil, p. 1-176. Que ne possédons-nous sur tous les pays allemauds des renseignements aussi exacts!

INSnUKECTlON A l, A .N G K ^ S A LZ A. 1525. 557

(jcns n'ont ni loi, ni Ircin, ni crainic de Dieu. Les relifjieuses erranles Ibiit compassion à voir; les prtMres, sans leu ni lieu, sont chassés de leurs saints asiles j)ar les pillards de temples. Moi-même, misérable et nécessilcux, je me vols, dans ma vieillesse, réduit à mendier mon |)ain '. Les émeuliers >, lisons-nous dans une

relation de 1 liurin};e, <■■ ont, dans beaucoup de localités, jeté les saintes espèces sur le sol; puis ils les ont foulées aux pieds, et, avec une insultante et .sacriléj^e ironie, ils ont dit : • Si tu es notre Dieu, défends-loi! » ajoutant beaucoup d'autres paroles et actes impies, inhumains et insensés '\ >

La fumée qui s'élevait des places incendiées témoignait de tous côtés du zèle pour la foi des frères chrétiens, des vrais amis du royaume de Dieu. Tout marche mal et lamentablement chez nous •, écrit le receveur d'impôts d'Alsledt; les cloitres des environs ont été pillés. L'autorité n'est plus écoutée, tout le monde la méprise. C'est une véritable fatalité que, de tant de princes (jui habitent ce pays, aucun ne soit disj)osé à tirer l'épée pour nous débarrasser de nos ennemis. " « Comme les hordes n'ont plus de couveuts à détruire, elles se jettent maintenant sur les châteaux. • Beaucoup de nobles, parmi les(iuels les comtes Ernest de Hohenstein et Gauthier de Scliwarzbourjy, se faisaient recevoir ^< frères ' dans la « sainte Union », et entretenaient des correspondances avec' Miinzer. « lion nombre de prédicants de l'armée =>, rapporte le receveur d'Alsledt, « prêchent l'Evanj'ile d'après Tmlerprétatiou de Luther, et n'ont pas un fort grand respect pour Mimzer. - « A Salza aussi, l'émeute s'est déclarée, soulevée par une foule de scélérats dépravés qui n'ont rien à perdre, et prêchent au peuple le vol et l'incendie pour la cause de l'Evangile. '

La « Fraternité évangélique » organisée à Langensalza parlesave-

' Voy. ïnNzrr,, ^Icl. epp. Muiiani, p. 75-78. Mulinn, après de loîijîiies erreurs, • épouvanté à la vue de l'abime que la soif de destruction des novateurs ouvrait devant ses rc;;;irds », s'était de nouveau tourné vers 1 K;;lise uiére, et « la religion de ses ancêtres ne lui avait jam;iis paru plus digne de ses respects que maintenant que tout semblait s'unir pour la détruire •• Mais le souvenir de sa conduite passée pesait lourdement sur sa conscienre, car, lorsqu'il jetait les yeux sur la première partie de sa vie, il était obligé de reconnaître qu'il avait beaucoup contribué à préparer les événements actuels. Cette pensée empoisonnait ses jours et lui enlevait la confiance et la joie avec lesquelles ses amis catholiques entraient en lice pour la défense de l'Église. Jadis un motif d'excessive prudence l'avait empêché d'exposer ses idées; maintenant il se croyait, à cause de son passé, condamné au silence. Sans ressource, en proie à la plus cruelle détresse, il mourut le 30 mars 1526, dans les sentiments de la plus touchante résignation chrétienne. « Ö Christ, regarde ton serviteur avec miséricorde! Que ta volonté soit faite ! » Telles furent ses dernières paroles. — Kampschllte, t. II, p. 229-237.

- Voy. cette relation dans Seidemànn, Thomas Mûnzer, p. 5.

558 INSURRECTION A LANGENSALZA. 1525.

tier .Melchior Wigand reçut, vers le milieu d'avril, une importante recrue dans la personne du prédicant Jean Teigfuss '. Comme à l'occasion de la kermesse beaucoup de villageois des environs se trouvaient dans la ville, déjà gagnée en partie à la révolte, Wigand, le 20 avril, fit tout à coup sonner le tocsin, et la foule, promptement rassemblée, munie de carabines et de boule-leu, se rendit bientôt maîtresse du conseil. On commença par chasser de leurs couvents les moines et les religieuses; on leur répéta à plusieurs reprises que la communauté de Langensalza était décidée à ne plus tolérer de couvents, et cependant on avouait n'avoir aucun reproche à adresser aux religieux. Les églises et monastères furent dépouillés; on mit tout ce qu'on y put trouver en réserve , et l'on somma les moines de faire corvée, de fondre les balles, de garder la ville, de faire le service militaire et de se marier. .< L'ancien culte fut aboli. Teigfuss, prêchant sans aucune modération, conseillait ouvertement la révolte, injuriant le pouvoir et les autorités, et poussant à la destruction de tout ce qui était établi. ■ Le 29 avril, à la tête d'une horde considérable, il marcha sur Nägelstädt. La ville fut prise et pillée, les calices, ornements d'autel, croix, ostensoirs, orfèvrerie d'argent, enlevés aux églises; les cloches et les fenêtres brisées, les bestiaux, les céréales capturés. Le jour suivant, la populace de la ville s'unit à une horde considérable de paysans, parmi lesqne^ se trouvait Albert Menge, l'un de leurs chefs, ■- de sou métier et selon les circonstances, médecin français, barbier ou tondeur de drap '. Le conseil et la noblesse des environs furent contraints de recevoir le « saint Évangile " et les douze articles des paysans. Ensuite les frères chrétiens .: se levèrent n, conduits par leur chef Wigand, résolus d'aller dans tout le pays environnant prêter main-forte à 1' -• Evangile ». ' Chers amis ■', écrivaient-ils au conseil de Weissensee, » vous savez très certainement que nous avons quitté Salza par la volonté de Dieu, pour le saint Évangile, et afin de vous proposer et vous faire adopter quelques articles fondés sur la sainte Écriture; si votre ville refusait de nous ouvrir ses portes, la redoutable horde de Mulhausen qui vient de détruire et d'abattre dans l'Eichsfeld les plus beaux châteaux, et ils sont nombreux, accourrait, et vous ferait subir de cruels dommages dans vos corps et dans vos biens. ■' Mais Weissensee tint néanmoins ses portes fermées. - .Nous espérons '•, répondirent aux insurgés le conseil et les bourgeois, ^ bien qu'il soit impossible à l'homme de vivre sans péché, que nous nous sommes jusqu'à présent comportés en bons chrétiens. Pour le moment, nous entendons nous en rapporter entièrement à la parole de Dieu et à notre gra-

• Voy. plus haut, p. 395.

KltriîllT FAIT CAUSK C.OMMUNK AVKC LES HKVOI.TÉS. 5.09

ciciix .sci[jiieiir et prince souver.iiii, le duc (icorgcs de S;ixc; nous décl;iron.s vonloir vivre cl mourir à son service, et soiiiiiies décides à exposer pour lui nos corps et nos biens. Kn même temps, ils suppliaient Geor{',es de venir à leur secours, et celui-ci leur faisait annoncer ."-a |)rocliain(,' arrivée *.

« Nous avons élé oljlijyés de mettre sur pied Ions nos hommes >•, écrivait (Jeorjyes le 20 avi'il au land[;rave de liesse ;^ ainsi le commandait la };ravilé des événements. Les paysans de TOUerland, (|ui s'intitulent rCnion clirélicnne, se sont soulevés; les prédicants ont prêché rKvan}',ile Inihérien d'une façon si claire que nous pouvons recueillir â celle heure les fruils de leurs exhorlalions. Comme, par la [jrâce de Dieu, nous avons toujours été fort ennemis de ces sortes de nouveautés, il est â craindre que nous et les nôtres ne soNons plus exposés que personne; néanmoins nous continuons à èlre persuadés (pie si l'on n'avait excité les pauvres gens à oublier leur serment et à se jelersur le bien du prochain, il n'y aurait pas eu d'émeute *. '

Depuis lon{j(cm|)s les prédicants d'Erfurt dépassaient tous les autres en zèle et en fanatisme, mettant tout en œuvre pour soulever les |)()pnlalions des villes et des campagnes. " Les bêches et les boyaux du cidlivalcur ■ , disait l'un d'eux, - doivent prolection à l'Évangile. Dés 152.3, le sagace Usingen, témoin de ces funestes excilaüous, avait prédit (jn'une révolte populaire en serait l'infaillible résultat ^ En apprenant (juc les paysans de la Souabe et de la Franconie s'étaient soulevés, ceux du territoire d'Erfurt commencèrent au i)rintemps de 1525 à se réunir. Ils résolurent de laisser pénétrer dans la ville tous les paysans insurgés des alentours, d'élire à

' Pour plus (le détails sur les troubles de Langensalza, voy. Seidkmann, Beiträge, t. XIV, p. 513-548.

* Voy. KoMAiEL. t. II, p. 83-8i. — Yoy. SFroKMANV, t. XI, p. 391.

* » Quid pra'itnderas, • écrivait-il au prédicant Mecliler, « cjuando de sufï{i;esto et vernacuiis iiitimalionibus plebeui rudem ad illam idisputationem) citaveras! Quid deiiique dum eo loci ;id populum claïuaveras, necesse esse, ut vel pastino, sarculis et Ii{i0iiibus .«■uburbauis Evanjjeiio ronsuleretur, quando iiec tua, nec tuopuui proficcteut verl)a! Veiniuisline rusticae insolenti*, qua jain passim subditi in dominos suos tumultuantes et insurgunt contra fidelitatem, quam illis promiseruut et juraverunt ? » » Nescitis, populum esse bestiam multorum capitum, bestiam crueutam, qua- sanguinem sitit, vosne ergo rem veslramsaiiguinariis perficietis! • — Voy. Kampschulte, t. Il, p 203-204. Les lettres d'Eoban Ilessus à Sturz, nous montrent sous le plus triste jour l'état d'Erfurt. Eoban constate avec douleur que les vices y croissent, que les exécutions y sont presque quotidiennes; il raconte entre autres celle d'un père condamné à mort pour avoir deshonoré sa propre fille. Les prisons, dit-il, sont trop petites pour contenir les criminels. — Krause, Eobanus Hessus, t. I, p. 400-401.

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