ERFURT FAIT CAUSE COMMUNE AVEC LES RÉVOLTÉS
la place de l'ancieu pouvoir un conseil perpétuel, et de faire recevoir leurs arlicles; si les membres du conseil faisaient quelque résistance, ils seraient massacrés et les maisons des riches pillées. Le 25 avril, cinq mille paysans armés paraissaient devant les portes d'Erfurt, demandant â entrer. Le conseil leur envoya des vivres, et promit de leur faire conuailre sa réponse le lendemain matin. Mais les paysans refusèrent de traiter avec « des hommes sanguinaires et impies % ne voulant, disaient-ils, avoir aflviire qu'au peuple de la cité. Alors ceux qui dans la ville appartenaient au parti luthérien' pactisèrent ouvertement avec les révoltés, s'assemblèreu!, et menacèrent le conseil, avec force paroles injurieuses, d'ouvrir les portes malgré lui. En vain le conseil eut-il recours aux prédicants, espérant, par leur entremise, parvenir à maîtriser l'émeute; en vain réclama-t-il leur appui : eux-mêmes ne savaient que résoudre. « Puisque vous avez préparé ce qui se passe , leur dit alors avec rudesse le président du conseil, Frideram, .. puisque toujours vous avez pris le parti de ces scélérats, tirez-vous maintenant d'affaire! => Seul Eberlin cle Gïmzbourg, qui, depuis Lj24, s'était fixé à Erfurt, parvint â force de courage et d'efforts conciliants à se faire un instant écouter delà populace; mais s'étant ensuite rendu dans le camp des paysans, il n'en put rien obtenir. Les insurgés ne cessaient d'insister pour que les portes de la ville leur fussent immédiatement ouvertes, et pour que leurs articles fussent adoptés. Pour se sauver, le conseil conclut avec eux un lâche marché. Il leur permit d'entrer, à la condition qu'ils respecteraient les biens des bourgeois, et il leur abandonna tous les biens d'Église, plus le château de l'archevêque de xMayence, c seigneur héréditaire de la ville -, la maison de douane et les gabelles. Le 2S avril, les révoltés faisaient leur entrée à Erfurt, ayant à leur tête le capitaine de la milice urbaine, qui les animait et les encourageait au pillage. » Le conseil d'Erfurt >, dit une relation contemporaine, < a ouvert ses portes toutes grandes aux hordes féroces; il leur a permis de piller et de saccager les églises, les couvents, les monastères, le château archiépiscopal, le tribunal, la douane, la prison, les gabelles et enfin presque toutes les maisons de prêtres. De plus, il s'est emparé de beaucoup d'églises, du couvent des August ins, de celui des Carmélites, d'une bonne partie des trésors de sacristie, et de tous les ornements d'église. >- Attablés à de copieux banquets, plongés dans l'orgie, les paysans se gorgeaient des vivres et du vin qu'ils trouvaient dans les couvents, et sac-
' Yoy. la lettre de Jean Elli[;er, témoin de ces faits, à Jean lleclit, dans Jörg, p. 127-128. " Les niartiniens 'c'est ainsi qu'on désignait au début les luthériens) voulaient abattre à coups de liache la porte Saint-Augustin pour laisser pénétrer les paysans dans la ville. »
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caf];caicnf loiil cc (jik; la |)opiila(-(' flc la ville avait c'par[jné dans les étneules ilos années |)rccédeMles '. Ils brisèrent flans les éjjlises les tabicanx et les antels, et volcrcnl, rien <}ue dans réjjlisc collefjiale, cent calices d'or el darjyenl. VA non-seulement le conseil donnait a libre rotn-s à ciMlc raj;e de desiruclion et de pillafje, mais luimême en profilait. Il s'appropria, entre autres choses, la cliAsse d'argent où tMaient reulermées les reliques de saint Eoban et de saint Adelaire. 11 abandonna aux évanfjélisles les églises pillées par les paysans, el nomma le prédicant Lange ä la chaire de la cathédrale. i>'hnmaniste Eoban Hessus se monirait ravi de tout ce qui se passait. " Aous avons chassé l'évéque de Mayence -, écrit-il à un ami, nous sommes résolus à rompre pour jamais avec ce mailre impudent ou plutôt ce tyran pervers. Tous les moines sont expulsés, les religieuses chassées, les chanoines congédiés, les temples, et même les trésors de sacristie, pillés; on tient compte de l'intérêt public; les douanes et les maisons de douane sont supprimées; la liberté nous est rendue! « Mais , ajoute-t-il, - un orage, je le pressens, nous menace encore! » Cet orage ne larda pas à se déchaîner sur les -. honorables conseillers , d'abord si ravis de l'aide «jue les émeutiers leur avaient apportée. Les paysans et la populace de la ville se liguèrent de nouveau contre eux, et le bruit courut qu'on allait i> faire sauterleurs tètes, parce qu'ils avaient dèslongtemjjs mérité ce trailemeut ■ . Une seconde émeu!e renversa le conseil. Celui qui le remplaça n'était composé que des élus du peuple : une complète anarchie ne tarda pas à régner dans la ville. Ce lut au tour des couvents de religieuses à è(re pillés; le peu de prêtres qui restait encore fut chassé, et tout homme possédant quelque bien fut menacé d'en être dépouillé. Miinzcr ne cessait d'animer les -< frères chrétiens à une lutte d'extermination contre les tyrans et les richards* -.
Parvenu avec ses hordes aux portes de Frankcuhausen, il écrivait au comte .\lbert de Mansfeld, prince cependant favorable aux nouvelles doctrines : ^- T'imajvinais-tu donc que le Seigneur Dieu ne saurait pas se servir de son peuple ignorant pour abolir dans sa colère les tyrans exécrés? Ézéchiel n'avait-il pas dit que Dieu ordonnerait à tous les oiseaux du ciel de s'engraisser de la chair des princes, et l'Apocalypse, que les animaux sans raison s'abreuveraient du sang des puissants? Si tu veux reconnaître la force que
' Voy plus haut, p. 168, 215.
- Voy. l'excellente narration de ces faits dans K.vmpschllte, t. II, p. 208-214. — Voy. RuiüSE, Eohamis Hessus, t. I, p. 401-402. — RiggenbaCU, p. 232-238. — Zimmermann, t. II, p. 626-630. — Zimmermann appelle les événements d'Erfurl • une iniisjnifiante échauffourée, où le sang ne coula point >.