‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 454 sur 477 · SUPPLICE DE MUNZER. CHATIMENT DES REBELLES · texte numérisé non relu

SUPPLICE DE MUNZER. CHATIMENT DES REBELLES

il est juste que nous rendions grâces au Tout-Puissant, espérant avoir agi pour sa gloire'.

Münzer, qu'on trouva caché sous un lit à Fraukenhausen, fut amené en présence des princes, interrogé sur le motif qui l'avait porté à égarer et à perdre un si grand nombre d'hommes, il répondit avec hauteur : ^^ que c'était à bon droit qu'il avait conçu le dessein de châtier les princes, puisque ceux-ci s'élaient opposés à l'Évangile du Christ. - Au landgrave qui s'efforçait de lui prouver par des textes de la Bible qu'on est obligé de se soumettre aux autorités constituées par Dieu, il ne répondit rien. Lorsqu'on lui mit les menottes, le duc Georges, l'entendant pousser un cri de douleur, lui dit : " Tu souffres, Thomas! Mais combien les pauvres gens, massacrés par ta faute, n'ont-ils pas souffert davantage! Münzer lui répondit avec un rire sauvage : C'est vous qui l'avez voulu!

Il fit des aveux complets; après avoir conquis tout le territoire de Mulhausen, puis la Hesse, il s'était propose, déclara-t-il, d'établir une complète égalité parmi les chrétiens, et d'expulser ou de mettre à mort tous les princes on seigneurs qui refuseraient de soutenir l'Évangile et de se joindre à l'inion >•.

Pendant sa captivité, ses dispositions changèrent complètement. 11 écrivit aux habilants de Mulhausen pour les invilcr à se soumettre à Taulorilé, disant »en terminant sa lettre : - Avant de quitter ce monde, et pour ôter de mon àme le lourd fardeau qui l'oppresse, je viens vous sup])lier encore de ne plus vous révolter à l'avenir, afin que le sang innocent soit épargné-. " - Sans y être aucunement contraint, poussé par le mouvement de sa propre conscience -, il rétracta loutes ses erreurs, se reprochant surtout d'avoir, par ses discours incendiaires contre les pouvoirs établis, fomenté tant d'émeutes et de séditions pernicieuses; priant qu'ayant égard au commandement de Dieu, on oubliât le scandale cju'il avait causé, qu'on obéit à l'avenir aux autorités constituées par Dieu, et qu'on lui pardonnât l'exemple funeste qu'il avait donné «. " 11 s'accusait surtout d'avoir, par ses prédications, poussé à la révolte, tenté beaucoup d'âmes, et propagé des doctrines fausses, des hérésies, des blasphèmes touchant le Très-Saint Sacrement du Corps de .lésus- Christ et les lois de l'Église universelle. 11 reconnut pour véritable tout ce que la sainte Église a toujours tenu et tient encore pour dogme immuable, et rentra dans l'union et la paix; il déclara vouloir mourir

' Relation de la bataille de Frankenhausen par Philippe de liesse, le mardi après Cantate (16 mai) lô25, dans Kraus, p. 42-43. Le l;tndp,rave évalue à six mille les morts de cette journée, et à six cents le nombre des prisonniers.

- Seidemann, Thomas Münzer, p. 146.

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en fils obéissant e( repenlant de la sainte Éjjlise, suppliant qu'au nom (le Dieu, on vouli^l bien prier pour son ätne el lui pardonner (•"ralerneileineiit ses loris; il demanda aussi «pTil IVil permis à sa femme et à ses euianis de recueillir son liéritajje'. Il se prépara pieusement à la mori, se confessa selon le rite catholifiue et communia sous une seule espèce. Avant de recevoir le coup mortel, il reconnu! une dernière l'ois ses fautes devant tous, mais en même temps il exhorta les princes qui l'entouraient à se montrer doux et équitables envers leurs sujets, afin qu'à l'avenir de si iuuestes révoltes pussent ôlre évitées. Il les exhorta à lire pour leur instruclion les livres de Samuel et des H ois, el d'y méditer ce ([ui y est rapporté sur la mort réservée aux tyrans.

Le compagnon de Miinzer, Prcif'l'er, fait prisonnier à Kisenach avec environ cent de ses partisans, mourut aussi de la main du bourreau; 1 mais il Ht une mort d'endurci •■, sans préparation, sans repentir, sans sacrements.

Cependant les princes alliés, auxquels s'était joint le nouvel électeur, Jean de Saxe, s'étaient emparés de Mulliausen. Tète nue et pieds nus, tenant à la main des bâtons blancs, les bourgeois se présentèrent dans le camp des princes alliés et leur remirent les clefs de la ville. .Mulhausen (les droits de l'Kmpereur et de l'Empire réservés) dut jurer obéissance à l'Électeur, au duc (ieorges et au land[;rave Philippe, payer quarante mille florins d'indemnité de guerre, un tribut annuel, abattre ses donjons, ses murs et forteresses, restituer au clergé tout ce qui lui avait été enlevé, et dédommajver la noblesse des pertes subies. Plusieurs chefs de la révolte lurent décapités; en peu de temps, l'insurreclion était complélemenl domptée dans les différents territoires des princes. A Langensalza, quarante rebelles périrent sur l'échafaud. A Erfurt, l'ancien conseil reprit ses fonctions, et se montra sans pitié et sans miséricorde pour ceux-là mêmes que, si peu de temps auparavant, il avait traités de frères, et fait servir d'instruments à sa honteuse politique.

= La barbarie dont on use envers les pauvres gens ", écrivait Luther les 23 el 30 mai à propos des représailles dont les paysans étaient l'objet, - est chose vraiment lamentable. Mais comment

1 Bckentnus, Bl. A., 1-3.

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