‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 455 sur 477 · LUTHER SUH LA RÉPRESSION DES PAYSANS · texte numérisé non relu

LUTHER SUH LA RÉPRESSION DES PAYSANS

faire;" II fallait être sévère, et Dieu veut qu'une crainte salutaire soit imjjrimée aux coupables, autrement Salan ferait bien pis encore! » u Ouelle raison anrait-ou de montrer aux paysans une si p,rande clémence? S'il se trouve des innocents parmi eux, Dieu saura bien les protéger et les sauver, comme il a fait avec Loth et .lérémie. Si Dieu ne les sauve pas, c'est donc qu'ils sont criminels; le moindre mal qu'ils aient pu commettre, c'es! de se taire, de laisser faire, de conseutir. S'ils l'ont fait par stupidité ou par peur, ils n'en sont pas moins coupables, et ils ont mérité le châtiment de Dieu, tout comme celui qui, par crainte des hommes, renie le Christ. Et si je me montre si dur envers eux, c'est surtout parce qu'ils ont forcé et contraint les peureux et les faibles à partager leur rébellion, ce qu'ils ne cessent encore de faire tous les jours. Qu'on leur donne de la paille d'avoine à manger, car ils n'écoutent pas la parole, ils n'ont pas l'ombre de bon sens! Puisqu'il eu est ainsi, il faut leur faire comprendre leur di;voir par l'arquebnse et le fouet, et certes ils l'ont bien mérité! Prions pour eux, afin qu'ils apprennent à se soumettre; mais il n'y a pas lieu de beaucoup les plaindre! Croyez-moi, laissez les carabines fredonner à leurs oreilles, sans cela ils feront mille fois pis. " - Celui qui a vu Münzer peut bien dire qu'il a vu le diable en chair et en os, dans sa plus grande furie! 0 Seigneur Dieu, s'il règne un tel esprit parmi les paysans, il est grand temps de les égorger comme des chiens enragés! " Et comme à cause de semblables paroles on traitait Luther d'hypocrite, de flatteur de princes, il témoigna qu'un tel reproche lui plaisait fort, et qu'il s'en faisait gloire '.

Ce nouvel écrit était intitulé : Contre les hordes homicides et pillardes des paysans, c. L'autorité chrétienne ■■, disait Luther, « doit s'efforcer de traiier en toute justice et loyauté avec les rebelles insensés, bien qu'ils ne le méritent pas ; mais si les bons procédés restent insuffisants, il ne faut pas hésiter à se servir de l'épée. >' S'étant montrés déloyaux, parjures, menteurs, rebel es, scélérats, infâmes, les paysans avaient plus d'une fois mérité la mort dans leurs corps et dans leurs âmes. Aussi non-seulement l'autorité, mais le premier venu avait-il le droit et le devoir de les mettre à mori, car un homme qu'on peut convaincre du crime de rébellion est au ban de Dieu et de l'Empereur, et tout chrétien peut et doit l'égorger, et fera bien de le f sire, parce (]ue, vis-à-vis d'un rebelle, chacun est investi des pouvoirs de juge cl de bourreau, ù Donc celui qui eu a l'occasion peut égorger, exterminer soit publiquement, soit en secret, le rebelle qu'il rencontre, et bien se persuader que rien n'est plus venimeux, plus pernicieux, plus diabolique qu'un révolté. Il en est de lui

' De Wette, t. II, p. 606, 669-670, 671.

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comme fl'mi cliicn eur.ijjé : si tu ue l'abats pas, il (e luera, et tous ceux (le Ion pays avec toi. . Tonte autorili'; qui ne châtie point du cleiiiier supplice celui qui s'est dcclaiT contre elle est res|)Ousable des meurtres qui se commettront dans l'aveuir. Il n'est pas question ici de patience et de miséricorde! C'est maintenant le temps du jjlaive, le temps de la colère, et non celui de la {;ràce! ' Luther avait nié jus(|ue-là qu'on piU obtenir le ciel par la prière ou les bonnes œuvres, mais maintenant il écrit : « Nous vivons en des temps si extraordinaires qu'un prince peut mériter le ciel en versant le san^y, beaucoup plus aisément que d'autres en |)riant. Rien qu'en considération des malheureux que les paysans contraignent à entrer dans leur lip,ue diabolique, l'autorité peut en toute conscience se servir du glaive. '^ C'est pourquoi, chers seigneurs, déchainez-vous, .sauvez-nous, aidez-nous, ayez pitié de nous, exterminez, égorgez, et que celui qui en a le pouvoir agisse! Si tu meurs pour avoir suivi ce conseil, ton sort est digue d'envie, car tu ne saurais faire une mort plus sainte '. »

« Que de malédictions n'ai-je pas attirées sur ma tête par mon petit livre contre les paysans! • écrit Luther le 15 juin 1525 à .leau Rühel et à deux autres de ses amis; - tous les bienfaits dont Dieu a comblé le monde par mou entremise sont oubliés. Maintenant les seigneurs, les prêtres, les paysans, tous à la fols sont contre moi et me menacent de mort. Mais comme ses ennemis ^ sont des insensés et des furieux -, Luther se propose de les rendre plus fous et plus furieux encore». 11 s'était marié'-; le 17 juin, il écrivait â l'un de ses amis en l'invitant à ses noces : Vous savez ce qui m'est arrivé? Je me suis embarlificoté dans les nattes de ma catin! Dieu prend plaisir à émerveiller, à berner, à rendre fou le monde et moi! Préparez-vous, le jour du festin, à aider ma fiancée â bien certifier que je suis un homme'! » -■ Notre Luther •■, mande à cette date le prédicant .iuste Jonas à Spalatin, < a pris Catherine de Bora pour femme. J'étais présent à la fête; j'ai vu la fiancée couchée dans son lit, et, à ce spectacle, je n'ai pu retenir mes larmes! En vérité. Dieu est admirable dans ses conseils et dans ses œuvres *■ ! -

1 Siinnntl. Werke, t. XXIV, p. 288-294.

* [)E Wette, t. III, p. 1-2.

' De Wette, t. III, p. 9.

* • Lutlierus noster duxit uxorem Catharinam de Bora. Ileri adfui rei et vidi sponsHiii in llialmno jacentem. Non potui me continere, astaiis huic spectacnlo, qnin iiiaclirj maien. nescio quo affectu aiiimum percellente... mirabilis Dtus in coiisiliis etoperibus suis! ■ Spalatini .-. dans Mencken, t. II. p. 645. Mélanchtiion s'exprime Ktut différemment à propos de ce mariage, dans une lettre confidentielle écrite à ( amerariiis, lettre qui témoigne de peu de respect pour Lutlier et pour Catherine de Bora. Il accuse de tout le mal les religieuses échappées de leur

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