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LES UNIVERSITÉS ET AUTRES CENTRES INTELLECTUELS

Tous les humanistes dont nous venons d'énumérer les travaux, professeurs ou écrivains, poursuivaient un but élevé : ils se proposaient de mettre à la portée de tout le monde l'insl motion et la culture intellectuelle, et d'exercer une action féconde, vivifiante, réformatrice, sous le rapport social comme au point de vue de l'Église, par l'éducation de la jeunesse et le progrès de la science. C'est la même fin que voulaient aussi atteindre les Universités, ces foyers d'instruction, d'universel savoir, qui dans aucun temps de l'histoire d'Allemagne ne prirent un développement comparable à celui de cette époque et ne furent l'objet de plus d'enthousiasme, de plus d'efforts généreux et désintéressés; leur extension, leur importance grandissantes manifestent hautement le profond besoin d'instruction qui s'était emparé de toutes 'les classes, et témoignent du respect et de l'amour dont les sciences étaient partout l'objet. Les fondations faites en faveur de ces hautes écoles du savoir sont très-nombreuses, et dues à des hommes de toutes conditions : ecclésiastiques du haut et bas clergé, princes, nobles, bourgeois, paysans. Les legs destinés aux étudiants pauvres sont innombrables; on voulait qu'ils pussent se procurer aussi bien que les riches les bénéfices de la culture et de l'instruction.

Tandis que les hautes écoles, déjà existantes, de Prague, Vienne, Heidelberg, Cologne, Erfurt, Leipzig et Rostock étaient dans une période d'épanouissement fécond, neuf Universités nouvelles se fondaient en Allemagne en l'espace de cinquante ans : celles de Greifswalde (1450), de Bâle et de Fribourg (1460), d'Ingolstadt (1472), de Trêves' (1473), de Tubingen et de Mayence (1477), de Wittenberg (1502) et de Francfort-sur-l'Oder (1506)*. Ces Universités n'étaient

' Voy. Maux. t. II. p. 459 et 470.

* Pour plus de détails voyez Paulsen, p. 258-281.

pas seulement destinées à la bourgeoisie; elles servaient aussi au clergé, lui tenaient lieu d'écoles d'enseignement supérieur, et aidaient à la défense et à la propagation de la foi; aussi tous leurs anciens tifres de fondation (à l'exception de l'université de Wittenberg ') dérivent-ils des papes. Ce n'était cju'en vertu du pouvoir papal qu'elles entraient dans la pleine jouissance de leurs droits, dans le cercle de leur activité, et seulement après avoir reçu la sanction papale, elles étaient reconnues comme autorités ecclésiastiques et comptées parmi les corps les plus élevés de l'état social chrétien. Toute leur organisation portait l'empreinte ecclésiastique*.

Voici ce qu'on enseignait alors : Il y a deux ordres de sciences : l'ordre naturel, auquel se rattachent toutes les choses que la raison peut atteindre, et l'ordre surnaturel, qui embrasse toutes les vérités de la révélation. Or, ces deux ordres de connaissances doivent avoir leur place dans les hautes écoles. L'Église est une vivante unité et embrasse l'homme tout entier : la science, à son tour, doit tendre à l'unité vivante, au centre de toute vie supérieure, et doit être ramenée à Dieu, l'éternelle source d'où elle est sortie. Aucun disciple de la science ne doit désirer servir ses intérêts propres. Nulle science ne doit être considérée comme étant à elle-même son propre but, et l'on ne doit point lui dresser d'autels où elle soit adorée pour elle-même. Les sciences doivent être mises au service de la vérité dans le sanctuaire de la foi. Là où commencent l'orgueil et la présomption téméraires, aucune d'elles ne peut plus porter de fruits. On comparait les quatre branches de la science : théologie, philosophie, droit et médecine, aux quatre fleuves du paradis terrestre, chargés par Dieu de répandre l'abondance et la bénédiction du Seigneur dans tous les pays de la terre, pour la joie de toutes les générations et pour la gloire du Tout-Puissant K Cet esprit inspirait l'archiduc Albert d'Autriche, lorsque dans les lettres de fondation de la haute école de Fribourg, il appelle les universités " les fontaines de vie où l'on vient puiser de toutes les parties du monde l'eau vive et intarissable d'une sagesse consolatrice et guérissante, l'eau qui éteint les funestes effets de l'ignorance et de l'aveuglement des hommes ». C'est encore dans le même esprit que le duc Louis de Bavière disait en ouvrant l'Université d'Ingolstadt : « Parmi les joies que la grâce de Dieu a permises à l'homme dans cette vie fragile, l'instruction et l'art sont au premier rang. Grâce à eux, en effet, le chemin qui mène à une bonne et sainte vie nous est tracé; l'intelligence humaine est éclairée dans le vrai savoir, dans les choses louables et dans les bonnes mœurs; la

' Voy. Raumer, Universiiiiten, p. 13-14. ' Voy. Paulsen, p. -282-404.

' Voy. Ki>K, t. I, p. 125-130.

SERVICES l! EN DUS PAU LE C L E HO É AUX UNIVERSITÉS. TI

foi chrétienne est angmcutée, le droi) et l'intérêt commun ont un ferme foiuleincnt. - ■< Je pense, disnil Kbrnrcl de Wurlemberj; dans les lettres de f'ond.Wion de ri'Uiversilé de 'J'til)iii[;eii, qne je ne j)nis rien faire de plus utile, pour obtenir mon salut éternel et êtreajjréable à Dieu, que de veiller avec une appliealion particulière et zélée à ce que les jeiiiics [jeiis bons el studieux soient insiruils dans les beauxarts et les sciences, et mis ainsi en état de bien connaître Dieu, de ne glorifier que lui et de le servir uniquement '. » Le pape Pic II a très-bien défini le bn( suprême de la science dans la bulle de fondation de rCniversilé de Bàle. « II faut, dit-il, mettre an ranj^j des Joies les meilleures accordées à Tliomme mortel dans cette vie périssable Télude assidue, qui nous met en mesure de posséder la perle de la science, nous monire la voie d'une vie bonne et heureuse, et par son excellence rend l'homme instruit de beaucoup supérieur à l'homme i[',norant. De plus, l'étude établit une ressemblance entre Dieu et l'homme, et nous fait connaître clairement les mystères du monde : elle vient en aide à l'ij^norant, elle élève an rang le plus haut ceux qui étaient nés dans le plus extrême abaissement. C'est pourquoi, continue le Saint-Père, le Siège apostolique a constamment encouragé les sciences; il leur a préparé des asiles auxquels il s'est plu à accorder des secours utiles au temps nécessaire , afin que les hommes soient plus facilement attirés à la recherche de la science, ce bien si précieux pour l'humanité, et qu'ils puissent en faire part à d'autres lorsqu'ils l'auront obtenu. C'est, dit-il, son ardent désir, qu'une fontaine de science toujours jaillissante soit ouverte à Dàle, et que tous ceux qui désirent se consacrer à l'étude de la sainte Ecriture puissent venir puiser dans cette abondante source, " Plusieurs années auparavant, le Pape avait écrit au duc Louis de Bavière : « Le siège apostolique souhaite que la science soit répandue le plus possible, car elle seule, tandis que les autres trésors diminuent dans la mesure où on les partage, s'accroît et augmente d'autant plus que plus de personnes y participent *. > L'histoire de toutes les universités témoigne de l'empressement que mit une grande partie du clergé à répondre aux encouragements ainsi donnés par le Pape. On trouve à Bâle, parmi les noms des douze cents étudiants que l'école supérieure comptait dix ans après son inauguration, un grand nombre d'ecclésiastiques, hauts dignitaires, prévôts, doyens, chanoines de grands et de petits chapitres ou appartenant à des églises épiscopales et archiépiscopales '. A Fribourg, un an seule-

' Voy. Raumer, p. 8-9. — Schueiber, t. I, p. 49. — Schneider, Eberhard im Bart, p. 63-64.

^ ViscHER, p. 26-27. — Prantl. t. I, p. 13. 3 Voy. ViscHER, t. XXXVII, p. 256, 258.

ment après rouverture de rUniversité, la plupart des 234 étudiants immatriculés appartiennent à Tétat ecclésiastique '. Le nombre relativement grand des étudiants venus des villes qui étaient le siège de cha|)itres, d'évéchés et de cloîtres, prouve, si on le compare à celui des étudiants des autres villes, que beaucoup d'élèves des établissements ecclésiastiques participaient aux étudesdes Universités-. C'était aussi le clergé qui contribuait le plus à fournir les sommes nécessaires à l'entretien des écoles supérieures; les papes surtout, de diverses manières, par exemple par des rentes, des prébendes, des intérêts pris sur le revenu du clergé, assuraient l'existence de beaucoup de ces établissements. L'Université d'Ingolstadt, grâce au bon vouloir du Pape et à l'appui du clergé, reçut une dotation qui, selon la valeur actuelle de l'argent, peut être estimée à 50,000 florins de revenu ».

Les Universités du moyen âge appartiennent aux créations les plus grandioses de l'esprit chrétien. Il s'y manifeste avec éclat, dans toute la fraîcheur et la vigueur de la jeunesse. Elles furent les organes de la haute culture scientifique, le plus puissant levier de son développement ultérieur, le point central auquel se rattachait la vie intellectuelle de la nation.

En même temps, elles étaient, comme dit Wimpheling, ^ les filles privilégiées et bien-aimées de l'Église, et s'efforçaient, par leur fidélité et leur attachement, de rendre à leur mère ce qu'elles lui devaient ^ " .

De là résulte un double fait : les Universités, aussi longtemps que leur union à l'Église et à la foi ne subit aucune atteinte, parvinrent à leur plus haut point de splendeur; et lorsque vint la scission de l'Église, presque toutes, Wittenberg et Erfurt exceptées, restèrent fidèles au siège apostolique. Constituées en corps sociaux indépendants, revêtues d'un caractère ecclésiastique et corporatif, elles n'adoptèrent les doctrines nouvelles que lorsqu'on eut empiété sur

' Schreiber, t. I, p. 30-31. — Falk, H,st. pol. Blätter, t. LXXVIII, p. 923-928. — Voy, WiNTEU, Die cistcrciensrr, t. III, p. 48-83. — VOV. MuCK, Kloster Hcilsbronn, t I, p. 232.

* Voy. Stolzel, t. I, p. 131-134. — P.\llsen, p. 309-310.

2 Voy. Prantl, t. I, p. 19. — La chaire apostolique faisait tous ses efforts pour donner de l'éclat aux Iniversités. Tous les savants modernes, même parmi les adversaires de la papauté, avouent que les papes ont été ^ les premiers et les plus grands i)ieniaiteurs et protecteurs des L'uiversités »- Voy. IIautz, p. 42-44. — MeimjîS. Gcsc/uchte der Hohen Schulen, t. II, p. 8- — RauMER, p. 10. — Pour ce qui concerne Tübingen, voy. Staliv, t. III, p. 770-772. — Pour Rostock, voy. Kuabb, p. 162-165. — Pour Cologne, voy. Ennen. t. 111, p. 871. — Voyez aussi les pièces justiticatives dans le second volume de VHisi. de l'Université de Grei/aualde, 1856.

* I)e arte inipressoria, p. 19.

ORGANISATION DES UNIVERSITES. 73

leur libellé, et qu'elles lurent descendues au simple rang d'établissements d'ÉIat.

Les Iniversilés du moyen ügc étaient des corporations libres, indé|)endan(es. La raison de leur succès, c'était la liberté sans entraves dont elles disposaient, liberté d'apprendre comme liberté d'enseigner. Indépendantes les unes des autres, indépendantes de l'Etat, elles se développèrent dans une émulation mutuelle, animée et féconde. De même que dans les diverses corporations de métiers, maîtres et compagnons formaient un parfait ensemble, une association libre de toute influence exiérieure, ayant ses propres lois et ses intérêts séparés; de même, les hautes écoles avaient le droit de s'organiser a leur guise : elles se complétaient l'une par l'autre, et, fidèles à l'idéal de toute science vraiment libre, se composaient de membres jouissant des mêmes droits. Elles avaient le pouvoir presque illimité de faire des lois et de se donner à elles-mêmes leurs statuts '. Leurs membres n'étaient soumis qu'à leur propre juridiction, et leur inviolabilité était assurée. Elles ne payaient ni contributions ni droits, et jouissaient de beaucoup de privilèges par lesquels leur rang, leur importance intellectuelle étaient honorés et reconnus. Dans presque toutes les Universités, la concurrence entre les professeurs était parfaitement libre, et le droit d'cnseigiier donné à tout docteur exciîait une émulation féconde entre étudiants et professeurs*. Au moyen âge

' « Nul prince, nui chancelier n'a rien à voir dans nos privilèges et nos libertés», disait ,Iean Rone, professeur à l'Université de Leipzig dans un discours public prononcé en présence du duc de Saxe (1445). " L'Université se gouverne elle-méuie, elle change et améliore elle-même ses statuts selon ses besoins. ' Voy. Zvrncke, Doc, p. 723.

^ Paulsen dit tros-justenient, en parlant de laposition faite au moyen âge aux jeunes gens qui voulaient se vouer à la science ; « Autrefois, la jeunesse pauvre ne connaissait pas les tourments d'amour-propre des temps actuels. Le manque de fortune n'était pas une cause de défaveur. Au contraire, bien des mains étaient tendues pour venir en aide à l'étudiant sans ressource. Danstousles établissements ecclésiastiques, c'est-à-dire dans tontes les maisons d'enseignement, collégiales, écoles monastiques, gymnases, universités, les pauvres jouissaient, comme disent les statuts de Vienne, du privilège '< du bon vouloir ». On les admettait gratuitement, aussi bien à l'immatriculation qu'aux cours et aux promotions. Une multitude de fondations, de dons étaient faits en faveur des jeunes gens sans ressource. Outre cela, dans les écoles secondaires, la mendicité passait pour un moyen réglementaire de subvenir aux dépenses, et elle n'était pas tout à fait exclue des Universités. Comment la mendicité aurait-elle nui à l'honneur de ces sociétés qui recevaient dans leur sein tant de meml)res des Ordres mendiants, oijiigés par devoir d'état à demander l'aumône? Dans la pensée de l'Église, très-conforme, du reste, à celle de l'Évangile, la richesse et le bien-être semblaient bien plus dangereux pour la vocation que la pauvreté et la mendicilè. Tout étudiant pauvre, était donc libre de gagner sa vie en se mettant au service des autres. Très-fréquemment, les savants recevaient les services personnels de ces jeunes gens sans ressource. Le travail des mains ne passait nullement pour déshonorant au moyen âge, et les écoliers ne se trouvaient pas plus humiliés de remplir auprès de leurs maîtres l'office de serviteurs, que le page ne croyait s'abaisser en servant son seigneur. Cet état de

comme dans raiitiquité, on avait coutume de prolonger souvent le temps des études jusque bien avant dans la vie, de sorte que les universités n'étaient pas uniquement fréquentées par les jeunes gens; on y voyait des hommes déjà considérés, revêtus de hautes dignités; abbés, prévôts, chanoines, princes s'y trouvaient souvent en grand nombre, et ce qui était encore plus remarquable, le rang de professeur et d'étudiant n'était pas essentiellement distinct, surtout dans la Faculté de philosophie (ordinairement appelée Faculté des artistes). Cette Faculté se composait de différentes classes, représentant des degrés divers de culture; leurs membres s'instruisaient mutuellement les uns les autres, de sorte qu'un étudiant, devenu déjà homme fait et professeur dans l'une de ces classes, était en même temps élève dans la Faculté supérieure'. Cet état de choses donnait au professorat une émulation vive, animée et jeune; aux étudiants une dignité, une influence dont on retrouve parfois la trace dans les constitutions des Universités. Qu'on ajoute à cela le caractère international qu'avaient alors les hautes écoles; car, entre les savants de toute l'Europe civilisée, un continuel courant était établi; d'incessants voyages, de fréquents échanges intellectuels mettaient en rapport les hommes distingués de tous les pays. La culture de l'esprit recevait ainsi une vie, un développement toujours nouveau, et les esprits vraiment remarquables, sortis des limites étroites de leur patrie, voyaient leur savoir devenir comme le trésor commun de tous ceux qui désiraient acquérir la science -.

Grâce à ce caractère international, les Universités étaient considérées comme appartenant non à un pays, non à un peuple, mais au monde cultivé tout entier, et devenaient d'universels foyers de culture. Combien l'émulation des étudiants devait être stimulée, lorsque, comme cela eut lieu à Cologne, non-seulement des Allemands venus de tous les points de la patrie, mais encore des jeunes gens avides d'apprendre, accourus d'Ecosse, de Suède, de Danemark, de Norvège et de Livonie, étaient assis côte à côte dans les salles de cours, et briguaient ensemble les honneurs académiques! L'école supérieure d'Ingolstadt, par exemple, dès les dix premières années de sa fondalion, une des plus importantes Universités de l'Allemagne, attirait d'Italie, de France, d'Angleterre, d'Espagne, de Hongrie et de Pologne un grand nombre d'étudiants; Rostock, après la fondation de l'Université d'Upsal (1477) et de Copenhague (1479), fut considéré

choses rendait possible le recrutement du clergé dans la masse du peuple; il n'y avait dans les universités et les écoles latines nulle condition qui ne fût représentée. >

' Voy. ViscHER, p. 157.

2 Voy. Ullmann, t. Il, p. 315-316.

OhGAMSATION DES UNIVERSITÉS. 75

(oinmc riniversilé reine des États Scandinaves, et Ton y comptait |)ar centaines des Suédois, des Danois, des IS'orvégiens, mêlés aux Allemands'. A Cracovic, où, d'après le fémoigna{',e d'un Flalien, quinze cents étudiants étaient réunis* à l'époque où Adalbert Hlarer parvint à y attirer Copernic pour y professer l'astronomie, les étudiants allemands affluaient. Mais c'est avec l'Italie surtout qu'à partir de la seconde moitié du quinzième siècle, les rapports intellectuels de l'Allemagne devinrent importants. Des professeurs allemands enseignaient dans les Universités italiennes, des professeurs italiens étaient de temps en temps appelés aux Universités allemandes, et le nombre des étudiants allemands qui fréquentaient les Universités de Bologne, Padoue et Pavie était encore très-considérable au temps où déjà les écoles supérieures de l'Allemagne étaient dans leur plein épanouissement.

11 est difficile d'arriver à des données précises quant au nombre exact des étudiants des diverses Universités'. D'après ce que rapporte Wimpheling, l'Université de Cologne comptait, vers la fin du quinzième siècle, environ deux mille professeurs etétudiants^ Celle d'In- ^jolstadt reçut, dès la première année de son inauguration, environ huit cents inscriptions. En 1492, les cours de philosophie furent divisés «ntre trente-trois professeurs, et dans l'espace d'un an, quarantesept collaborateurs leur furent adjoints. Dès 1490, le nombre des bacheliers qui expliquaient Pierre Lombard était si grand, que le local et le temps devinrent également insuftisanis, et que les étudiants se virent obligés de venir à tour de rôle recevoir les leçons du professeur \ A Vienne, en 1453, la Faculté de philosophie comptait quatrevingt-deux, et en 1476 cent cinq professeurs et docteurs. Parmi les sept cent onze étudiants immatriculés en 1451 à l'Université de Vienne (ce chiffre est le plus élevé qui se rencontre pendant le quinzième siècle), on ne compte pas moins de quatre cent quatre étudiants venus des pays du Rhin^

Dans toutes les contrées de rAIlemagne, la vie intellectuelle était si animée, si pleine d'élan, qu'on n'avait jusque-là rien vu d'analogue, et que rien de semblable ne s'est produit depuis. Seule, la

' Voy. Krabbe, p. 289-294.

- Ce chiffre est très-exagéré. — Voy. IIipleb, p. 14-17. — Jérôme Munser, médecin de Xuiemberg, estime le nombre des étudiants de Paris à quinze mille en 1495, parmi lesquels il y avait au moins neuf mille étrangers. Kunst- M.VXN, p. 305.

' Voy. Pallsen, p. 290-308.

* De arte impressoria, p. 18.

^ Prantl, t. I, p. 21, 64, 71, 77, 89. — Sur le nombre des étudiants à Heidelberg, voy. Falk. Hisi. pot. Blätter, t. LXXVIII, p. 924.

* IviNK, t. I. p. 145. — Voy. les calculs de Stolzel, p. 42-44.

ville de Berlin, daiis le duché de Brandebourg, resta en dehors de ce mouvement et subit peu l'influence du nouvel essor que prenait de tous côtés la civilisation. Berlin restait encore au dernier échelon de la culture intellectuelle. Dans la lettre circulaire du prince électeur Joachim pour la fondation de l'Université de Francfort-sur-l'Oder, il assure ^ qu'un homme remarquable par son savoir est aussi rare dans son pays qu'un corbeau blanc ■ . Comme preuve à l'appui de ce fait, on peut citer ce que le père de ce prince disait du duché de Brandebourg; il n'y avait, selon lui, c nulle contrée d'Allemagne où les querelles, les meurtres et la cruauté fussent plus à l'ordre du jour ' ' . L'abbé de Sponheim, Trithème, qui fit un long séjour à la cour de Brandebourg, écrivait de Berlin à un ami ^20 octobre 1505) : « On trouve rarement ici un homme qui montre quelque intérêt pour les sciences; le manque d'éducation et de savoir-vivre est cause que les gens aiment mieux boire, bien manger et ne rien faire, que s'instruire *, ' Berlin n'a eu son premier imprimeur qu'en 1539, et ce ne fut que cent vingt ans après qu'elle vit s'ouvrir sa première librairie \

La vie intellectuelle et scientifique, dans la dernière partie du quinzième siècle et dans les premières années du seizième, fut surtout active et animée dans les pays du Bhin. Là, plus que partout ailleurs, les L^niversités étaient en harmonie avec la culture générale des esprits et trouvaient un ferme appui dans l'excellent enseignement des écoles moyennes.

L'Université de Cologne, comme importance, gloire, célébrité, tint pendant longtemps le premier rang parmi les Universités du Bhin. Ce n'était pas seulement pour tout le Bas-Rhin, la Westphalie, la Hollande qu'elle était le foyer principal des choses de rintelligence, elle comptait aussi, parmi ses deux mille étudiants, des centaines d'étrangers venus d'Ecosse, de Suède, de Danemark, de Norvège, de Livonie. Pleins d'ardeur pour les sciences, ils affluaient tous les ans vers la métropole ecclésiastique de l'Allemagne. Cologne, en effet, était la véritable - Rome allemande ' . Il n'est pas étonnant que l'enseignement supérieur ait eu un caractère particulièrement religieux dans une ville qui comptait dix-neuf paroisses, plus de cent chapelles,

' V'oy. Mlller, p. S.

' Trithemii Epp.famil.. p. 480.

' WiLicEN, p. G-8. — Voy. Gu.vssE, 3a, p. 18G. — îvirchoff, t. II, p. 75.

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