PRINCIPES DK LA PJ: DA GO ME A CETTE EPOQUE. CS
au (rône papal exerça une si féconde influence sur la vie inlellectuelle de son pays, N\'ini|)lielin[j chercha |)arficnlicrcnient à rendre la noblesse et les princes capables d'une uoi>le culture, et s'efl'orça de les [jagner à l'amour des éludes classicjues récemment remises en honneur '.
Parmi ses écrits pédagogiques (dont trente mille exemplaires environ furent imprimés antérieurement à J.j17j, il en est deux qui sont du j)lus haut intérêt. Dans le premier, intitulé Guide de la jeunesse (.''Alkmfujnc (1 iîJ7), Wnnpheliug démontre avec une claire évidence les vices des méthodes d'enseignement autrefois employées; il prouve comment, par un système plus rationnel, on peut enseigner la jeunesse d'une façon plus rapide et plus intelligible. Puis il donne un grand nombre de précieuses règles et d'excellents principes pour l'enseignement pratique des langues anciennes. L'auteur ne traite pas seulement de l'instruction, il s'étend sur tout ce qui concerne l'école, et parle môme de la personne du maître. Son ouvrage nous offre la première méthode rationnelle de pédagogie qui nous ait été donnée - : c'est une œuvre vraiment nationale, et qui mérite d'être saluée par tous les temps avec reconnaissance et respect *. Quant au second ouvrage pédagogique et moral de Wimpheling, la Jeunesse (1500), il appartient au petit nombre de livres qui font époque dans l'histoire de l'humanité *.
Les maîtres et pédagogues de ce temps, dans leurs efforts en faveur de l'enseignement, partaient de ce principe qu'il ne suffit pas de développer les aptitudes et les capacités de l'enfant; qu'il faut avant fout les ennoblir et les perfectionner. Ils s'efforçaient d'inspirer à la jeunesse qui leur était confiée le goût et l'amour de l'étude, l'habitude du travail personnel, et prétendaient l'élever pour la vie et pour les devoirs qu'elle comporte. Ils employaient toutes les ressources de leur intelligence, toute la chaleur de leur conviction, à les initier aux chefs-d'œuvre grecs et latins; mais ils cherchaient en même temps à ne pas séparer dans l'esprit de leurs élèves l'admiration pour la beauté de la forme du sens intérieur et profond de la pensée. L'étude des langues, dans leur manière de voir, ne devait pas avoir uniquement pour but la connaissance du latin et du grec; selon les paroles de Wimpheling, les langues devaient servir d'instrument de culture intellectuelle, et l'élève devait, par leur secours, s'exercer à penser avec force. Nos anciens maîtres voyaient dans les humanités
' Voy. sa lettre à Frédéric de Dalberg daus VN'iskowatoff, p. 79.
*Poiir plus de détails, voy. Schwarz, p. 122-151.
s Id., Sebasl. BranC. p. 353.
* Zaencke, p. xn. — Voy. Schwarz, p. 153-164.
une sorîe de gymnastique propre à former l'indépendance du jugement. Avec une sage prudence, ils évitaient d'introduire dans leurs écoles une trop grande variété dans les sujets d'enseignement. Après l'étude solide de la religion et les soins apportés au développement de la vie chrétienne, ils se proposaient surtout de donner à leurs élèves une connaissance approfondie de l'antiquité classique. Le peu de notions de fond dont on s'occupait n'était abordé qu'avec une extrême réserve, en passant, et comme étude accessoire. Aussi les maitres de ces établissements réussissaient-ils à donnera leurs élèves des connaissances bien reliées les unes aux autres et formant un ensemble complet'.
Dans le sud de l'Allemagne, l'éducation scolaire suivit le même mouvement que celui qui s'était produit dans les Pays-Bas, la VVestphalie et les pays rhénans. Elle s'y développa et y fleurit peu à peu pendant les dernières années du ({uinzième siècle : JNuremberg et Augsbourg étaient sous ce rapport les centres intellectuels les plus remarquables. Au commencement du seizième siècle, il y avait à Nuremberg quatre collèges latins qui, par les soins du savant praticien Willibald Pirkheimer et du prévôt .lean Kress, étaient en état de donner une éducation excellente sous plus d'un rapport. Une école de poésie s'cfablit même à Nuremberg; la direction en fut confiée à .lean Cocléus (1515). Ce même Cocléus entretenait des rapports amicaux et littéraires avec Kreiss et Pirkheimer, et composa plusieurs livres d'enseignement, entre autres une grammaire latine souvent rééditée et très-appréciée des maitres les plus savants d'alors pour sa clarté et sa précision. Il composa aussi un abrégé de la géographie mathématique de Pomponius Mêla, et un commentaire sur la météorologie d'Aristote, sur les travaux duquel il établissait les fondements de l'enseignement de l'histoire naturelle et de la physique ^.
On peut à peine nommer une grande ville en Allemagne à cette époque (si l'on en excepte les villes du duché de Brandebourg) qui n'ait vu se fonder ou s'améliorer une école supérieure à côté de se.< écoles élémentaires '.
La haute direction des écoles des villes était généralement confiée aux autorités municipales; mais tous les établissements d'enseignement étaient en même temps étroitement unis à l'Église, non-seulement parce que la plupart des maitres appartenaient à l'état ecclésiastique, mais encore parce que l'inspection des collèges était, ou laissée, ou
' Sur les écoles supérieures d'alors, voy. Heidemann, p. 4-7. — Paculter, ilherblick über das Gymnasium bis tum Beginne des sechzehnten Jahrhwiderts , 1879, p. 359-384.
*Otto, p. 12-44.
^ Érasme à J. E. Vives, Opera, III, p. 689. — Voy. Kirchuoff, I, 49,
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formellement attribuée au cler{}C. un budget spécial pour les écoles n'existait pas plus alors que des fonds particuliers pour les indijjents. Ceux mêmes des établissements scolaires qui se trouvaient sous la direclion immédiate des municipalités étaient entretenus par des fonds particuliers, par larétribulionqu'apportait chaque élève, et par les le{js en leur faveur qui se renouvelaient perpétuellement; car Tinsfrucfion de la jeunesse comptait parmi les œuvres de miséricorde, e(, obéissant pieusement à l'enseignement de l'Église sur le mérite des bonnes œuvres, les fidèles s'empressaient de faire de riches donations aux écoles.
Des bibliothèques se fondaient dans le même esprit : ainsi, par exemple, nous voyons un maître charpentier de Xanten, nommé Mathieu Ilolthof, abandonner sa maison et un jardin à une association de Frères, afin < qu'avec l'argent qu'on en retirera, on achète de bons livres chrétiens qui puissent être utiles aux âmes des lecteurs; et les lecteurs doivent prier pour la pauvre âme du donateur ' » (1485). un potier d'étain de Francfort-sur-le-Mein donne également la somme alors importante de .335 florins d'or pour la bibliothèque du cloître des Carmes, « afin que cette bibliothèque contribue à la gloire de Dieu, de .sa sainte Mère, à l'utilité de tous, et que les livres soient conservés avec honneur ^ (1477). C'est à un autre bourgeois de Francfort que sont dus les commencements de la bibliothèque de la ville (1484) ^ A Ulm, dès 1450, une famille bourgeoise ouvre au public une bibliothèque, probablement la première de ce genre qui ait existé en Allemagne'.
Après le clergé, c'est la bourgeoisie qui devient le véritable soutien de la culture intellectuelle; mais la noblesse aussi prend part avec joie à la renaissance de la vie de la pensée. Plusieurs des hommes les plus influents d'alors, Maurice de Spiegelberg:, Rodolphe de Langen, Jean de Dalberg, appartenaient à l'aristocratie. Huit ou neuf membres d'une même famille de gentilshommes obtinrent, à Pavie ou à Padoue, le bonnet de docteur *. A l'Université d'Erfurt, on compte, pendant le quinzième siècle, vingt recteurs appartenant à la noblesse ^
Le mouvement intellectuel eut aussi son écho dans le monde
' Pelz, 2a, 19.
- Kriegk, Bürqirlhiimncue Folge, 66, et Geschichte Prancfurts, p. 167.
' .Iager, Schwäbisches SUidtcicesen , t. I, p. 591. — Serapcum, t. V, p. 193. — Hassler, p. lil. — Falk, Histor. pol. Blätter, p. 77, 306. — Sur la bibliothèque paroissiale de Saint-Jacques à Brunn, voy. Serapeum, t. XI, p. 382. — Falk, Hist. Jahrbuch der Görres Gesellschaft, t. I, p. 297-304 (Â.'unster, 1880,!.
* Stôlzel, t. I, p. 56.
^ Hampschulte, t. I, p. 24.
féminin; surtout dans le pays du Rhin et dans T Allemagne du Sud, le nombre des femmes qui s'adonneut aux sciences est assez considérable. Butzbach, dans l'ouvra^je liitéraire resté inédit qu'il composa en 1.50.3, cite parmi les femmes les plus accomplies de son temps Gertrude de Coblentz, maîtresse des novices au couvent des Augustines de Wallenda, jeune fille de grande capacité, très-cultivée, aussi distinguée par sa piété que par la connaissance qu'elle avait acquise des saintes Écritures. 11 nomme encore Christine de Leyen, religieuse augustine à Marienthal, et Barbara de Dalberg, religieuse bénédictine à Marienberg et nièce de l'évêque de Worms'; elle a laissé plusieurs écrits de sa composition. Butzbach dédie son livre à Aleydis Kaiskop, Bénédictine à Rolandswerth (t 1507), trèscélèbre par sa connaissance des classiques de l'antiquité. 11 la compare à Roswitha, à Hildegarde et à Elisabeth de Schönau. Aleydis écrivit sept homélies latines sur saint Paul, et traduisit en allemand un livre latin sur la sainte Messe. A la même époque, et dans le même couvent, vivait Gertrude de Biichel, ;< très-experte dans les beaux-arts •, et à laquelle Butzbach dédia un ouvrage sur les peintres célèbres-. Au monastère de Seebach, près de Durkheim, l'abbesse Richemonde von der Horst entretenait avec Trithème une correspondance en latin sur des sujets spirituels, et Butzbach en fait l'éloge comme l'auteur de divers écrits ^ Parlant de la religieuse Ursule Cantor, il assure qu'elle n'a eu son égale dans aucun temps '', et vante ses connaissances théologiques, son goût pour les belles-lettres et sou talent de bien dire. Une autre femme très-distinguée par son esprit, et celle-là restée dans le monde, c'est Marguerite de Staffel (f 1471;, femme du vicomte du Rheingau Adam d'Allendorf. Comme la duchesse Hedwige de Souabe, elle lisait avec son chapelain les anciens classiques dans l'original, composait de petites poésies latines, des morceaux en prose, et aussi des poésies allemandes. On dit qu'elle mit en rimes, non sans verve poétique, une vie de saint Bernard et de sainte Hildegarden Catherine d'Ostheim appartient aussi au quinzième siècle; elle avait de grandes connaissances historiques, et composa un abrégé delà Chronique de Limbourg, qu'elle continua". Parmi les femmes lettrées de rAllemague du Sud, l'abbesse de
' Voy. Beckei\, p. 268-269.
- Voy. Floss, Das Kloster Rolandsicerth bei Bonn (Colonfue, 1868. p. 20, 26, 70, 74, 102;. — Voy. aussi sur le couvent de Lune, Grlbe, p. 250.
' Trithem. Chron. Sjwnh., p. 412. — Episl. famil., p. 445, 455, 464, 476, 499, 502, 503. — Voy. Remling, Klöster in Rheinbaiern, t. I, p. 173. — SilbekNaGEL, p. 95 240.
^ Voy. sur ce point Krafft et Crecelils, t. VII, p. 224-225, 275. — Becker, p. 270. — Sur Ursule, cous, la Colner cluonik, Chroniken der Deutschen Städte, t. XIV» p. 877.
^ Voy. BODMANN, Rhein g aui sehe AUerthümcr, p. 298, 552. — Falk, p. 653,
" Kriegr, Bürgerthum neue Folge, p. 77,
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Nuremberg, Charité Pirklieimer, brille au premier rang, par sa science autant que par sa noblesse d'Ame. Ses lettres et ses souvenirs témoignent liaulemiuit de sa piété pure, de son esprit élevé, de son noble caractère. " Tous ceux qui dépassent les autres par leur inlelligence ou leur rang, écrivait le légiste Christophe Scheurl, admirent Tesprit pénétrant, la science, l'élévation d'ûme del'abbesse Charité '. »
Clara Pirkheimer, religieuse comme sa sœur au couvent de Sainte- Claire, était également remarquable par sa piété et par la culture de son esprit. Les savants de l'époque parlent des deux sœurs avec une sorte d'orgueil patrioticpie.
Après elles, il faut encore citer la religieuse Clarisse ApoUonia Tücher, que Christophe Scheurl appelle « la couronne de son couvent, l'amie de tout ce qui touche le culte de Dieu, le miroir de la vertu, l'exemple et le modèle de ses sœurs ". Apollonia était nièce du juriste de Nuremberg, Sixte Tücher, qui fut longtemps l'orgueil de l'Université d'Ingolstadt et fit preuve de grande capacité pour les affaires en qualité déconseiller intime du Pape et de l'Empereur. Il était prévôt de Saint-Laurent de Nuremberg depuis 1497; c'était le modèle de la ville par sa conduite sans tache comme prêtre, autant que par sa bienfaisance envers les malheureux. Les lettres d'édification et de dévotion qu'il écrivit à Apollonia et à sa plus intime amie Charité Pirkheimer, charment le lecteur par leur élévation et leur profondeur. Cette correspondance est un touchant monument du véritable humanisme chrétien, qui ne sépare pas la science de la foi, le savoir de la religion, et qui, pour combattre l'orgueil de l'esprit, prend pour devise et pratique fidèlement la belle parole de Trithème : " Savoir, c'est aimer. » Sixte encourage ses amies à l'étude assidue, et ne cache pas son étonnement joyeux en constatant « les aptitudes merveilleuses, les dons intellectuels des femmes ». Mais, ajoute-t-il dans une lettre toute paternelle adressée à Charité, « je ne veux pas que tu recherches par ton savoir une vaine louange, mais bien que tu l'attribues à Celui-là seul de qui découle tout don parfait. Emploie le talent qu'il t'a donné pour sa gloire, l'utilité de tes sœurs et ton propre salut; mais n'oublie jamais la parole d'or de l'Apôtre : « Non « la science, mais la charité est utile à l'homme *. »
Véronique Weiser, la savante prieure d'Augsbourg (pour laquelle les deux Holbein composèrent, l'un son plus beau, et l'autre son
' Voy. sur Charité le tome I! de cet ouvrage, p. 352-364.
-Pour plus de détail sur Charité et son cercle, voy. Binder, p. 1-101. — Voy. dans la notice sur Barliara Furerin, abbesse de Gnadenberg, une jolie esquisse de la vie des couvents au quinzième siècle, dans les Hist. pol. Blatter, t. XLIX, p 5.33-553.
premier tableau '), et Marguerite Weiser, fidèle associée des travaux scientifiques de son mari, Conrad Peutinger, le célèbre humaniste, étaient les dignes émules des femmes que nous venons de citer.
Parmi les princesses allemandes, Mathilde, fille du comte palatin Louis m, était célèbre par son goût éclairé pour les sciences et les arts. Elle avait réuni une collection des anciennes poésies du temps des Minnesinger, composée de quatre-vingt-quatorze pièces; prenait plaisir aux vieux chants populaires et faisait versifier de nouvelles chansons sur d'anciennes mélodies*. C'est encouragé par elle que le chancelier Nicolas de Wyle entreprit ses traductions', et grâce à l'impulsion qu'elle sut donner, son second mari, l'archiduc Albert d'Autriche, fonda l'Université de Fribourg, et le fils de son premier mariage, le comte Ebrard de Wurtemberg, l'Université de Tubingue.
' NOLTMANN. t. I, p. 150.
* D'après une notice écrite par J. von Görres, Codex saec. xv. ' Voy. Kürz, Xiclasens ron Wyle, p. 10. ^ — Muller, Anzeiger für Kunde der Deulschoi Vorzeit, 1879, p. 1-7. — Stalin, t. IIF, p. 758, 763. - Hist. pol. Bialter, 79, 129.