‹ L'Allemagne et la réforme (volume 2)Chapitre 57 sur 477 · JEAN TRI THÈME · texte numérisé non relu

JEAN TRI THÈME

€ntre eux ne servaient pas seulement leurs intérêts personnels; dans une certaine mesure, elles tenaient la place qu'occupent aujourd'lmi les revues et les journaux scientifiques ou littéraires.

Sous la présidence de Dalberg (1491-1503), la Société savante du Rhin parvint à son plus haut degré de splendeur. Lorsqu'il mourut (1503), sa mort fut pour la civilisation allemande une perte encore plus sensible que celle d'Agricola, son émule et son ami. Comme prêtre, sa vie avait été un modèle admirable. ^ J'estime, écrivait Willibald Perkheimer, que cet évéque est digne d'une mémoire éternelle, autant à cause de ses vertus et de son humanité que pour ses connaissances étendues '. • Voici l'épitaphe qui est gravée sur son tombeau à Worms : - Il fut personnellement heureux, et eut en outre le bonheur de laisser à ses descendants le modèle achevé d'une noble vie. ;>

.Teau Trithème fné en 14G2 dans le village de Trittenheim, sur la Moselle) entretenait de fréquentes et intimes relations avec l'Université d'Heidelberg. Abbé des Bénédictins de Sponheim, près Creuznach, il avait fondé dans sou monastère une sorte d'académie savante. Ses élèves et amis le regardaient comme -■ l'ornemenl de son pays, le maître et le modèle de ses religieux, l'instituteur et l'ami du sacerdoce, le père des pauvres et le médecin des malades- •. « Trithème, disait de lui Conrad Celtes, est sobre dans le boire; il méprise l'usage de la viande; il ne se nourrit que de légumes, d'œufs et de lait, comme le faisaient nos ancêtres avant qu'il y eût encore dans notre pays tant d'épices pour aiguiser l'appétit; avant que nul médecin eiU encore inventé ces remèdes, qui ne servent qu'à nous donner la fièvre et la goutte. :; - Il était modeste dans ses paroles, plus encore dans sa vie' ; toute son attitude inspirait le respect. " Ses traits mâles et accentués, écrivait'Wimpheling, expriment une inefi^ble bonté*. «

Sa science était universelle, et le siècle en connut à peine un second savant qui puisse lui être comparé. Très-familiarisé avec les classiques grecs et latins, versé dans l'hébreu, possédant des connaissances remarquables en théologie et en philosophie, en histoire et

' Voy. Zapf, Append., p. 55.

' Voy. SiLBERXAGF.L. p. 235.

* Hàrtfelper, C. Celles, p. 27.

* De arte impressoria, p. lU.

en droit canon, il s'adonnait de plus avec ardeur à l'étude des mathématiques, de l'astronomie, de la physique, de la chimie et de la médecine, et pratiquait même cette dernière science lorsqu'il s'agissait de soulager les pauvres. Ses relations littéraires étaient si étendues, comme le prouve sa correspondance avec des théologiens, des légistes, des mathématiciens, des médecins, des physiciens et des poètes, que sous ce rapport on ne peut le comparer qu'à Érasme. Tous les savants illustres de l'époque, beaucoup de grands person^ nages, Maximilien lui-même, l'électeur palatin Philippe, Joachim de Brandebourg, d'autres encore, sollicitaient son amitié. Wimpheling rapporte qu'il recevait même de nombreuses lettres d'Italie. Les savants de ce pays lui demandaient avis sur des questions scientifiques, et s'estimaient heureux de posséder un autographe de sa main. La bibliothèque qu'il fonda à Sponheiin contribua beaucoup à le rendre universellement célèbre; au prix de grands labeurs et de sacrifices considérables, il en avait t'ait une collection unique en Allemagne, par l'acquisition des ouvrages les plus rares, les plus précieux. Il y en avait en douze langues ditiérentes. En 1505, cette bibliothèque comptait deux mille volumes se rapportant à toutes les branches de connaissances humaines. Les manuscrits qu'elle renfermait furent estimés à quatre-vingt mille couronnes'. Les religieux de l'abbaye, suivant la direction que leur donnait Trithème, travaillaient avec ardeur, pour la gloire de Dieu, à multiplier les copies des manuscrits. Trithème lui-même copia de sa propre main une version du Nouveau Testament en grec et un recueil des poésies de la religieuse Roswitha^. En même temps qu'avec une vive et joyeuse sympathie il soutenait les grandes entreprises littéraires commencées par Koburger à Nuremberg, par Jean Amerbach à BâleS il formait le plan de fonder à Sponheim une imprimerie particulière qui devait être uniquement employée à reproduire les anciens documents de l'histoire d'Allemagne. « L'abbé Trithème, écrivait Wimpheling, eu 1507, est d'une activité merveilleuse, et sa bibliothèque jouit d'une réputation bien justifiée dans tout le monde cultivé. Sa vertu et sa science le font jouir d'une gloire universelle et méritée. Je le vis une fois à Sponheim parmi des enfants de paysans auxquels il inculquait les éléments de la doctrine chrétienne. Je l'ai vu également parmi des prêtres venus de différents endroits pour être instruits par lui dans les saintes Écritures et dans la langue grecque, puis parmi des savants, que la renommée de son nom et les trésors

' Voy. Vogel, dans le Senipnim, 1842, p. 312-328. — Silrkun.vgel p 12-18. — Schneegans, p. 80-86.

- Voy. RllaM), Theol. LileraturblaU., 1868, colouiies 738, 770 ^ Voy. ilASE, p. 57, — Serapcum, 18ô4. n" 18.

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